Coronavirus – Au Mali, des jeunes informent leur communauté pour dissiper les mythes sur la Covid-19

Pour combattre la pandémie de Covid-19 au Mali, l'ONU s'efforce en partenariat avec le gouvernement de sensibiliser la population (Photo MINUSMA/Harandane Dicko)

Face à la propagation de la Covid-19 dans la région, les informations fournies par ces jeunes formés à promouvoir la cohésion sociale sont devenues vitales.

Quelque 3,8 millions d’enfants au Mali sont affectés par les fermetures d’écoles visant à prévenir la propagation de la Covid-19. Dans cet environnement déjà complexe et fragile, l’arrivée du coronavirus n’a fait que renforcer l’incertitude – et la peur.

« Nous devrions tous être à l’école, mais les écoles sont fermées. Les enfants ont besoin de jouer, mais nous ne pouvons plus sortir pour nous amuser », témoigne Fatoumata, 15 ans, auprès de l’UNICEF. « Tout cela à cause de cette horrible maladie. »

« Les familles sont effrayées », ajoute-t-elle. « Moi aussi, j’ai eu peur lorsque j’ai entendu que la maladie avait gagné le Mali ». Cependant, la jeune fille ne laisse pas la peur l’empêcher de mener à bien la mission qu’elle s’est donnée de protéger sa communauté et de contribuer à la lutte contre la propagation du virus.

Les faits doivent l’emporter sur la fiction

En 2019, Fatoumata a participé à un programme de formation organisé par l’UNICEF et ses partenaires et fait depuis partie des journalistes en herbe du pays. Quarante enfants de huit régions à travers le Mali, y compris de régions touchées par le conflit dans le nord et le centre du pays, ont ainsi reçu une formation élémentaire sur les compétences journalistiques, la communication numérique et les droits de l’enfant.

Ces journalistes en herbe, dont plus de la moitié sont des filles, animent désormais des émissions de radio, écrivent des articles pour les journaux et tournent des vidéos pour les médias sociaux.

Une grande partie de la formation a porté sur les effets des rumeurs et le rôle que les jeunes peuvent jouer pour lutter contre les fausses informations afin de protéger leur communauté. Au vu de la propagation de la désinformation sur la Covid-19, les compétences fraîchement acquises par ces jeunes journalistes sont devenues plus importantes que jamais.

On voit une vraie différence depuis que nous avons commencé à sensibiliser la population à la Covid-19

« Avant la formation […], je croyais tout ce que je voyais sur Facebook », affirme Fatoumata. « Maintenant, à chaque fois que je vois de fausses informations sur les médias sociaux, je les corrige en publiant des informations exactes. Par exemple, j’informe les gens qu’il n’existe aucun vaccin ni traitement contre la Covid-19 à l’heure actuelle ».

Aujourd’hui, Fatoumata anime une émission de radio sur la Covid-19 sur Kaoural FM, une station de radio communautaire locale. Elle affirme que les jeunes ont un rôle essentiel à jouer dans la riposte contre la Covid-19.

« Il est important que les enfants et les jeunes comprennent cette maladie, parce que nous sommes l’avenir de ce pays. L’avenir de chaque pays repose sur les jeunes. Si la jeunesse vacille, le monde s’effondre ».

Les propos de Fatoumata trouvent écho dans cette région durement touchée par la détérioration de la situation humanitaire au cours des dernières années. L’augmentation des attaques ciblant des villages dans la région de Mopti a contraint près de 100 000 personnes, majoritairement des enfants, à se déplacer à l’intérieur du pays.

Face à la propagation de la Covid-19 dans la région, les informations fournies par ces jeunes formés à promouvoir la cohésion sociale sont devenues vitales.

Promotion de l’éloignement physique et du lavage des mains

Kola, 22 ans, contribue également à protéger la communauté contre le coronavirus. Armé d’un masque et de désinfectant pour les mains, il fait le tour d’un marché local avec d’autres jeunes afin de promouvoir l’éloignement physique et le lavage des mains.

« Nous ciblons les lieux très fréquentés, tels que les stations de bus à Mopti et à Sévaré, les quais et les berges », explique-t-il. « Nous quadrillons ces lieux avec des mégaphones, à bord de “Katakani” », poursuit-t-il en faisant référence aux véhicules motorisés à trois roues populaires dans le pays.

Kola reconnaît que la population n’est pas toujours réceptive à leurs messages sur la Covid-19.

« Certaines personnes pensent que la maladie n’est pas un problème ici et ne respectent pas toujours ce que nous faisons », ajoute-t-il. « Elles nous disent parfois que le virus ne peut pas survivre dans les pays chauds. Nous leurs parlons alors du nombre de cas dans la région de Mopti, où la température atteint 40° C ».

Pour Kola, ces conversations sont importantes pour lutter contre les rumeurs et les fausses informations. « On voit une vraie différence depuis que nous avons commencé à sensibiliser la population à la Covid-19 », affirme-t-il en montant dans son Katakani.

« Les gens commencent à nous écouter. Ils commencent à nous poser des questions afin de mieux comprendre la maladie ».