Congo, Constitution : le credo de Thierry Moungalla

Thierry Moungalla, Ministre de la Communication, des Relations avec le Parlement et Porte-Parole du Gouvernement congolais s’est confié à AFRIK.COM sur les enjeux de la réforme engagée, mais aussi sur les enjeux de développement qui sont la clé de l’avenir du Congo.

AFRIK.COM : Le rassemblement du samedi 10 octobre 2015 à Brazzaville en faveur du Référendum sur la nouvelle Constitution du Congo a été, de l’avis de tous, un succès. Pensez-vous qu’il représente un véritable tournant ?

Thierry MOUNGALLA : Oui, c’était un succès exceptionnel. On a des comparatifs dans l’histoire du pays : le meeting le plus connu sur ce Boulevard Alfred Raoul a été celui de novembre 1992, organisé par l’URD-PCT. Mais le record qu’il avait établi a été explosé : non seulement le Boulevard Alfred Raoul était noir de monde, mais les environs aussi… Du rond-point de Mongali jusqu’au Boulevard des Armées, ce n’était pas un méga-meeting, mais un giga-meeting.

Et ce giga-meeting est un point de départ : qu’en ressort-il ? Parmi ceux qui se sont exprimés, tous n’appartiennent pas à la majorité présidentielle : il y avait également des leaders de l’opposition « républicaine », qui appellent à voter lors du Référendum, parce que c’est une procédure de démocratie directe. Et tous ceux qui sont acquis au maintien d’un climat de paix dans le pays soutiennent une large participation au Référendum.

AFRIK.COM :La fixation de la date au 25 octobre n’est-elle pas un peu précipitée ?

Thierry MOUNGALLA: Au Congo, la Loi électorale fixe la durée légale des campagnes à 14 jours. C’est toujours le cas. Du vendredi 0h00 au vendredi minuit, 14 jours plus tard. Comme ce Référendum vient clore une très longue période de débats et de dialogues internes au Congo, auxquels toutes les forces vives de la Nation ont participé, personne n’aurait compris que la date fixée prolonge inutilement ces discussions. 14 jours, c’est toujours comme cela. C’est bien suffisant pour que chacun présente ses arguments devant le Peuple.

AFRIK.COM : Quelles sont les forces en présence, en particulier du côté des opposants?

Thierry MOUNGALLA : Qui est hostile au changement de Constitution? D’abord l’opposition « radicale », qui ne souhaite pas discuter du projet lui-même, mais qui affirme : « Ce referendum n’aura pas lieu! » En revanche, parmi ceux qui acceptent la logique de cette consultation du Peuple, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition modérée, « républicaine », je n’ai encore entendu aucune voix s’élever contre les innovations sensibles que cette nouvelle Constitution apporte: exécutif bicéphale, avec un Premier Ministre responsable devant le Parlement qui pourra le renverser par une motion de censure, comme en France, mais aussi véritable statut de l’opposition, afin qu’elle ait les moyens de s’exprimer, mais également décentralisation avec redistribution, au niveau local, de compétences importantes et des moyens pour les assumer, mais également des innovations qui sont un gage de l’inscription du Congo dans la modernité : inclusion de nouvelles catégories sociales, les femmes, grâce à la parité, les jeunes, les handicapés, mais aussi les autorités traditionnelles qui voient leur statut reconnu, enfin abolition de la peine de mort, ce qui représente un signal fort!

AFRIK.COM : Mais le passage à une nouvelle Constitution est aussi une manière de faire repartir à zéro le décompte des mandats accomplis, et donc le Président actuel pourra se représenter ?

Thierry MOUNGALLA : Ce problème est très marginal par rapport aux enjeux de réforme de la gouvernance du Congo, auxquels cette Constitution répond. Je connais bien le Président, je ne l’ai jamais entendu se lâcher, même en privé, au cours des derniers mois, pour dire qu’il souhaitait être candidat en 2016. Jamais. C’est un homme d’Etat, il laisse toutes les options ouvertes dans un sens ou dans un autre. Qu’il se représente ou non, il a la volonté de léguer au Congo des institutions rénovées, modernes, capables d’accueillir un véritable pluralisme politique et donc d’assurer un jour ou l’autre une alternance qui puisse se passer sans heurts, dans les meilleures conditions possibles. La Constitution actuelle du Congo ne permet ni cohabitation, ni alternance dépassionnée. C’est pour cela qu’il faut en changer, pour qu’une nouvelle gouvernance soit possible sans compromettre la paix civile.

AFRIK.COM : Mais selon vous, quels arguments justifieraient une nouvelle candidature de Denis Sassou N’Guesso?

Thierry MOUNGALLA : Son bilan, tout simplement. Le travail accompli au cours des deux derniers septennats a été considérable, et les Congolais le savent bien. L’accélération des réformes et des investissements structurants dans le pays a permis de faire entrer le Congo dans une longue phase de croissance durable et puissante, malgré la baisse tendancielle des cours du pétrole, dont les effets sont limités par les perspectives d’augmentation des volumes exploités. Le maintien du Congo dans cette dynamique passe actuellement par une réelle diversification de notre économie.
J’ai visité récemment par exemple la nouvelle usine de ciment développée par l’opérateur Dangoté : elle est gigantesque, et elle va permettre de décupler la production de ciment au Congo… Ce qui permettra de diminuer le cours du ciment et de faciliter la construction, avec des matières premières qui ne seront plus importées. C’est essentiel : et ce sont plus de 1500 emplois directs créés dans une région excentrée, à mi-chemin entre Brazzaville et Pointe Noire. Ce type d’investissements porteurs d’emploi et porteurs de croissance se multiplient.
Parmi les pays africains, chaque année, c’est le Congo qui consacre la plus grande part de son budget aux investissements, parce qu’ils constituent des biens communs, et sont eux-mêmes des leviers pour faciliter l’installation et l’essor de nouvelles activités. Nous arrivons au point crucial de « l’émergence » économique : le moment où la croissance soutenue de l’activité s’auto-entretient, permet de créer de l’emploi, élève le niveau de vie général.
Au terme des deux premiers mandats du Président, l’espérance de vie a bondi au Congo de près de dix ans : c’est une performance exceptionnelle, qui s’appuie sur l’amélioration du système de santé et de l’accès aux soins, une meilleure alimentation, une meilleure éducation, l’élargissement rapide de l’accès à l’eau potable y compris en zone rurale… Tout cela, les Congolais le vivent, et les statistiques du PNUD, de la Banque mondiale, de l’UNESCO, de l’OMS le confirment.
L’administration américaine fronce aujourd’hui le sourcil lorsque des chefs d’Etat africains se représentent au-delà de deux mandats. Pourtant, c’est l’Amérique elle-même qui a montré l’exemple : le Président Franklin Roosevelt, après avoir sorti l’Amérique de la Grande Crise de 1929, au fil des deux mandats du « New Deal« , s’est naturellement présenté pour un troisième mandat… et a été réélu triomphalement! Le monde entier s’en est félicité. Pourquoi y aurait-il deux poids deux mesures, selon qu’on est Américain ou Congolais?