Congo : le succès d’Anatole Collinet Makosso à Paris

De passage à Paris où il était invité au dernier Salon du Livre, le ministre congolais de l’Enseignement primaire et secondaire, Anatole Collinet Makosso, a présenté le mercredi 29 mars à Paris son dernier ouvrage intitulé «Le régime consensualiste dans la constitution congolaise du 25 octobre 2015 commentée article par article», paru aux Editions L’Harmattan.

Une démonstration de force ! Il fallait jouer des coudes pour se frayer un chemin. De Gabriel Dion (président de la Fédération PCT Europe, le parti au pouvoir) à Brice Landry Décaux et André Serge Makaba (deux opposants au régime), une vraie marrée congolaise a envahi l’Espace culturel de l’Harmattan, si bien que beaucoup sont restés dehors, faute de places vacantes à l’intérieur.

Le pas assuré, le verbe haut, Anatole Collinet Makosso était comme un navire de guerre, un croiseur, avec une puissance de feu (de mots, donc) époustouflante. Il a paré à toutes les attaques. Quand l’opposant congolais et juriste de formation, Romain Vivien Manangou, évoque la place du Premier ministre dans la Constitution de 2015, la réponse du ministre est instantanée : « La nouvelle Constitution règle le problème de la dyarchie au sommet de l’exécutif », affirme-t-il, avant d’ajouter : « La Constitution de 2015 apporte des innovations que même la Constitution française de 1958 ne contient pas. Les rapports entre le Premier ministre et le président de la République sont désormais clarifiés. Et il ne peut plus y avoir crise à partir du moment où l’Assemblée nationale ne conteste pas les nouveaux pouvoirs que lui confère la Constitution de 2015. »

L’ancien porte-parole en Europe de Guy Brice Parfait Kolélas a poursuivi qu’une bonne partie du livre ne sert qu’à justifier juridiquement le changement de la Constitution de 2002, un changement de Constitution plus politique que juridique. A la page 21 de son livre, Anatole Collinet Makosso déplore le fait que le débat sur le changement de Constitution ait pris une tournure politique. Hélas ! Il zappe l’analyse. Une fuite en avant ? Nul ne le sait. Néanmoins, du tac au tac le ministre a réagi à l’observation de Vivien Manangou : dans son livre, son seul but est de théoriser sur le régime et non de justifier une quelconque manœuvre politicienne. Il s’est catapulté à la crête de la clarté.

Deux combats à la fois

Le livre d’Anatole Collinet Makoso se veut donc didactique. Alors, bien que très technique, le style est fluide et accessible à tous. Cette perméabilité constitue, en fait, une métonymie. Exprimer le contenant par le contenu. Auteur d’une dizaine de livres, ses envies de réfléchir sur la société qui l’a vu naître ne datent pas d’aujourd’hui. Elles remontent à son enfance.

Né à Pointe-Noire en 1965, petit à petit il franchit les étapes. Instituteur tout en poursuivant ses cours à l’Université, il veut embrasser la carrière de magistrat. Substitut du procureur, Chef de cabinet de la Première dame, bientôt il se lance en politique. Pour quoi faire ? Y réussira-t-il ? Quoi qu’il en soit, il est animé d’une volonté de réussir et de faire réussir l’Autre. Loin d’être un deus ex machina, il se bat pour tenter de résoudre les problèmes qui minent, entre autres, l’école congolaise, une école au raz des pâquerettes. Et, à entendre Franck Cana et Maha Lee Cassy, les deux éditeurs d’origine congolaise qui ont dressé un bref

portrait du ministre avant de passer la parole au préfacier de l’ouvrage, le constitutionaliste Jean Giradon, chez Anatole Collinet Makosso le mot « renoncement » n’existe pas. Bien au contraire, les obstacles lui paraissent comme des matières à actions. Il réfléchit, il écrit, il essaie d’agir… Du coup chez Collinet Makosso la barrière intellectuel/politique est sinon inexistante, du moins difficile à cerner. « Un intellectuel est difficilement un bon homme politique tout comme un homme politique ne fait pas un bon intellectuel, mais Collinet Makosso, lui, mène les deux engagements avec plus ou moins de succès», estime Michel Langa, avocat au barreau de Paris. Mènera-t-il avec plus ou moins de succès le combat pour l’école congolaise ? « C’est tout le mal que je lui souhaite », conclut un autre Congolais présent à la séance de dédicace.