Côte d’Ivoire : Gbagbo accepte la candidature de Ouattara

Gbagbo ouvre la porte à Ouattara. Le Président ivoirien a déclaré mardi 26 avril qu’il prendrait des mesures « exceptionnelles » afin d’ouvrir la prochaine présidentielle aux candidats présentés par les partis signataire de l’accord de paix de Marcoussis, dont le leader du principal parti d’opposition. L’éligibilité d’Alassane Ouattara est, avec la question du désarmement aujourd’hui en cours, un des principaux points de discorde du conflit ivoirien et une des conditions clés posées par les Forces Nouvelles (ex-rebelles).

La candidature de Ouattara enfin acceptée. Mardi 26 avril au soir, Laurent Gbagbo, Président de la Côte d’Ivoire, s’est exprimé à la télévision en faveur de l’éligibilité d’Alassane Ouattara, leader du principal parti d’opposition, le Rassemblement des Républicains (RDR). Pour cela, le Président ivoirien compte prendre des « mesures exceptionnelles », en vertu de l’article 48 de la Constitution, afin de modifier les conditions d’éligibilité à la Présidence de la République. Cette déclaration répond à la demande du médiateur de la crise ivoirienne et Président sud-africain, Thabo Mbecki. Ce dernier avait sommé Laurent Gbagbo de permettre à tous les partis politiques signataires des accords de paix de Lina-Marcoussis de présenter un candidat de leur choix. Cette mesure est un enjeu majeur de la résolution du conflit ivoirien, car elle est une des conditions phares posées par les Forces Nouvelles (ex-rebelles) pour se désarmer.

Jusqu’à présent, le Président avait toujours rejeté la possibilité pour l’opposant de se présenter à l’élection présidentielle. Il s’était appliqué à lui barrer le chemin en 1995 et en 2000, en utilisant l’article 35 de la Constitution posant les conditions d’éligibilité : parmi elles, la condition de nationalité ivoirienne, à laquelle s’était heurté Ouattara pour cause de “ nationalité douteuse ”. L’accord de Pretoria, signé le 6 avril dernier et scellant la fin de la guerre, n’avait pas réglé cette question.

Inquiétudes dans le camp de l’opposition

Par sa déclaration télévisée, le Président de la Côte d’Ivoire a décidé de mettre en application l’article 48 de la Constitution qui lui permet de “ prendre des mesures exceptionnelles exigées par les circonstances, après consultation du Président de l’Assemblée Nationale et celui du Conseil constitutionnel ” et de ne pas passer par la voie référendaire.

Selon les propres mots de Laurent Gbagbo, “ le problème n’est ni la réinsertion des mutins, ni l’article 35 de la Constitution, mais la candidature d’un homme à la Présidence (…), la candidature de M. Alassane Dramane Ouattara ”. Une décision qui ne peut qu’apaiser les relations entre Forces Nouvelles (ex-rebelles) et les Forces Armées de Côte d’Ivoire (Fanci), puisque l’éligibilité du leader du RDR est une revendication phare des ex-rebelles. Pourtant, l’enthousiasme reste contenu. Si du côté du PDCI-RDA, le parti de Henri Konan Bédié, on prend “ positivement acte de la démarche du Président ”, on attend tout de même “ les mesures qui doivent suivre ”. Du côté du RDR, le parti de Ouattara, on salue également “ la décision du Président qui a fait droit à la demande de Thabo Mbecki ”. Mais des inquiétudes existent à propos de l’utilisation des pouvoirs exceptionnels prévus par l’article 48. “ Une utilisation justifiable en temps de crise, comme celle que notre pays traverse actuellement, mais qui doit rester exceptionnelle. C’est ce que nous espérons de la part de Laurent Gbagbo ”, précise le secrétaire général du PDCI-RDA, Alfonse Djeje Madi. Le Nouveau réveil, journal d’opposition, accuse le Président de “ déchirer Pretoria ” en “ gouvernant en vertu de l’article 48 ” de manière dictatoriale, sans respecter la séparation des pouvoirs.

Autre objet de discorde : la décision du Président de la République de confier l’organisation des élections à l’Institut National de la Statistique (INS), réputé proche du gouvernement, en empiétant sur les compétences de la Commission Electorale Indépendante (CEI), pour procéder à la révision des listes et à la délivrance des cartes d’électeurs. Cette mesure ne garantirait pas complètement l’impartialité de l’élection, et on gronde déjà dans les rangs de l’opposition en évoquant un coup de plus de la part de Laurent Gbagbo pour éradiquer ses adversaires.