Côte d’Ivoire-Cameroun : colère et tristesse d’un côté, liesse et espoir de l’autre


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De nombreux médias africains ont consacré une partie de leur édition au match serré Côte d’Ivoire-Cameroun (2-3) de dimanche, comptant pour les qualifications jumelées de la Coupe du Monde et de la Coupe d’Afrique des Nations 2006. Les journalistes ivoiriens blâment les choix du sélectionneur Henri Michel et relatent la peine des supporters des Eléphants. Leurs homologues camerounais félicitent, pour leur part, la performance d’Achille Webo, auteurs des trois buts des Lions Indomptables. Morceaux choisis.

Les Eléphants ivoiriens rentrent aux vestiaires la trompe entre les jambes. L’équipe nationale ivoirienne s’est inclinée, chez elle dimanche, par deux buts à trois contre son homologue camerounaise. Cette rencontre comptait pour les qualifications jumelées de la Coupe du Monde et de la Coupe d’Afrique des Nations 2006. Et la défaite ivoirienne compromet fortement les chances des joueurs d’Henri Michel de participer au Mondial 2006, en Allemagne. Le Cameroun s’installe, pour sa part, en tête de sa poule et est quasiment assuré de sa qualification. Le match de dimanche était donc lourd de conséquences, ce qui n’a pas échappé aux médias des deux pays qui s’affrontaient.

Soir Info fustige en premier lieu le gardien de but Gérard Gnanhouan, remplaçant Jean Jacques Tizié absent pour cause de fracture du doigt, et l’équipe ivoirienne. « Le malheur de la Côte d’Ivoire s’appelait Gnanhouan, un gardien nul et moribond, entouré d’une défense centrale incapable de sursaut pour circonscrire les dégâts », peut-on lire dans l’édito du journal ivoirien. Fraternité Matin se montre plus modéré envers le goal, qualifiant de « sortie hasardeuse » l’action qui a permis à Achille Webo, auteurs des trois buts camerounais, de marquer la première fois (30′). Le quotidien ivoirien estime par ailleurs que lors de cette rencontre Gnanhouan s’est retrouvé « infortuné » face au triple marqueur camerounais.

Le sélectionneur Henry Michel fustigé

L’édito de Soir Info poursuit la mise en accusation en critiquant les choix du sélectionneur français Henri Michel : « Les malheurs de la Côte d’Ivoire avaient surtout pour, entre autres noms, Henri Michel, un coach également incapable d’exploiter, à bon escient, une équipe de rêve mise à sa disposition par les dirigeants de la Fif (Fédération ivoirienne de football, ndlr) ». Alors qu’un autre article du journal considère que « les Eléphants footballeurs ont pratiquement rejoué le match qu’ils ont perdu contre la France. Un match test qui a permis aux Camerounais de se faire une idée des faiblesses de l’équipe ivoirienne ».

Selon Fraternité Matin, le manque de chance était donc, notamment, au rendez-vous. Une hypothèse qui semble convaincre certains journaux. « Les dieux du football n’étaient pas du côté des Ivoiriens », écrit Camer.be, un site camerounais. Et ce n’est pas faute d’avoir prié, si l’on en croit Le Patriote. « Angéline, assise face à une bouteille de bière prie à fond. ‘Que Dieu nous aide à marquer notre 3e but pour les devancer’, ne cesse -t-elle de souhaiter », rapporte le journal au moment où le compteur du match affichait 2-2. Didier Drogba, l’avant centre star de Chelsea, à l’origine des deux buts ivoiriens, n’a cette fois pas pu revenir au score.

Chacun glorifie ses buteurs

L’International ivoirien n’a pas écopé de commentaires amers. Soir Info, dont la plume a été plutôt dure avec les Eléphants, a salué la prestation de Drogba-sauve-l’honneur. Il qualifie le footballeur talentueux de « héros malheureux », auteur d’une « insolente réussite » permettant aux Eléphants de lutter à armes un peu plus égales. « Ses efforts n’auront pas servi à qualifier la Côte d’Ivoire. Toujours est-il que sa vitesse, sa technique et son efficacité ont fait rêver plusieurs millions de personnes », écrit le journal. Alors que la Côte d’Ivoire se console en revenant sur les exploits de Didier Drogba, la presse camerounaise se félicite des buts inscrits par le joueur quasiment inconnu Achille Webo.

« Revoyez cette passe – à la Ronaldhino – de Salomon Olembé pour servir Webo dans le dos des défenseurs ivoiriens. Et que fait l’attaquant camerounais à la lutte avec un Ivoirien ? Un lob somptueux qui surprend le défenseur et met à nu la fébrilité du gardien Gnanhouan », rappelle Cameroon Tribune se référant au premier but. Le journal, qui ne manque pas de congratuler les deux autres frappes d’Achille Webo, explique tout de même que Drogba, « à lui seul, sans être étincelant dans le jeu, (…) a failli ruiner tous les espoirs camerounais ». Alors que Camer.be salue laconiquement « les Ivoiriens qui se sont mobilisés partout en Côte d’Ivoire », après s’être exclamé : « Adieu le Mondial ! »

La presse a largement commenté l’après coup de sifflé final. Chez les Camerounais, la liesse était totale. Cameroon Tribune décrit « une ambiance de carnaval qui s’est emparée des rues de la capitale camerounaise » Yaoundé. Les voitures klaxonnaient et on dansait dans les rues. Du bikutisi et du makossa, « mais surtout du Koupé Decalé comme pour célébrer au rythme de cet air ivoirien, très prisé par les Camerounais, la victoire des Lions sur les Eléphants », souligne le journal camerounais. Fous de joie, des jeunes clamaient : « Drogba parle encore, qui est le plus fort ? », rapporte-il. Les Camerounais de la diaspora n’étaient pas en reste.

Mal partis pour le mondial, mais « découragement n’est pas ivoirien »

Un bonheur qui tranchait avec la déception et la tristesse des Ivoiriens, teintés de colère et d’incompréhension. Nombreux sont ceux qui étaient en larmes après le match. Ils étaient près de 40 000, selon Soir Info, à s’être rendus au stade Houphouët Boigny et beaucoup ont suivi la rencontre sur leurs petits écrans. Les rues étaient décorées pour préparer la fête de la victoire. Finalement, il a fallu tout remballer. On pleure, on peste, on s’évanouit de tristesse. « Melissa et son copain Jean-Claude ne peuvent retenir leurs larmes. Koné, lui, s’apprête à mettre le feu à son tee-shirt à l’effigie des Eléphants », rapporte Le Patriote, qui rappelle que « ces Camerounais n’ont cessé de ‘tuer’ les Ivoiriens aux différentes compétitions internationales : Can 1970, 1974, 1984, 1986, 2000 et aujourd’hui en 2005 ».

« Aujourd’hui, le réveil a été douloureux, et les signes de la fête ont disparu des rues d’Abidjan. Les couleurs nationales ne sont plus visibles. Plus aucun gadget à l’effigie des Eléphants n’est porté ce lundi », commente Fraternité Matin. Car les implications de la défaite de dimanche sont lourdes. D’aucuns pensent que le Cameroun est à « 90 minutes du Mondial » si tout se passe bien pour les Lions Indomptables contre l’Egypte. La Côte d’Ivoire est, quant à elle, condamnée à battre le Soudan s’il ne veulent pas être rayés de la compétition. Certains Ivoiriens gardent toujours une once d’espoir. Ils estiment que tout n’est pas perdu et que « découragement n’est pas ivoirien ».

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