Côte d’Ivoire : fête de l’indépendance sous le sceau du deuil

Le 51e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, célébré ce dimanche dans la sobriété pour cause de deuil national, rappelle que les fantômes de la crise politique rôdent encore sur les bords de la lagune Ebrié.

La Côte d’Ivoire a célébré ce dimanche 7 août le 51e anniversaire de son indépendance en saluant la mémoire des 37 personnes décédées ce vendredi dans un accident de bus sur le pont Félix Houphouët-Boigny, dans la capitale, Abidjan. Le président Alassane Ouattara a décrété trois jours de deuil national à la suite du drame. « En mémoire des victimes et par solidarité avec leurs familles, les festivités prévues pour la fête de l’Indépendance ont été annulées », a déclaré ce samedi le président ivoirien dans son adresse à l’occasion de la fête de l’indépendance, la première de son mandat.

Les victimes du 5 août rappellent d’autres victimes : les quelque 3 000 des quatre mois de crise post-électorale qui a suivi le second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010, et celles des exactions perpétrées après l’arrestation de l’ancien président, Laurent Gbagbo, le 11 avril, date officielle de la fin de la dyarchie dans le pays. « Nous célébrons également le retour de la démocratie en Côte d’Ivoire, à l’issue d’une crise qui nous a tous rudement éprouvés, et dont le souvenir des victimes ne quittera jamais nos esprits, ni nos cœurs », a souligné le président ivoirien.

Alassane Ouattara a profité de l’occasion pour demander aux Ivoiriens de rentrer chez eux. Selon le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR), 13 000 réfugiés ivoiriens sont encore présents dans les pays voisins, notamment au Liberia. Dans cet État limitrophe de la région Ouest du pays, les organisations humanitaires ont recensé de nombreuses exactions commises par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), la nouvelle armée ivoirienne, à la tête de laquelle se trouvent des officiers de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) qui ont été récemment promus, au grand dam des organisations de défense des droits de l’Homme. « Les promotions dont viennent de bénéficier en Côte d’Ivoire deux officiers supérieurs fortement soupçonnés d’être impliqués dans de graves crimes suscitent de sérieuses inquiétudes quant à la réalité de l’engagement du président Alassane Ouattara à mettre fin à l’impunité et à rendre justice aux victimes », dénonce Human rights watch (HRW), dans un communiqué publié ce vendredi.

Le président ivoirien, lui, a tenu à saluer samedi « la décision des officiers exilés au Ghana, de rentrer au pays, pour prendre une part active au processus de réconciliation. »

Alassane Ouattara a aussi invité ses adversaires politiques à mettre fin à leur exil. « J’ai connu l’exil pendant plusieurs années, je ne peux le souhaiter à aucun Ivoirien : c’est pourquoi je continue de tendre la main en particulier à nos frères et sœurs du FPI et de LMP (les formations politiques de Laurent Gbagbo, ndlr).» Les partisans de l’ancien chef d’Etat et lui-même appellent à la libération de tous ses collaborateurs détenus tout comme lui.

« N’ayez plus peur »

Afin de rassurer l’ensemble de ses compatriotes, le chef de l’Etat ivoirien a fait valoir l’amélioration de la sécurité en Côte d’Ivoire depuis la fin de la crise électorale. « Les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire, la Gendarmerie et la Police Nationale, dont je viens de nommer les nouveaux chefs, veillent jour et nuit à votre sécurité. Je veux vous rassurer : n’ayez plus peur ».

Faisant état de ses autres programmes prioritaires, dont le Programme présidentiel d’urgence, Alassane Ouattara a annoncé que « très bientôt, c’est toute la Côte d’Ivoire qui sera en chantier », notamment parce que son pays intéresse de nouveau les investisseurs. Selon le Président, « l’image de la Côte d’Ivoire s’est nettement améliorée et (le) pays est de retour sur la carte du monde ». A ses compatriotes, il a promis « un Etat fort, moderne et impartial, avec des Institutions crédibles, (…) un Etat qui respectera l’indépendance de la justice, qui luttera contre l’impunité et fera la promotion du mérite et de la compétence ».

L’ancien président Henri Konan Bédié, son allié politique, et Laurent Gbagbo se sont également exprimés à l’occasion de la célébration de l’indépendance ivoirienne. Faisant le bilan de ces 50 ans d’indépendance, le premier a estimé que « les dix dernières années, les années de la Refondation (régime de Laurent Gbagbo, ndlr), ont été (…) un désastre dont le pire fut la crise post-électorale ». « C’est une catastrophe qui doit interpeller la conscience des Ivoiriens et les pousser à développer de nouvelles dispositions d’esprit pour ne plus jamais retomber dans une situation aussi dramatique », a-t-il déclaré. Il a exhorté ses compatriotes à « renouer avec (leur) tempérament d’hommes épris de paix ».

C’est dans un registre plus militant que Laurent Gbago, détenu à Korhogo (nord du pays), s’est inscrit. Dans un message publié dans Notre Voie, un journal proche de sa formation politique, le président déchu écrit : « Mes chers compatriotes, de mon lieu de détention, je continue de garder la foi en notre combat ». Il a ainsi salué les « martyrs » de la « jeune Histoire » de la Côte d’Ivoire et rendu hommage « à tous (les) valeureux combattants de la liberté», « aux braves soldats des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), toutes unités confondues » qui se sont opposées depuis 2002 (année du coup d’Etat manqué des FN) « à la vassalisation » du peuple ivoirien. Une entreprise dans laquelle ils auraient été « empêchés par la France ».

La nation ivoirienne a 51 ans mais les Ivoiriens endeuillés cherchent encore la sérénité et l’apaisement que promettent les discours politiques.