Côte d’Ivoire : En somme il faut que le pays avance, mais sommes-nous prêts… ?

 

La Côte vient d’entamer une nouvelle sortie de crise, c’est la énième en 20 ans. Sauf que cette fois-ci le pays reprend des couleurs, le changement est palpable çà et là et une odeur de développement semble venir rafraichir l’atmosphère. Comme un vent qui annonce une pluie tant attendue et qui rafraichi les mémoires et laisse un frisson de bonheur sur des corps encore convalescents d’une sècheresse un peu trop longue.

La Côte vient d’entamer une nouvelle sortie de crise, c’est la énième en 20 ans. Sauf que cette fois-ci le pays reprend des couleurs, le changement est palpable et une odeur de développement semble venir rafraichir l’atmosphère. Comme un vent qui annonce une pluie tant attendue et qui rafraichi les mémoires et laisse un frisson de bonheur sur des corps encore convalescents d’une sècheresse un peu trop longue.
Les ivoiriens redécouvrent le plaisir de voir des ponts sortir de terre, des échangeurs à six vois s’ériger, quelques autoroutes également sont en projet. Le pays est en chantier, et ça rassure. Les immeubles poussent çà et là, on parle de financement en milliers de milliards et bailleurs de fond accourent. La notation du pays s’est améliorer, alors pourquoi pas, tant qu’il y a de la croissance.

Côté sécurité, les braquages ont diminué tandis que les patrouilles elles, sont constantes. Les microbes d’Abobo qui semaient la terreur tendent à disparaitre. Les ivoiriens retrouvent peu à peu leur joie d’antan.
Mais peut-on imaginer qu’un tel développement puisse être éphémère et s’arrêter en si bon chemin ? Où est ce inéluctable que le pays sera émergent en 2020 ? Pour ma part je le souhaite à la Côte d’ivoire car elle mérite d’être au moins émergente. Mais qu’est ce qui pourrait donc menacer ce développement si harmonieux ?

Regardons côté politique, il apparait clairement que dans tous les pays émergents (Inde, Brésil, Afrique du Sud, Chine etc) la stabilité politique est la première source de confiance pour l’afflux des capitaux. L’argent n’aime pas le bruit dit-on ? On constate par contre qu’il est très difficile de se projeter sur l’après Ouattara, pire pour certains vaudrait même mieux qu’il reste longtemps en vie et aux affaires pour garantir la pérennité des investissements et la durabilité du développement. Le système politique d’après crise est encore assez fragile, il ne survivrait pas à des candidatures multiples au RHDP ce qui d’ailleurs pourraient réveiller des vielles rancœurs endormies à coups d’accords électoraux. Il faut donc cimenter la majorité pour les au moins encore 5 ans.

Coté opposition, d’un côté l’ancien Président Laurent Gbagbo était presqu’une drogue, donc 3 ans après son arrestation il est difficile pour ses partisans de se réorganiser et de continuer son combat avec d’autres hommes ou de nouvelles têtes. Certains parlent de « Gbagbo ou Rien » ! D’autres pour se donner bonne conscience scandent « libérer les prisonniers ensuite on verra », ceux-là même seraient encore plus déboussolés si cette libération intervenait. D’un autre côté de l’opposition on peine à se faire entendre pour cause d’absence de masse critique. Mais chose est sur le consensus républicain et politique est loin d’être une réalité en Côte d’Ivoire.
Et puis coté juridique, il est également prouvé que la stabilité juridique est importante pour consolider l’attractivité économique du pays surtout en voie d’émergence. Le système judiciaire reste assez sensible au climat politique, et donc il n’est pas évident d‘avoir raison contre l’état ou de gagner un procès et de voir la décision s’appliquer immédiatement. Mais là encore restons assez optimiste !

Côté réconciliation c’est assez catastrophique, tout le monde se comporte comme s’il ne s’était rien passé dans ce pays. Comme si Certains n’avaient pas créé l’ivoirité, comme si les populations du nord n’avaient jamais été excluent de l’administration, comme si l’absence de consensus dans les instances électives n’avaient point causé de crise, comme si aucune mémoire ne devait être érigée en symbole afin que les ivoiriens ne se retrouvent plus en guerre. Chacun avance de son côté et chacun se construit son mythe dans son esprit, en espérant que les cauchemars soient définitivement derrière. Comme si l’émergence était avant tout infrastructurelle, économique et financière, et que l’humain n’est que secondaire ou n’arrive qu’en dernier lieu. On s’apostrophe devant chaque incantation d’émergence pour savourer chacun sa fuite en avant.

Cependant il faut reconnaitre que bien des républiques en Afrique aimeraient connaitre ce qui se construit aujourd’hui en Côte d’ivoire, ainsi pour certains pourquoi se tourner vers le passé alors que l’avenir semble radieux. Si par le passé nous avons construit le Plateau, Cocody, la Riveaira et la basilique, et qu’en chemin nous avons somnolé 20 ans, c’est que nous ne sommes pas à l’abri d’un retour en arrière, d’un faux pas, d’une embuche ou d’une rechute.
Mais pour l’instant je suis d’avis qu’à chaque jour suffit sa peine, savourons donc ce retour de la paix ou du moins de l’accalmie, et sillonnons nos ponts, échangeurs et nouvelles routes, tout en gardant à l’esprit que l’émergence et le développement sont avant où une construction sur les hommes et ensuite peuvent se matérialiser de manière assez durable dans un pays.

Loic MPANJO
Un regard venu d’Afrique