Congo : l’affaire du Beach devant la justice

Le procès des disparus du Beach doit s’ouvrir ce mardi à Brazzaville (Congo). Seize personnes comparaissent pour « génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et assassinats », actes qui auraient été commis en 1999 contre des réfugiés congolais. Le Président Denis Sassou Nguesso a déclaré vouloir un procès « équitable et transparent », associations et proches de victimes n’y croient pas.

« Libre, équitable et transparent ». Ce sont les trois adjectifs que le Président congolais a utilisé pour décrire le climat dans lequel il souhaitait que le procès de l’affaire du Beach se déroule. Seize accusés doivent en effet être jugés, à partir de ce mardi à Brazzaville, pour « génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et assassinats » contre des réfugiés congolais. Parmi eux, des pointures des forces de sécurité : on compte notamment quatre généraux et quatre colonels. Bref, des hauts gradés. A l’image du général Norbert Dabira, déjà inquiété dans la procédure française de ce dossier. Procédure ouverte par le parquet de Meaux contre X pour tortures, actes inhumains et disparitions, dont « le réquisitoire introductif et l’ensemble des pièces » ont été annulés par la Cour d’appel de Paris en novembre 2004. Au grand dam des proches des victimes et des associations de défense des droits Humains, qui ont engagé un pourvoi en cassation.

Des cadavres jetés « dans le fleuve Congo »

Les disparus du Beach. Une affaire qui remonte à mai 1999. Après la signature d’un accord entre le Congo, la République démocratique du Congo et le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies, des congolais exilés en RDC voisine pour fuir la guerre civile de leur pays devaient rentrer chez eux en toute sécurité. Mais ils sont arrêtés au Beach, le port fluvial de la capitale, par des éléments de sécurité. Selon certains témoignages, les plus jeunes ont été séparés du reste du groupe parce qu’assimilés à des proches des Ninjas, les rebelles que le Président Sassou Nguesso venait de battre. Ils ont été emmenés dans des centres de détention, dont ils ne sont jamais ressortis. Le bruit court qu’ils auraient été torturés et exécutés. Le colonel Marcel Tanga a assuré que le général Blaise Adoua, également inquiété en France, lui avait confié avoir envoyé des troupes au Beach « pour interroger les personnes arrêtées. » Le général aurait ajouté que « celles qui n’ont pas retrouvé leur famille après trois semaines ont été exécutées ».

Aucun cadavre n’a été retrouvé. Mais l’une des hypothèses est que « les corps ont été placés pour dans un container, qui a été jeté dans le fleuve Congo, explique un chauffeur de taxi de Brazzaville. Les autres ont été enterrés derrière l’ancien Présidence, celle que le Président a quitté parce qu’il estimait qu’il n’y était pas assez en sécurité ». Un témoin cité par Le Monde explique pour sa part que certains détenus ont été « abattus au palais présidentiel et jetés dans le fleuve Congo » et qu’un militaire l’a avisé d’aller « demander des comptes aux poissons » .
En tout, les proches de victimes comptent 353 disparus.

« Une parodie de justice »

L’ouverture du procès au Congo pourrait faire office de substitution du procès raté en France. Le Président Denis Sassou Nguesso, mis en cause par plusieurs associations de droits de l’homme françaises et qui avait demandé sans succès le gel de l’enquête française, a déclaré vouloir un procès en règle. Pour prouver sa bonne foi, il a même annoncé qu’il serait retransmis en direct à la radio et à la télévision et a décalé le commencement du procès pour que le Festival panafricain de musique ne lui fasse pas d’ombre.

Mais les associations de défense de droits de l’Homme sont incrédules. Selon Afriquecentrale.info, elles « ne se sont pas portées partie civile en raison d’une justice congolaise qu’elles accusent d’être ‘aux ordres’, mais ont averti que celle-ci serait placée sous surveillance ». Quant aux proches, ils ne croient pas plus à un procès « libre, équitable et transparent ». Ils estiment que tout sera une mascarade. « Nous n’accepterons pas le verdict de ce procès qui nous paraît déjà mal engagé. Pour nous, les conditions d’un jugement équitable et transparent n’ont pas été réunies. (…) Nous avons détecté la manœuvre qu’il y a derrière ce procès. Il s’agit d’organiser une parodie de justice pour pouvoir opposer la décision à la cour de Cassation française au nom du principe de l’autorité de la chose jugée », a confié à la Pana Marcel Touanga, président de l’Association des parents des victimes du Beach (APVB), qui a annoncé lundi que l’APVB rejettera le verdict de Brazzaville. « Nous sommes sceptiques, nous savons que ce procès est organisé pour condamner les lampistes et acquitter les véritables commanditaires » a pour sa part indiqué Vincent Niamankessi, responsable du Comité des familles des disparus du beach.

L’idée serait de juger l’affaire pour que la France ne soit plus en mesure de le faire, si le pourvoi engagé contre l’annulation de la procédure est accepté. Car les autorités entendent bien que les accusés soient acquittés. Elles estiment en effet que l’affaire du Beach est une « machination », notamment ourdie par l’opposition, destinée à ternir l’image du Président. Ils y croient fort. Et si bien qu’ils ont convoqué un petit contingent d’avocats pour la défense. Une vingtaine, dont trois français. Et parmi ces français, le renommé Me Jacques Vergès. Contre eux, deux avocats devant plaider la cause de 76 parties civiles. Pas très équitable. Par ailleurs, Me Ambroise Hervé Malongo, l’un des deux avocats, se plaint que le juge d’instruction de la capitale congolaise « n’a pas mené d’enquête ». Et la Justice dans tout ça ? Elle rappelle que les soldats de base ne sont pas toujours bien formés et concède l’éventualité de « bavures ». L’implication de hauts gradés semble complètement niée.

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