Congo, Présidentielle : la démocratie en ordre de marche

Premier succès pour la nouvelle constitution congolaise voulue par Denis Sassou N’Guesso : l’élection présidentielle fait recette, avec de nombreux candidats représentant toutes les tendances politiques du Congo, reflets de la vitalité démocratique de la République congolaise. Une manière de faire mentir les Cassandre patentées qui daubaient sur le rejet des nouvelles institutions.

Au Congo-Brazzaville, l’élection présidentielle est prévue pour le 20 mars 2016. Les opposants, qui doivent affronter le président Denis Sassou N’Guesso, investi par le PCT, multiplient les candidatures, signe de l’engouement que suscite ce scrutin. En effet, les principales plateformes de l’opposition soutiennent « plusieurs candidats, pour créer les conditions d’une alternance dans le pays« .

Cette stratégie rompt avec la stratégie de la « chaise vide » et de ‘l’abstention » qui marquait les scrutins précédents, preuve que le nouveau cadre constitutionnel fait en définitive l’unanimité.

Quels sont donc aujourd’hui les candidats en présence?

Le premier d’entre eux (qui ne s’est pas encore officiellement déclaré) est Denis Sassou N’Guesso lui-même, investi par le PCT, et fort du bilan de son dernier mandat, largement consacré au développement des infrastructures, aux investissements sociaux et à la diversification économique du pays. Le Parti congolais du travail (PCT), au pouvoir, l’a désigné lundi 26 janvier comme son candidat à la présidentielle du 20 mars. Ce choix a été fait à l’unanimité, selon le comité d’investiture, qui a tenu son conclave pendant deux jours.

« C’est le meilleur choix », a déclaré Pierre Ngolo, secrétaire-général du PCT qui a présidé les travaux du comité d’investiture. « Nous avons fait le bon choix, le meilleur choix qui dans les pays à tradition boursière, ferait s’envoler les bourses, parce que les citoyens sont conscients, les investisseurs rassurés et l’économie sûre d’être dynamisée », a-t-il déclaré.

Denis Sassou-N’Guesso est présenté comme l’homme de la situation par Alain Moka et Jean-Pierre Manoukou-Kouba, membres du bureau politique du PCT. « Vous savez que la conjoncture internationale est très délicate. Il y a du vent, il y a de la tempête. Il faut quelqu’un d’avéré pour pouvoir tenir le bateau et l’amener à bon port, et c’est Denis Sassou-N’Guesso », a déclaré Alain Moka. « Il a tout ce qu’il faut pour rassurer, surtout en ces temps tumultueux », a pour sa part estimé Jean-Pierre Manoukou-Kouba.
Pour son parti, c’est « un acte de loyauté et de responsabilité. Le chef de l’Etat incarne le rassemblement, la paix et l’unité nationale ».

Jean-Marie Michel Mokoko

Récent rival déclaré du Président sortant, le Général Jean-Marie Michel Mokoko s’est un peu vite attiré les faveurs d’une certaine presse internationale… Militaire, représentant spécial de la présidente de l’Union africaine, chef de mission pour la Centrafrique et l’Afrique Centrale, il avait démissionné de ses fonctions de conseiller à la présidence de Denis Sassou-N’Guesso chargé des questions de paix et de sécurité, poste qu’il occupait depuis 2008. La rupture entre le général Mokoko et le président Denis Sassou-N’Guesso couvait en réalité depuis des mois. Le tournant date de juillet dernier, lorsque le général Mokoko avait choisi de s’opposer au projet de réforme constitutionnelle. Le peuple congolais ne l’avait pas suivi, votant au contraire dans une très large majorité la nouvelle constitution, qui au demeurant convient désormais très bien au Général.

Cet ancien chef d’état-major n’a pas de parti derrière lui, mais il aurait su – veulent croire certains observateurs – entretenir ses réseaux au sein de l’armée. En octobre dernier, lors des marches de protestation contre le référendum à Pointe Noire, certains manifestants arboraient des banderoles à son nom, voyant en lui un possible recours. Avec cette candidature indépendante, le général espère sans doute se placer au-dessus de la mêlée d’une opposition qui reste divisée.

Son étoile a néanmoins singulièrement pâli depuis la révélation par nos confrères de Jeune Afrique d’une vidéo montrant le Général Mokoko en train de préparer il y a quelques années (2007) un coup d’Etat au Congo avec d’apprentis barbouzes se réclamant des services français. Le coup d’Etat en question avait fait long feu, les comparses du Général n’étant visiblement pas très sérieux. Mais un véritable homme d’Etat pouvait-il se faire ainsi manipuler?

Pascal Tsaty Mabiala

Absent de la course à la présidentielle en 2002 et 2009, le parti de l’ancien président congolais Pascal Lissouba (1992-1997) présentera un candidat à l’élection du 20 mars en la personne de Pascal Tsaty Mabiala. L’actuel premier secrétaire de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) est donc le premier candidat déclaré des deux principales plateformes de l’opposition.

Député, président du groupe parlementaire de l’UPADS à l’Assemblée nationale, ancien ministre de la Défense de Pascal Lissouba, Pascal Tsaty Mabiala s’engage dans la course avec détermination. « Pendant la campagne présidentielle, face à la tricherie, nous opposerons la vigilance. Et face au doute, nous opposerons l’enthousiasme et la détermination », a-t-il déclaré au moment de son investiture.

