Congo : une étoile engagée pour le cinéma

Mwana’a Congo, dernier né de la réalisatrice Nadège Batou a été dernièrement présenté à l’Institut français de Brazzaville. Cette réalisation de la cinéaste est un questionnement sur l’identité du cinéma en Afrique. Une interrogation délicate à ce jour car elle interpelle la situation des arts, de la culture et plus particulièrement le sort du 7ème art sur le continent.

(De notre correspondante)

Sans complexe ni langue de bois, la voix de Nadège s’élève dans Mwana’a Congo comme pour mettre fin à une interrogation qui l’a longtemps tourmentée. La cinéaste veut sortir des clichés inhérents dont le cinéma africain fait l’objet (guerre, famine, pénurie d’eau, VIH/SIDA…). Des désignations qui cataloguent par conséquent la plupart des réalisateurs africains dans un même moule nommé « cinéma africain ».

C’est sur cette étiquette que se déroule la trame de ce documentaire d’une dizaine de minutes, fruit de sa formation à la FEMIS (célèbre école française de cinéma ou elle a passé deux mois).

Nadège ne cache pas ses insuffisances, au contraire elle les expose : « Je sors d’un pays où il n’existe pas d’école de cinéma, pas même les moyens rudimentaires pour exercer ma passion, je me suis formée sur le tas en participant à des ateliers, comme Africa Doc, les ateliers Varens et tout dernièrement à la FEMIS », une présentation qui situe dès les premières minutes de son documentaire le téléspectateur.

Plusieurs questions la taraudent. Que va-t-elle faire de cette connaissance ? Comment faire profiter aux autres de tout ce qu’elle a appris ? Et pourquoi ses films et ceux de ses collègues venus d’Afrique continueraient à porter la marque de « cinéma africain » ?

C’est à cet exercice périlleux que s’est livrée la jeune réalisatrice tout en sachant que sa démarche ne fera pas l’unanimité. Mais peu importe, l’essentiel pour l’artiste est d’avoir étanché sa soif et que ce film suscite un véritable débat sur la question de l’identité dans le cinéma.

« Pourquoi parle t-on d’un cinéma français, belge ou suisse et non d’un cinéma européen ? De même on parle d’un cinéma canadien, péruvien, brésilien et non américain ? Mais quand il s’agit de l’Afrique, tous les réalisateurs sont placés dans le même sac », s’interroge Elie, étudiant en sociologie et féru de cinéma.

Diane, artiste peintre quant à elle a du mal à comprendre : « On apprécie l’artiste au travers de sa valeur, de sa créativité et de la qualité de son travail, l’appartenance ethnique, nationale ou continentale vient après. En ce qui me concerne ce débat n’a pas sa raison d’être », a-t-elle fait savoir avant de conclure que, « L’art est ouvert, lui donner une identité, c’est l‘enfermer dans une coquille ».

Marien de son coté recommande « qu’avant de revendiquer une quelconque appellation dit « cinéma congolais », il faudrait d’abord penser à produire des films. Combien de films avons-nous par année ? » Aussi suggère-t-il que producteurs et réalisateurs créent une synergie au travers de laquelle des films naîtront car « si le cinéma nigérian est en vogue aujourd’hui c’est qu’il y a une véritable révolution dans ce secteur, les cinéastes se sont battus becs et ongles pour produire des films et c’est seulement après qu’ils ont pu imposer leur label ».

Un fait que la réalisatrice reconnaît, et même si elle n’obtient pas de réponse concrète à la fin de son documentaire, ce film lui a permis d’assouvir son appétit car Mwana’a Congo est le fruit d’une longue réflexion que la cinéaste a commencé dès 2007.

Enfin, Nadège n’a pas la prétention de donner des leçons, mais d’indiquer des pistes qui sont, du reste, une manière de générer un débat tant dans la dimension esthétique qu’économique, technique ou critique. Cette interrogation devrait se prolonger sur d’autres axes tels que ceux de la visibilité du cinéma d’Afrique par les Africains et par les autres, de la réception même des messages véhiculés par ce cinéma ainsi que de l’impact de ce cinéma sur ceux qui le consomment. Dans ce sens, le débat reste donc ouvert.

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