Cotonou et ses petits boulots liés à l’Aïd el-Kébir

La fête de l’Aïd el-Kébir, communément appelée « Tabaski », a fait apparaître récemment à Cotonou un certain nombre de petits boulots qui aident une catégorie de Béninois à s’en sortir par la débrouille. Depuis quelques années en effet, l’Aïd el-Kébir n’est plus la chose des seuls pratiquants de l’Islam.

De nombreuses personnes s’intéressent à l’Aïd el-Kébir et l’attendent impatiemment du fait des activités économiques qui s’y mènent et leur permettent de joindre les deux bouts. Bien qu’aucune statistique n’ait encore publiée par les autorités, les Béninois voient passer tous les ans à la même période des centaines de camions en provenance des pays de la sous-région, qui viennent « déverser » sur le pays des milliers de moutons de toutes tailles.

Autour des sites de vente sont nées de nombreuses activités qui prennent chaque jour plus d’ampleur. Outre les vendeurs de moutons, ces espaces deviennent, le temps de la fête de l’Aïd el-Kébir, le lieu d’attraction de diverses activités donnant l’impression de réseaux bien structurés.

Les transporteurs et commerçants recrutent souvent des jeunes gens qui les aident à débarquer les bêtes une fois sur les lieux. D’autres, les plus nombreux, s’adonnent à la vente de foin pour nourrir les animaux. Cette activité qui, au départ, incombait aux jeunes gens des quartiers et aux proches des vendeurs, requiert depuis quelques temps du doigté vu la rareté des feuilles et le nombre chaque année plus important des bêtes à nourrir.

Dine Bakari, qui s’adonne à cette activité depuis trois ans, se réjouit de s’en sortir à chaque fois. Les herbes, il faut aller de plus en plus loin pour les trouver. Cotonou n’en fournit plus et il faut se rendre dans les localités périphériques, que Dine sillonne parfois des jours à l’avance à la recherche d’un environnement verdoyant et accessible.

Il lui faut parfois parcourir plus de 60 km pour tomber sur de l’herbe bien verte, mais où pouvoir s’approvisionner relève de la chance puisque les propriétaires de certains domaines s’interposent et veulent se faire dédommager pour une action qui les aide pourtant à débroussailler leurs champs, se plaint-il.

N’ayant pas encore de voiture, Dine s’y rend avec sa moto pour la collecte qu’il fait transporter ensuite par des taxis jusqu’au site. Là il n’a parfois pas le temps de disposer son herbe en bottes que déjà les clients se bousculent devant lui pour se faire servir.

Pour être sûrs de la qualité et de la quantité, d’autres se font réserver les meilleures parts et paient d’avance. « Grâce à cette vente, j’ai pu économiser pour envoyer 50.000 FCFA pour le mouton de mon père resté au village, pour m’en payer un et acheter de quoi nourrir ma petite famille », confie-t-il.

Se refusant à fournir davantage de précisions sur la rentabilité de la vente du foin ou sur son chiffre d’affaires, Dine Bakari consent à avouer que chaque année depuis trois ans il ne chôme plus à l’approche de l’Aï el-Kébir.

En temps ordinaire, peu de transporteurs ont recours à ses services, beaucoup préférant se débrouiller pour nourrir les bêtes qui d’ailleurs ne sont pas aussi nombreuses.

La botte de paille, initialement vendue à 500 FCFA en temps ordinaire, passe à 1.500 FCFA en période de fête. Bachir A., lui, aide plutôt à faire descendre les bêtes des camions et est payé selon la quantité déchargée.

« Depuis lundi dernier, je rentre au moins avec un bénéfice de 3.000 FCFA par jour, aujourd’hui étant le dernier jour, je sais que j’irai au moins au double. Ce que je gagne m’a permis de me faire coudre un boubou blanc et d’habiller mon frère, un élève à ma charge », déclare- t-il.

Gardien dans une boutique de la place, Bachir, qui quitte son lieu de travail à 6h 30, a juste le temps de passer dormir un peu et faire sa toilette avant de se rendre au site de Djeffa (12 km de Cotonou) autour de 9h 00 pour n’en repartir qu’à 19h 00 rejoindre son poste de gardiennage.

Plus jeune, Aboubacar aide à débarrasser les lieux des déchets de foin piétinés et des excréments de moutons dont l’odeur envahit les véhicules qui empruntent l’autoroute Cotonou-Porto-Novo située à proximité.

« Je n’ai pas besoin de beaucoup de choses », confie-t-il, rendant grâce à Allah de ce que son gain lui permette de s’acheter des chaussures neuves pour la fête, le tissu étant fourni par l’un des vendeurs de moutons qui, généralement, considèrent ces jeunes enfants comme les leurs propres.

Sur le site de vente de moutons, plusieurs catégories de Béninois trouvent le moyen de faire des affaires rentables: vendeurs de denrées de toutes sortes, démarcheurs et colporteurs qui aident les acheteurs à choisir, négocier et transporter les bêtes moyennant quelques espèces sonnantes et trébuchantes.

Ceux qui sont payés pour la garde des bêtes jusqu’au jour J tirent également leur épingle du jeu malgré la crise financière qui amène les acheteurs à beaucoup réfléchir avant de délier les cordons de la bourse.

A l’approche de l’Aïd el-Kébir, conducteurs de taxis, de taxis motos et de bus font des sites de vente de mouton des points de passage obligés de leur itinéraire, spéculant sur les frais de transport.

Sont également présents sur les lieux des hommes spécialisés dans l’égorgement, le dépouillage et le dépeçage des moutons selon les rites de l’Islam. Bien que leur activité ne commence que le jour même de la fête, certains d’entre eux nouent des contacts depuis la veille et d’autres le jour même après la grande prière.

Seydou Awali, un habitué de l’immolation, n’a pas de montant fixe, il compte sur la générosité du client qui, en plus des viscères et boyaux, lui donne le plus souvent entre 2.000 et 3.000 FCFA.

Même s’il n’immole pas de mouton pour lui-même, Awali arrive à toujours récolter de quoi ravitailler sa petite famille en viande et autres provisions et à mettre un peu d’argent de côté pour ses autres besoins.

Les vendeuses de conserves, de tomates, d’oignons et d’autres ingrédients en profitent pour doper leurs chiffres d’affaires. Elles vont parfois jusqu’à créer des pénuries artificielles, juste pour faire monter les enchères.

Par Thérèse Isseki, Correspondante de la PANA