Il faut se souvenir que l’UPADS, parti créé au sortir de la conférence nationale de 1991, a remporté les premières élections pluralistes de 1992. Il n’avait pas présenté de candidat à la présidentielle de 2002 ni à celle de 2009.
Originaire de la région de Pointe-Noire, Pascal Tsaty Mabiala compte sur l’électorat de cette zone frondeuse pour arracher le pouvoir au président sortant issu de la Cuvette. Il est considéré comme le principal challenger du Président Denis Sassou N’Guesso lors de ce scrutin présidentiel mais il compte peu de partisans au Nord du Congo et sa candidature apparaît comme « régionaliste » ou « clivante » d’un point géographique…

Guy-Brice Parfait Kolélas

A 58 ans, cet ancien ministre de Denis Sassou N’Guesso de 2009 à 2015 et fils de l’ancien Premier ministre et ancien maire de Brazzaville, Jean-Pierre Kolélas, est aussi le frère de Landry Kolélas, ministre du commerce. En désaccord avec son parti qui soutient le candidat du Parti congolais du travail, Parfait Kolélas se présente sous la bannière d’une association, la Conférence des démocrates humanistes africains (CODEHA). Il avait quitté la coalition gouvernementale cet été pour protester contre la volonté (alors implicite) du chef de l’Etat congolais de réviser la Constitution.

Clément Miérassa

Cet ancien ministre du Commerce (de 1991 à 1992) et du Développement industriel (de 1992 à 1993), âgé de 67 ans, se présente pour la troisième fois à une élection présidentielle, sous la bannière du Parti social-démocrate congolais (PSDC), dont il est le président. Cette personnalité estime que l’avenir du Congo se trouve dans l’alternance, qu’il souhaite d’ailleurs incarner.

André Okombi Salissa

Ministre de façon ininterrompue dans tous les gouvernements du Congo entre 1997 et 2012, il est passé à l’opposition depuis lors. Il est aujourd’hui président de la plateforme de l’opposition radicale, l’Initiative pour la Démocratie au Congo (IDC).

André Okombi Salissa dit avoir pris la résolution de prendre part à cette élection pour plusieurs raisons, dont la première est « qu’il faut être dans cette course pour la contrôler, pour lui restituer tant que faire se peut sa vraie nature. » La deuxième, a-t-il souligné, est que : « Le peuple étant souverain, il peut choisir à n’importe quel moment de son histoire de lui donner le sens que bon lui semble. »

André Okombi Salissa, qui est toujours député du Parti Congolais du Travail, a été plusieurs fois ministre de Denis Sassou N’Guesso dès 1997, avant d’être remercié en 2012. André Okombi Salissa se présente pour la première fois à l’élection présidentielle.

Anguios Nganguia Engambé

Inspecteur des douanes, la cinquantaine révolue, il a été investi par sa formation, le Parti pour l’Action de la République (PAR), au terme des primaires. Il affirme qu’aucune élection n’est perdue d’avance. « Tous les candidats au moment de l’élection, le 20 mars, sont tous égaux », a-t-il souligné. C’est sa deuxième candidature à l’élection présidentielle après celle de 2009.

Joseph Kignoumbi Kia-Mboungou

Il est le premier à s’être déclaré candidat à l’élection présidentielle de mars 2016. Cadre de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), principal parti de l’opposition, il se présente à cette élection sous le label de son association « La Chaîne ». Il a déjà concouru aux présidentielles de 2002 et 2009 en indépendant.

Gilda Rosemonde Moutsra-Gambou

Première candidate à la magistrature suprême, Mme Moutsra-Gambou est titulaire d’une licence en Anglais, ce qui lui a permis d’entreprendre une carrière en hôtellerie. Elle enseigne par ailleurs à l’Institut des hautes études de management (IHEM). Elle est mariée et mère de deux enfants. « Ma candidature à l’élection présidentielle du 20 mars 2016 est avant tout un acte de conviction, de responsabilité et de devoir envers le Congo. » Elle était jusqu’à une date récente Ministre du Commerce dans le gouvernement de Denis Sassou N’Guesso.

Claudine Munari

La présidente du Mouvement pour l’unité, le salut et le travail (Must), Claudine Munari, a annoncé officiellement le 14 février à Brazzaville, sa candidature pour l’élection présidentielle du 20 mars, en présence de la coordination nationale de l’opposition réunie au sein de l’Idc-Frocad.

La présidente du Must justifie sa candidature par le souci de vouloir gérer autrement les affaires publiques. « Présidente de la République, je veillerai à créer un environnement favorable à la prise de risque, un environnement qui valorise l’entreprenariat et qui récompense le mérite et l’effort. Présidente de la République, je proposerai un plan de croissance des dépenses de l’éducation pour atteindre au moins les 10% du PIB sur dix ans. J’assume ce choix, parce que je suis intimement persuadé que l’investissement dans l’éducation est une épargne », a-t-elle déclaré. Une conviction qui rejoint le fait que le Congo est déjà le pays d’Afrique centrale le mieux pourvu en la matière, avec plus de 90% des enfants scolarisés.

Outre ces dix candidats, qui représentent l’ensemble des principaux partis qui animent le débat politique congolais, Guy Romain Kinfoussia de l’UDR-Mwinda et Mathias Dzon de l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD) (et ancien ministre de l’Economie et des Finances de Denis Sassou N’Guesso), deux des ténors de l’opposition, pourraient également annoncer prochainement leur candidature.

Le champ des possibles est ainsi largement ouvert, dans un paysage politique qui, évidemment dominé par la figure de Denis Sassou-N’Guesso, a aujourd’hui la latitude, dans un Congo pacifié et apaisé, d’exprimer une vraie pluralité de voix et d’options politiques. Sans doute est-ce le premier enseignement de ce scrutin très attendu : la vie politique congolaise est à la fois riche et plurielle.