contre le désenchantement électoral

Les Africains devraient beaucoup voter ces jours-ci : régionales à Madagascar, municipales en Afrique du Sud, législatives en Côte d’Ivoire, présidentielle et législatives au Ghana, mais aussi au Soudan, référendum en vue au Sénégal, … Mais les Africains s’abstiennent massivement, en bonne partie parce qu’ils pensent que voter ne sert à rien.

Dix ans après les premiers pas de la démocratisation, le sentiment prévaut, écrasant dans sa quasi unanimité, que la politique ne résoud pas les problèmes qui se posent aux gens. Même en laissant de côté la violence partisane et la corruption d’Etat, beaucoup de citoyens examinent leur vie, celles de leur pays, de leur communauté et trouvent à juste titre qu’elles ne se sont pas améliorées. Difficile d’être motivé, dès lors, par des campagnes électorales – qui, de surcroît, paient un lourd tribut à la basse démagogie.

Ceux qui, en Afrique et ailleurs, refusent d’aller voter, ont toutes les bonnes raisons sauf une : la démocratie, c’est la paix. La politique, cela peut être la guerre – tant la guerre est encore de la politique. Mais la démocratie, le multipartisme et la libre expression, si ils ne résolvent pas les problèmes politiques, économiques et sociaux du fait de leur simple existence, permettent au moins que ces problèmes soient pesés, évalués, discutés par ceux-là même qui les vivent.

On objectera que les élections ne sont pas toujours l’alternative à l’immobilisme ni à l’arbitraire, voire aux meurtres. On rappellera la litanie des scrutins volés ou annulés sur le Continent. Pas besoin de voyager dans le temps : n’est-ce-pas, MM. Gbagbo et Ouattara ? Mais que se passerait-il en l’absence d’élections ? Comment ces injustices seraient-elles connues ?

On objectera, encore, que toutes les alternances ne changent rien – ce qui est faux, bien sûr. Ce qui ne change pas, c’est l’insécurité économique et sociale des pays africains, ballottés au gré des cours des matières premières et des  » stratégies  » en vogue à la Banque mondiale, fragilisés par leurs retards de développement : des faits lourds, têtus, contre lesquels les gouvernants agissent avec des moyens très limités.

Des moyens limités, mais des moyens quand même : la mobilisation de la population autour d’un projet, c’est une force aussi – et c’est le rôle de la politique. Encore faut-il que les électeurs y croient. Alors d’autres Wade pourront être élus, d’autres Konaré pourront stabiliser leur pays. Et personne ne dira que cela ne sert à rien.