Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara et son amnistie « illégale »

Le Président de la Côte d'Ivoire, Alassane Dramane Ouattara

En Côte d’Ivoire, trois organisations de défense des droits de l’Homme ont saisi la Cour suprême pour contester l’ordonnance d’amnistie jugée inégale prise en août 2018 par le Président Alassane Ouattara.

Elles sont trois organisations de défense des droits de l’Homme, par ailleurs membres de la FIDH (Fédération internationale de défense des droits de l’Homme) à déposer un recours « en excès de pouvoir » devant la Cour suprême de Côte d’Ivoire pour dénoncer l’ordonnance d’amnistie prise par le chef de cet Etat d’Afrique de l’Ouest, Alassane Ouattara, au mois d’août 2018. Cette amnistie avait concerné plusieurs centaines de personnes, dont Simone Gbagbo, épouse de l’ex-Président, condamnée pour atteinte à la sûreté de l’Etat. De l’avis des trois organisations de défense des droits de l’Homme qui ont attaqué la décision d’Alassane Ouattara, cette décision allait à l’encontre du droit des victimes à la justice et donc de la réconciliation.

Willy Neth, vice-président de la LIDHO (Ligue ivoirienne des droits de l’Homme), qui se dit convaincu que l’amnistie « est un déni de justice, un refus de rendre la justice », ajoutant que « les personnes qui sont véritablement concernées par ces crimes sont les victimes et ces victimes méritent réparation ». Il indique que son organisme a « écrit au président de la République pour lui signifier que le recours gracieux qu’on lui adressait était pour lui signifier que l’ordonnance d’amnistie qu’il avait prise était illégale », dénonçant le fait que « les seules personnes qui se réjouissent, en fait, sont les acteurs politiques. Qu’est-ce qu’il en est des victimes, justement, de ces graves tueries qu’il y a eu en 2010-2011 » ?

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Pour sa part, Drissa Traoré, vice-président de la FIDH, dénonce le fait que « le chef de l’Etat, qui a pris l’ordonnance d’amnistie, n’avait pas qualité pour le faire. En Côte d’Ivoire, l’amnistie est du ressort de la loi, donc de l’Assemblée nationale », ajoutant que Ouattara « a pris l’amnistie pour aller à la réconciliation. C’est le sens qu’il lui a donné. Mais pour nous, c’est la justice qui doit amener à une réconciliation durable. Aujourd’hui, on essaie d’opposer la réconciliation à la justice ! »

L’amnistie concerne les personnes poursuivies ou condamnées pour des infractions en lien avec la crise post-électorale de 2010 ou des infractions contre la sûreté de l’État commises après le 21 mai 2011, à l’exclusion des personnes en procès devant une juridiction pénale internationale, ainsi que de militaires et de membres de groupes armés, a justifié le Président Ouattara pour, selon lui, contribuer ainsi à la réconciliation.