Côte d’Ivoire : enfants en péril

L’Unicef tire la sonnette d’alarme. Grant Leaity, le chef régional des urgences en Afrique de l’Ouest de l’organisation internationale d’aide aux enfants, a présenté jeudi, à Paris, son huitième rapport sur la crise ivoirienne. Près de 400 000 personnes, dont 200 000 enfants, ont fui les violences qui minent la Côte d’Ivoire depuis plusieurs semaines. Une situation préoccupante en raison de l’afflux important de réfugiés au Liberia et du manque de moyens pour y faire face.

Les combats entre pro-Gbagbo et pro-Ouattara font rage à Abidjan et dans l’ouest. Les enfants ne sont pas épargnés par ce conflit. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (l’Unicef) a confirmé leur participation dans les rassemblements politiques depuis le début de la crise. Au moins 20 d’entre eux ont été blessés. Pis, dès l’âge de 8 ans, ils seraient nombreux à être enrôlés par des milices armées favorables aux deux chefs d’Etat ivoiriens rivaux. Leurs recrutements se feraient parfois même au sein des camps de réfugiés.

Autre tendance qui inquiète l’organisation : la hausse des violences sexuelles. Au moins 32 enfants en ont été victimes depuis le début de la crise. Elle estime à 400 000 le nombre de personnes déplacées en raison des tensions, dont la moitié serait des enfants. Ce flux de réfugiés a un réel impact sur le Liberia qui en a accueilli 70 000 et 30 000 la semaine dernière.

Les ONG dans l’impasse à Abidjan

La situation à Abidjan est d’autant plus préoccupante estime Grant Leaity, le chef régional de l’Unicef des urgences en Afrique de l’Ouest . La capitale ivoirienne est le théâtre depuis deux semaines de violents affrontements entre les deux camps. Ils ont été particulièrement sanglants dans le quartier d’Abobo. « Abidjan est très politisée. C’est pour cela, qu’il est très difficile pour les ONG d’y effectuer leur travail. Elles sont régulièrement soupçonnées de prendre partie pour Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara », a-t-il déclaré.

800 000 enfants privés d’école

La crise ivoirienne met notamment en péril la scolarité des enfants. Selon l’Unicef, 800 000 d’entre eux ne peuvent plus se rendre à l’école, dans le nord et l’ouest, en raison de la fermeture des établissements. Une mesure prise par Alassane Ouattara, le président reconnu par la communauté internationale. « Nous sommes actuellement en pleine négociation avec le gouvernement Ouattara pour qu’il revienne sur cette décision. Nous ne pouvons pas accepter que les enfants ne puissent plus aller à l’école. Ils ne doivent pas être pénalisés par ce conflit », a affirmé M. Leaity.

Mais leur instruction n’est pas la seule préoccupation de l’Unicef, qui a dû intervenir d’urgence dans plusieurs régions du pays pour éviter que des épidémies ne se développent. Des campagnes de vaccinations ont été organisées dans la province du sud-Comoé. Près de 400 000 enfants et adultes y ont été vaccinés contre la rougeole, dont 76 000 âgés de 6 mois à 5 ans. Dans le sud, 257 ont bénéficié de traitements contre le paludisme et la diarrhée.

L’inquiétante saison des pluies

La saison des pluies qui débute à la fin du mois de mars est l’autre inquiétude de l’Unicef. « Nous sommes actuellement très préoccupé par l’assainissement de l’eau. La situation risque de se dégrader avec l’arrivée dans quelques semaines de la saison des pluies. Il faut absolument que l’on puisse avoir assez de latrine pour éviter la contamination de l’eau », a souligné Grant Leaity. Il déplore également le manque de financement de cette crise humanitaire, qui dans « quelques semaines pourrait prendre plus d’ampleur », selon lui. Il évalue les besoins financiers de l’Unicef à 28 millions de dollars pour la Côte d’Ivoire et 19 millions pour le Liberia.

La situation dans le pays se détériore chaque jour un peu plus. Selon l’ONU, 379 personnes auraient péri dans des violences depuis le 28 novembre, dont 50 la semaine dernière. Après l’ultime échec du panel des présidents africains, la sortie de crise semble bien lointaine…