Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo souffle sur les braises

Le gouvernement et la Commission éléctorale indépendante ont été dissous vendredi par le président Laurent Gbagbo. Ce dernier a estimé que le processus de paix en Côte d’Ivoire est « en panne ». L’opposition, elle, considère que ce sont ces dissolutions qui l’entravent.

Le Chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, a annoncé vendredi soir, dans une allocution télévisée, la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante (CEI). Le Premier ministre Guillaume Soro, le secrétaire général de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles, est pour sa part maintenu dans ses fonctions de Premier ministre. Un poste qu’il occupe depuis 2007 à la suite de la signature de l’Accord politique de Ouagadougou. « Le processus de paix est de nouveau en panne », a déclaré le président ivoirien qui accuse le patron de la CEI, Robert Beugré Mambé, de« fraude» depuis le mois de janvier.

Le Premier ministre doit « proposer dès le lundi 15 février 2010 un nouveau gouvernement » dont la « mission » sera de conduire « les dernières actions nécessaires pour sortir la Côte d’Ivoire définitivement de la crise ». Pour ce qui est de la commission éléctorale, Laurent Gbagbo demande à Guillaume Soro « de (lui) proposer dans un délai de sept jours à compter d’aujourd’hui (vendredi) le format d’une nouvelle commission électorale crédible qui pourra organiser les élections justes et transparentes ».

« Nous ne sommes pas face à une simple crise dans la crise »

L’annonce du chef de l’Etat ivoirien compromet la tenue des élections présidentielles, qui devaient se dérouler dans les prochaines semaines, au plus tard en juin, selon le calendrier souhaité par les Nations unies. Ce scrutin, déjà maintes fois reporté depuis 2005, est censé mettre fin à la crise politique que traverse la Côte d’Ivoire depuis le coup d’Etat manqué de septembre 2002.

L’opposition ivoirienne a vivement réagi à cette annonce, notamment les partis des principaux adversaires de Laurent Gbagbo au futur scrutin présidentiel. Pour Niamkey Koffi, le secrétaire général adjoint du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ancien président Henri Konan Bédié, les décisions du chef de l’Etat sont « irrecevables et inacceptables ». Selon l’AFP, Niamkey Koffi estime que le président ivoirien a détruit « tous les acquis du processus de paix ». Une position que partage le Rassemblement des républicains. « Nous condamnons cette décision, car elle remet en cause le processus de sortie de crise », a déclaré Anne Ouloto, porte-parole du parti de l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara dont le quotidien Le Patriote a titré : «Dissolution de la CEI et du gouvernement: Gbagbo déchire l’accord politique de Ouagadougou ». « Nous ferons barrage à la dictature », a également affirmé Anne Ouloto.

Après plusieurs semaines de tension, les Ivoiriens retiennent de nouveau leur souffle face à ce nouvel épisode majeur de la crise ivoirienne. « Nous ne sommes pas face à une simple crise dans la crise », faisait savoir vendredi soir Laurent Gbabgo.

Lire aussi:

 La Côte d’Ivoire aux portes de la guerre civile ?