Côte d’Ivoire : l’Union Africaine veut reconduire Gbagbo et Konan Banny

L’Union africaine (UA) a opté, mardi à Addis-ababa (Ethiopie), en faveur de la prolongation d’un an des mandats du Président ivoirien Laurent Gbagbo et du Premier ministre Charles Konan Banny. Ce dernier devrait jouir de pouvoirs accrus, ce que refuse le camp du chef de l’Etat. Les conclusions de l’UA seront soumises pour étude, le 25 octobre, aux Nations unies, qui trancheront.

L’Union africaine (UA) veut prolonger d’un an les mandats du Président Laurent Gbagbo et du Premier ministre Charles Konan Banny. Objectif : mettre en place les élections présidentielle et législatives de Côte d’Ivoire, qui devaient se tenir le 31 octobre et avaient déjà été reportées en octobre 2005 faute de préparation. Le Conseil de paix et de sécurité de l’instance panafricaine a planché pendant neuf heures, mardi à son siège d’Addis-Abeba, avant d’arriver à cette conclusion. Il espère qu’il n’y aura plus à revenir sur ce dossier. « Nous avons décidé d’une autre période de transition n’excédant pas douze mois. (…) Nous n’irons pas de report en report. C’est une question de crédibilité pour l’Afrique », a annoncé à la presse le président de l’UA, et chef de l’Etat congolais, Denis Sassou Nguesso.

Plus de pouvoirs pour Charles Konan Banny

En optant pour la prolongation, l’UA suit la recommandation des Nations unies (Onu) et de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Elle suit la Cedeao et le Groupe de travail international, chargé de sonder les évolutions du processus de paix, lorsqu’elle propose un renforcement des pouvoirs de Charles Konan Banny.

« Puisque le CPS (Conseil de paix et de sécurité, ndlr) de l’UA a analysé les différents blocages constatés, il a pris une série de décisions, notamment de renforcer les pouvoirs et les moyens du Premier ministre pour qu’il conduise à bon port sa mission. En conseil des ministres, il sera possible de procéder par ordonnance et décret loi », a souligné Denis Sassou Nguesso. Autre prérogative : le contrôle de l’armée : « Le Premier ministre disposera également de l’autorité nécessaire sur toutes les forces intégrées de défense et de sécurité ivoiriennes pour lui permettre d’exécuter les tâches qui lui sont assignées ».

Thabo Mbeki « déchargé » de la médiation de la crise

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit étudier les conclusions de l’UA le 25 octobre. Cependant, certains estiment que l’organe onusien penchera du côté de l’organisation panafricaine. Reste à savoir comment réagiront les pro-Gbagbo dans ce cas. Le camp du chef de l’Etat, présent avec le Premier ministre lors de la réunion, s’oppose en effet à de telles mesures, les jugeant notamment anticonstitutionnelles. Par ailleurs, le renforcement éventuel des pouvoirs de Charles Konan Banny pourrait être perçu comme une condamnation de la politique de Laurent Gbagbo, qui serait jugée source des blocages dans le processus électoral et de paix.

Autre mauvaise nouvelle pour le Président ivoirien, l’UA a décidé « d’accepter la demande du président Thabo Mbeki pour que l’Afrique du Sud soit déchargée de son rôle de médiateur à la suite de l’élection de son pays au Conseil de sécurité des Nations unies ». L’opposition estimait qu’il était très nettement favorable à Laurent Gbagbo. Le chef de l’Etat sud-africain devrait être remplacé à la médiation par Denis Sassou Nguesso, à Alpha Oumar Konaré (pésident de la Commission de l’UA) et Mamadou Tandja (président de la Cedeao).