Cossery, l’oeuvre ultime

Le dernier opus d’Albert Cossery est paru en 1999 aux Editions Joëlle Losfeld.  » Les couleurs de l’infamie  » explore les thèmes chéris de l’écrivain égyptien de langue française. A lire.

Après 15 ans de silence, Albert Cossery lance un dernier cri littéraire :  » Les couleurs de l’infamie « . Cette fois-ci, le recit prend place dans l’Egypte contemporaine, que Cossery décrit à merveille. Nous retrouvons le héros cossérien, lucide et maniant la dérision avec maestria : un journaliste censuré et sans le sou, qui décide d’habiter le mausolée de ses parents :  » Après des années de séparation d’avec ses parents, Karamallah éprouvait le plaisir de se retrouver avec les siens, mais sans les différends et les altercations qui surgissent toujours dans toute réunion entre vivants.  »

Une partie du roman a donc lieu dans la Cité des Morts du Caire qui, suite à la crise du logement de cette ville tentaculaire, a été envahi par les sans-logis. Un petit arrangement avec les morts qui soulage tout le monde. Aux côtés de Karamallah,  » ce prophète de la dérision qui vivait dans un cimetière  » : Ossama, un jeune voleur plein d’avenir, qui s’habille comme les riches pour mieux les voler, et Nimr, son maître, qui penche plutôt pour la rapine traditionnelle en guenilles.

Philosophie cossérienne

La rencontre de ses trois personnages donne à Cossery l’occasion de nous délecter de certaines pensées de haut vol, comme celle d’Ossama, qui analyse le larcin en tant que vertu patriotique, se hissant ainsi au rang de militant nationaliste :  » J’ai le sentiment que par mon activité je contribue à la prospérité du pays, puisque je dépense l’argent subtilisé aux riches dans divers commerces qui sans moi et mes pareils iraient vers leur déclin.  »

Ajoutez à cela un promoteur immobilier sans scrupules qui construit des  » maisons jetables  » – qui s’effondrent sur leurs habitants faute de béton -, et vous aurez un livre drôle et croustillant comme sait les écrire Cossery.

Commander le livre : Edition Losfeld.