Côte d’Ivoire : les FRCI épinglées pour violation des droits de l’Homme

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) sont à nouveau accusées d’avoir commis de multiples abus entre août et septembre derniers par Human Rights Watch. Selon un rapport publié ce lundi par l’organisation de défense des droits de l’Homme, elles se sont livrées à des arrestations arbitraires, des actes de tortures, d’extorsions, et traitements inhumains.

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) sont à nouveau mises sur le banc des accusés par Human Rights Watch (RHW). Le rapport publié ce lundi par l’organisation est sans appel. Les soldats de l’armée ivoirienne ont bien commis des abus entre la période du mois d’août et de septembre suite à la vague d’attaques menées contre les camps de militaires ivoiriens. Ces attentats selon les autorités ivoiriennes auraient été perpétrés par les partisans de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo.

Les représailles ont été violentes envers ces derniers. Arrestations arbitraires, extorsions, tortures, les FRCI se sont livrées à des actes inhumains, selon RHW, en réponse à ces menaces sécuritaires. Durant tout le mois d’août, les militaires ivoiriens ont interpellé arbitrairement dans le quartier de Yopougon, à Abidjan, des jeunes hommes « dans des restaurants de quartier, dans des bars, dans des taxis et des bus, alors qu’ils rentraient de l’église et lors de célébrations communautaires traditionnelles », indique le rapport. Des centaines de jeunes, auraient même été arrêtés et détenus « essentiellement sur la base de leur ethnicité et leur lieu de résidence ».

Le Calvaire en détention

Une fois arrêtés, ils sont conduits dans des camps militaires qui ne constituaient pas des « lieux de détention légaux selon la loi ivoirienne ». Les trois lieux de détention visités par HRW sont : le camp de la police militaire d’Adjamé, le camp de la BAE (brigade anti-émeute) à Yopougon, et le camp militaire de Dabou, situé à 40 kilomètres à l’ouest d’Abidjan qui a été le théâtre d’une attaque contre l’armée le 15 août.

Plusieurs détenus ont raconté avoir subi des actes de tortures, coups, flagellations, au cours des interrogations, le but étant de leur soutirer des informations. Sans compter les conditions de détention extrêmement difficiles. Surpeuplés. Sans eau. Ni nourriture. Les détenus ont vécu un véritable calvaire. Certains ont confié avoir été incarcérés dans des pièces sombres remplis d’excréments.

Les FRCI n’ont pas hésité à soutirer de l’argent à leurs prisonniers en échange de leur libération. Le montant de cette enveloppe s’élevait parfois à 150 000 FCFA (soit 300 euros), ont raconté plusieurs ex-détenus. Certains ont indiqué qu’on ne leur avait même pas demandé leur nom, ni interrogés. Ils ont seulement été détenus dans des conditions inhumaines pendant un moment avant qu’ils ne reversent de l’argent aux soldats pour recouvrer la liberté.

Des FRCI « au dessus de la loi »

Même si « les menaces sécuritaires auxquelles la Côte d’Ivoire est confrontée sont réelles », cela ne justifie pas l’attitude des FRCI, selon Corinne Dufka, chercheuse spécialisée de l’Afrique de l’Ouest au sein de Human Rights Watch. « Les militaires ne font que les aggraver plutôt que d’y mettre un terme, argue-t-elle. Le gouvernement devrait rapidement faire preuve de sa détermination à traduire en justice les soldats responsables d’actes de torture, de traitements inhumains et d’exactions. » Pour L’ONG, « contrairement à la police et à la gendarmerie, l’armée n’a pas de légitimité pour superviser des arrestations, des interrogatoires et des mises en détention, en particulier dans le cas de civils ». Or, les autorités ont largement conféré ce pouvoir à l’armée nationale, selon RHW.

L’ONG a présenté son rapport au gouvernement ivoirien qui affirme que la situation sécuritaire du pays doit pousser les militaires à être solidaires, tout en promettant de sanctionner les responsables de ces crimes s’ils sont avérés. Pour Corinne Dufka, « les promesses du gouvernement ivoirien pour garantir des enquêtes dignes de foi et impartiales sur les atteintes aux droits humains sont des réponses positives, mais la réalité est que ses forces restent largement au-dessus de la loi. Le respect de son engagement à poursuivre toute personne impliquée dans la répression abusive est une étape essentielle en faveur de la réconciliation et du retour à l’État de droit. »

La réconciliation nationale a été mise en marche par le président ivoirien Alassane Ouattara. Mais elle est loin de porter ses fruits. La Côte d’Ivoire n’a pas pansé ses plaies. Les pro-Gbagbo, eux, dénoncent jusqu’à présent une justice des vainqueurs, affirmant être les seuls à être mis sur le banc des accusés. Ils exigent également que les pro-Ouattara qui ont commis des crimes puissent être jugés et sanctionnés. Pour le moment, ce n’est pas le cas. Pourtant, cette étape est, selon les observateurs, nécessaire pour que la réconciliation puisse être effective.