Congo, l’histoire sur grand écran

Le cinéma est un monde facétieux où tout prend un sens différent : c’est indubitablement le cas du film de Raoul Peck,  » Lumumba, retour au Congo « , dont la sortie au Festival de Cannes coïncide non seulement avec l’évolution désastreuse que connaît actuellement l’ex-Zaïre, mais aussi avec l’examen de conscience des dirigeants belges qui lèvent un coin du voile qui entourait la mort du premier  » premier ministre  » congolais après l’indépendance.

Apprendre aujourd’hui, quarante ans après l’exécution de Lumumba le 17 janvier 1961, que celle-ci fut l’oeuvre de militaires belges, appuyés en sous-main par les services américains, et bénéficiant, sans doute, de la complicité active de Mobutu, futur chef de l’Etat zaïrois, c’est donner une actualité terrible à certaines images du cinéaste haïtien, qui dit avec justesse et émotion la force d’un homme, de son action, et la cruauté de son destin. Raoul Peck porte ainsi, en contrepoint de la situation actuelle du  » Congo démocratique « , un regard nostalgique et lucide sur les origines d’un pays que son documentaire  » Lumumba, la mort du prophète  » avait déjà contribué à éclairer.

Raoul Peck accompagne le parcours du petit fonctionnaire de la poste de Stanleyville, né en 1925, partisan radical de l’indépendance de son pays, jusqu’à sa disparition, et il passe dans son film beaucoup de l’exaltation qu’il a eue, enfant, à vivre ces événements aux côtés de ses parents, enseignants coopérants venus d’Haïti. Le personnage de Lumumba est remarquablement incarné par le Camerounais Eric Ebouaney, qui parvient à coïncider avec le héros de l’indépendance de ce qui fut le Congo belge :  » Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups, que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des Nègres… Tout cela, mes frères, nous le disons tout haut, tout cela est fini…  » déclarait-il ce 30 juin 1960, jour de l’indépendance, en face du roi Baudouin…

Mais voilà : les vicissitudes de l’histoire, les hypocrisies et les drames sanglants qui allaient suivre ont eu raison de ce bel optimisme et de l’élan philosophique et social qui le conduisait. Le Zaïre allait connaître des décennies de pouvoir personnel, et la chute de Mobutu précipiterait le pays dans une série de conflits internes et externes avec lesquels les idéaux qui guidaient Lumumba n’ont que bien peu à voir…