Côte d’Ivoire : le chaos gagne les civils

La dégradation rapide de la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire se traduit ce dimanche 7 novembre par la plus grande confusion : émeutes, attaques anti-françaises, mouvements militaires contradictoires…

Le chaos se déchaîne progressivement en Côte d’Ivoire, après la rupture brutale du cessez-le-feu intervenue ces derniers jours, et la réplique immédiate des forces d’interposition présentes dans le pays sur mandat de l’ONU, à commencer par les 4 000 militaires français de l’opération Licorne.

Les dirigeants des « Jeunes patriotes », proches du Président Laurent Gbagbo, ont appelé explicitement à des mouvements anti-français à Abidjan : Pascal Affi Nguessan, président du Front Populaire Ivoirien, actuellement au pouvoir, a demandé sur les ondes « aux Jeunes Patriotes, où qu’ils se trouvent, de descendre dans les rues et libérer la Côte d’Ivoire ». Appel paradoxal à l’insurrection, venant d’un des leaders du parti gouvernemental! Il vise explicitement les forces étrangères d’interposition qui gèlent le front militaire entre les forces armées ivoiriennes et les rebelles.

Dans le même esprit, Mamadou Koulibaly, actuel président de l’Assemblée nationale ivoirienne, a accusé Paris, sur les ondes de France Inter, d’être « de connivence avec les rebelles ».

C’est dans ce climat que se développent depuis samedi 6 novembre les violences civiles contre les populations d’origine européennes présentes à Abidjan : appartements saccagés, pillés et brûlés, menaces physiques, destruction du Lycée Mermoz et de plusieurs autres établissements français, dont les occupants ont été sauvés de justesse, incendie de la Librairie de France. Des voitures conduites par des Européens ont été arrêtées et brûlées, et c’est dans l’Hôtel Ivoire qu’ont été regroupés et secourus plusieurs centaines d’Européens chassés de chez eux par les émeutiers et les Jeunes Patriotes.

Des manifestants violents ont également été repoussés par la force sur la route de l’aéroport d’Abidjan, contrôlé depuis la nuit du 6 novembre par les troupes françaises, ainsi qu’aux abords de plusieurs camps militaires de la force internationale d’interposition.

Dans le même temps, comme à son habitude, le Président Laurent Gbagbo soufflait le chaud et le froid, expliquant dimanche 7 novembre au matin par la voix de son Porte-parole que « les forces gouvernementales allaient se retirer des lignes de front ». Il est trop tôt pour mesurer la réalité de ce repli.