Côte d’Ivoire : l’armée de Ouattara dépendante des forces étrangères

L’ONUCI et la force Licorne sont à nouveau intervenues dans la nuit et ce lundi matin contre la résidence de Laurent Gbagbo. Les forces pro-Ouattara ne sont pas parvenues à maintenir le blocus de la résidence présidentielle alors que les combattants de Laurent Gbagbo ont gagné du terrain et attaqué samedi l’hôtel du Golf, le QG d’Alassane Ouattara.

Le camp Gbagbo continue son étonnante démonstration de résistance. Dix jours après l’arrivée dans Abidjan des forces loyales à Alassane Ouattara, la bataille de la capitale économique, que l’on attendait aussi rapide que la percée des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pro-Ouattara dans le reste du pays, s’enlise chaque jour un peu plus. Le camp Gbagbo résiste aux pressions internationales alors que les hélicoptères de l’ONUCI et de la force Licorne ont mené une troisième vague d’attaques contre la résidence présidentielle dans la nuit et dans la matinée de ce lundi pour « neutraliser les armes lourdes ». Plusieurs blindés situés à l’extérieur de la résidence auraient également été détruits. « Au cours des quatre derniers jours, on a constaté une utilisation de ces armes lourdes contre les populations civiles et les casques bleus. Les tirs contre le siège de l’Onuci ont continué, d’où la nécessité de réagir pour protéger les populations civiles conformément à notre mandat », a expliqué le porte porte-parole de l’ONUCI Hamadoun Touré, pour justifier les bombardements.

Attaque de l’Hotel du Golf

Depuis une semaine, les combattants pro-Gbagbo sont parvenus à repousser les assauts successifs des FRCI contre la résidence présidentielle. Ils ont même regagné le contrôle des quartiers du Plateau et de Cocody. Ils ont également attaqué au mortier samedi l’hôtel du Golf où est basé le gouvernement Ouattara, reconnu par la commission électorale et la communauté internationale. Une attaque attribuée aux forces pro-Gbagbo mais démentie par le camp du président sortant qui la qualifie « d’attaque imaginaire », selon la formule d’Ahoua Don Mello, porte parole du gouvernement de Laurent Gbagbo. Après l’attaque, l’ONUCI a riposté, «conformément à leur mandat de protection de l’Hôtel du Golf où se trouve le président Ouattara et son équipe», a expliqué le porte-parole de l’Onuci dans un communiqué.

Appelle à l’ONU et à la France

Face à cette résurgence et au renforcement des troupes pro-Gbagbo par des mercenaires angolais et sud-africains, comme l’évoque Le Monde, le camp Ouattara demande le soutien de l’ONUCI et de la Licorne. Ses avocats français les ont appelé dimanche à « neutraliser les miliciens à la solde de Gbagbo et (à) remettre à la justice le candidat battu ». Mais ce n’est pas ce que prévoit la résolution 1975 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies qui cadre l’action de ces forces en Côte d’Ivoire. Le texte permet d’utiliser « tous les moyens nécessaires pour (…) protéger les civils et (…) prévenir l’usage d’armes lourdes ». Même si la France a démenti lundi matin « vouloir chasser Gbagbo militairement », son soutien au camp Ouattara est évident. Sans cela, les forces républicaines d’Alassane Ouattara seraient encore davantage mises en difficulté par leurs opposants, mieux formés militairement et très organisés malgré l’infériorité numérique.

Les forces de Ouattara divisées

Dans le camp adverse, après l’euphorie de l’offensive éclaire, ce sont désormais des problèmes d’union des forces qui prévalent. Les experts militaires pointent du doigt la désorganisation des FRCI. Sous le nom de forces républicaines se cachent effectivement une pluralité de combattants issus de divers horizons. La majorité d’entre eux sont d’anciens rebelles des Forces Nouvelles du nord, opposées depuis 2002 à l’armée ivoirienne au sud. Les FRCI ne disposent donc pas d’une rigueur militaire ni de la rigueur hiérarchique nécessaire. Il existe plusieurs leaders, avec chacun ses partisans. Des officiers et des militaires du rang de l’armée ivoirienne ont également rejoint les troupes des FRCI après qu’Alassane Ouattara a obtenu la reconnaissance de la communauté internationale. Ceux qui s’opposaient aux rebelles depuis dix ans, combattent désormais côte à côte avec eux. Ils n’oublient pas pour autant le passé.

Troisième force qui compose les FRCI, le « commando invisible ». Ce groupe mal connu de combattant a valeur d’électron libre et leurs motivations sont peu précises. C’est lui qui a harcelé les forces pro-Gbagbo dans plusieurs quartiers d’Abidjan alors que l’offensive générale des pro-Ouattara n’avait pas commencé, reprenant ainsi par la force le contrôle du quartier populaire d’Abobo, acquis à Alassane Ouattara. Le leader du « commando invisible », n’est autre qu’Ibrahim Coulibaly, acteur du coup d’État de 1999 et de 2002. Il n’a jamais donné clairement ses intentions et les motifs de son rattachement au camp Ouattara, créant une nouvelle tension en son sein. Une force républicaine qui est également affaiblie par des accusations de « crimes de guerre », par Humans Rights Watch, lors de sa progression dans le pays.

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