Côte d’Ivoire : l’Onu impose un embargo sur les armes

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a voté à l’unanimité, lundi, la résolution 1572, qui impose un embargo sur les armes de 13 mois à la Côte d’Ivoire. Si le processus de réconciliation n’avance pas d’ici un mois, d’autres sanctions pourraient frapper le pays.

La sanction des Nations Unies est tombée : la Côte d’Ivoire est sous le coup d’un embargo immédiat sur les armes de 13 mois. Les quinze membres de l’organisation ont pris cette décision, lundi à New York, à l’unanimité. La résolution 1572 concerne toutes les parties belligérantes, loyalistes comme ex-rebelles. D’autres mesures pourraient être prises contre le pays ouest-africain s’il n’y a toujours pas d’avancées notables dans l’application des accords de Marcoussis (janvier 2003) et d’Accra III (juillet 2004) dans un mois.

Gbagbo empêché d’avoir des avions ?

La résolution, qui exige par ailleurs du pouvoir ivoirien l’arrêt des émissions incitant à la haine, l’intolérance ou la violence, est née sous l’impulsion de la France. Elle a proposé le texte suite au bombardement par l’aviation gouvernementale ivoirienne de positions des ex-rebelles à Bouaké le 4 novembre et d’un camp militaire français situé dans la même ville deux jours plus tard. Le texte aurait dû être examiné plus tôt, mais l’échéance a été repoussée pour laisser une chance à l’Union africaine (UA) de renouer le dialogue entre les acteurs de la crise. La situation s’envenimant, le texte a été soumis au vote, adopté et a pris effet immédiatement, comme l’avait proposé l’UA dimanche lors d’un sommet extraordinaire à Abuja (Nigeria).

La décision du Conseil pourrait mettre à mal les projets du Président Laurent Gbagbo. Dans une interview diffusée dimanche sur France Inter, il avait en effet expliqué qu’il allait remplacer les avions que les Français ont détruit en représailles à l’attaque de son camp. « Est-ce que vous croyez que je vais laisser mon pays sans défense ? », avait-il déclaré, ajoutant que « Si l’armée française les détruit, on en rachètera encore une troisième fois ». Si le chef de l’Etat campait sur ses positions, il se retrouverait alors en porte à faux avec la communauté internationale et serait encore plus isolé.

Peut-être de plus lourdes sanctions

Selon les informations de la BBC, si les parties en guerre ne parvenaient pas à revenir à faire avancer le processus de paix, d’autres sanctions pourraient tomber dans un mois. Les personnes qui se rendent coupables d’abus des droits humains, d’incitation à la violence ou à la haine, ou encore étant considérées comme entravant la paix et la réconciliation risquent alors, entre autres, une interdiction de voyager et un gel de leurs avoirs à l’étranger. En revanche, l’Agence France Presse explique que les sanctions pourront être levées si des progrès réels sont constatés, comme « la réforme par le gouvernement de l’article 35 de la Constitution sur l’éligibilité à la présidence de la République et le désarmement par les ex-rebelles ».

L’ambassadeur de la Côte d’Ivoire aux Nations Unies, Philippe Djangoné-Bi, estime que la résolution est « injuste » et il a déclaré à la BBC que son pays n’avait pas eu l’opportunité de se défendre devant le Conseil de le sécurité. Le représentant ivoirien a ajouté que la résolution avantage les Forces Nouvelles, qui se sont toujours procurées des armes illégalement. Un membre de ce mouvement cité par la BBC salue les sanctions et a même déclaré qu’elles auraient dues être appliquées dès la signature des accords de Marcoussis.

La résolution arrangerait la France

Une source de la présidence, qui doute qu’un camp français ait réellement été touché par les forces loyalistes, souligne quant à elle que le vote de cette résolution arrange bien les affaires de la France. « L’offensive que nous avons menée le 4 novembre était destinée à libérer le pays. Elle devait se terminer le 6. Mais c’est à ce moment que la France a déclaré que nous avions tiré sur ces positions et que, par légitime défense, elle avait détruit notre aviation. Détruire notre flotte était un prétexte car la France n’a jamais accepté le régime de Laurent Gbagbo et soutient les rebelles. La preuve : lorsque des rebelles ont tué des Français, ils n’ont rien dit. Les rebelles sont leur poulain. » Cette même source explique qu’aucune position officielle n’a été prise à la présidence, mais que parce que que les loyalistes ne sont pas « des rebelles », ils devraient s’en tenir à la résolution et ne rien faire allant contre.