Côte d’Ivoire : affrontements entre les militants du FPI et du RDR

Des affrontements armés ont opposé des militants du Front populaire ivoirien (au pouvoir) et du Rassemblement des républicains, dimanche à Divo, faisant au moins un mort et une dizaine de blessés. Le climat était tendu depuis quelques jours à cause des audiences foraines qui devaient avoir lieu dans cette localité. Ce matin, le calme semble revenu, mais les deux camps se renvoient la responsabilité des heurts.

C’est pas moi, c’est lui. Le Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir) et le Rassemblement des républicains (RPR) se renvoient la responsabilité des heurts qui ont opposé leurs militants dimanche, à Divo. Selon un bilan provisoire, on dénombre au moins un mort et une dizaine de blessés. Quant à dire dans quel camp… Les deux formations assurent en effet que leurs militants n’étaient pas armés, contrairement à leurs rivaux. Ce matin toutefois, le calme semblait revenu dans la localité située dans la zone de production de cacao.

Tensions autour des audiences foraines

Les tensions dans la ville du Centre-Sud, acquise au FPI, étaient apparemment fortes depuis plusieurs jours. Les partis avancent que dès mardi dernier lors d’une réunion technique, la préfète a décidé de suspendre les audiences foraines, qui ont commencé à la mi-juillet et sont destinées à délivrer des pièces d’identité et à compléter les listes électorales dans le cadre des élections générales prévues le 31 octobre. Le FPI était d’accord puisqu’il prône de s’y opposer « par tous les moyens », estimant que ce projet s’est monté dans la précipitation.

« Nous ne pouvons et ne saurions nous opposer à un processus permettant à des citoyens et on citoyens d’avoir un état civil, nous a pourtant confié Laurent Akoun, secrétaire général adjoint du FPI et député de l’Alébé. Ce que nous dénonçons, ce sont les conditions dans lesquelles se mènent les opérations. Premièrement, il a une absence de sécurité dans les zones occupées par les bandes armées au Nord, et dans une partie de l’Ouest et du Centre (références aux Forces nouvelles, ndlr). Ensuite, il y a l’opacité de l’opération actuelle qui est tout à fait hors de contrôle, puisqu’il n’y a pas de décret pour régir l’opération : tout se fait dans l’informel. Enfin, ces audiences sont illégales, puisque ce n’est pas le conseil général de la magistrature mais le premier ministre qui a nommé les magistrats. C’est une affaire de copinage. Tout cela nous porte à penser que les audiences ne garantiront pas la transparence des élections comme elles le devaient. »

Côté RDR, on explique que l’on est partisan du maintien de l’opération. « Le FPI a émis deux avis contre et le RDR deux avis pour. Nous pensons que ce processus est bon puisqu’il donne des papiers à nos parents, nos frères… Mais, à mon avis, la préfète a vu la mobilisation qu’il y avait de l’autre côté et elle a peut-être pris peur. Elle a décidé de la suspension du démarrage et indiqué qu’elle allait prendre avis auprès de ses supérieurs », explique Amadou Diallo, secrétaire départemental du RDR à Divo.

Au moins un mort et une dizaine de blessés

C’est à la fin de la réunion que la tension serait montée d’un cran. Un militant du RDR aurait été arrêté parce qu’il portait une arme blanche. « Il a été mis aux arrêts mais cela n’a pas plu aux militants qui se sont mobilisés pour le libérer, poursuit le responsable du principal parti d’opposition. Ils ont été rejoints par les jeunes Patriotes (partisans du FPI, ndlr), qui ont dû battre en retraite. Les Jeunes Patriotes ont saccagé des véhicules et donné sept coups de machettes à une jeune femme, qui, selon mes informations, a été admise à l’hôpital », confie Imbassou Ouattara, membre du réseau d’identification du RDR, qui certifie que les militants de la formation politique n’étaient pas armés.

Des incidents auraient éclaté entre mardi et dimanche, mais les informations ne sont pas claires. Samedi, à Divo, on constatait toutefois des pillages de magasins et des dégâts matériels. Amadou Diallo avance un bilan provisoire des heurts de dimanche : « Les affrontements ont commencé vers 8h30. Nous déplorons un mort du côté du RDR. Hier, nous avions une dizaine de blessés, mais d’autres que nous n’avions pas vu se sont ajoutés ce matin, faisant une quinzaine de blessés ». Au FPI, les jeunes Patriotes n’étaient pas armés, mais que « les Dioulas du RDR ont fait de la casse dans les quartiers, qu’ils avaient des kalachnikovs, des fusils, des machettes. Ils ont fait 35 blessés parmi les Patriotes, dont 28 par balle. Il n’y a aucun mort chez les Patriotes et un officiellement chez le RDR », rapporte Boniface Attebe, premier responsable politique du FPI pour le département du Divo. L’Agence France Presse (AFP) rapporte pour sa part deux morts et 17 blessés.

Calme relatif

D’autres incidents auraient opposé les miliciens des deux partis. « Le 14 juillet, premier jour des audiences foraines, il y a eu des échauffourées à Abobo, mais les Forces de défense et de sécurité sont intervenues », explique Laurent Akoun, du FPI. « La semaine passée, ils y a eu des heurts à Oumé, Abengourou et Grand-Bassam (dans la banlieue d’Abidjan). Mais il n’y a pas eu de dégâts, les choses se sont limitées à des mouvements de jeunes », ajoute Imbassou Ouattara.

Les Forces de défense et de sécurité se sont déployées dimanche soir pour rétablir le calme. Certains parlent même d’un couvre-feu. L’AFP indique que des renforts de cette force loyaliste se sont déployés à Daloa, Yamoussoukro et Abidjan et que la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire a également envoyé des soldats. Cela suffira-t-il à refroidir les ardeurs ? Selon l’AFP, le patron du RDR a souligné qu’il « ne [peut] pas lancer d’appel au calme tant que [ses] militants sont menacés ».