Congo-Brazzaville : les sublimes allusions de Benoît Moundélé-Ngolo

Trois ans après « Lettres ouvertes » – un ouragan qui emporte tout sur son passage -, le Général Benoît Moundélé-Ngolo, Préfet du département de Brazzaville, a publié en 2012 aux éditions Hémar « A Lire si vous avez un peu de temps », un livre empreint de splendides allusions.

Le Général Benoît Moundélé-Ngolo est comme un navire de guerre, un croiseur, avec une puissance de feu (de mots, donc) époustouflante. En témoigne son livre A Lire si vous avez un peu de temps. Dès l’ouverture, le Général dégaine une grosse torpille : « Ne prenez jamais pour modèle de vie/N’importe quelle personne riche, ou fortunée », au risque, un jour, de « glorifier et prendre pour modèle un voleur. » Bien entendu, l’auteur fait ici allusion à l’homme riche congolais – sept hommes riches congolais sur dix sont des voleurs -, car il y a, sur cette terre, des hommes et des femmes qui méritent leur fortune, tant ils ont travaillé dur, et qu’on peut donc prendre pour modèle de vie.

A qui Benoît Moundélé-Ngolo fait-il allusion lorsqu’il écrit : « Pourquoi des personnes élues « démocratiquement », – avec des procédés non démocratiques -/Faits de tripatouillages des urnes/Ont-elles plus le droit de commander et de diriger/Que celles qui acquièrent le pouvoir de gouverner/Sans avoir utilisé les procédés « démocratiques »? Pourquoi appeler les uns « Présidents »/Les autres « Chefs de la junte »?
A qui Benoît Moundélé-Ngolo fait-il allusion lorsqu’il emploie une merveilleuse antonomase :  » Pourquoi lever les mains au ciel/Avec horreur apparente ou simulée/Avec indignation véhémente ou contenue – en parlant de DSK »? Chaque pays dans les cinq continents/ Possède son DSK national. (…) Essayez de piéger tous vos hôtels (…) Vous verrez tombez dans vos pièges/Votre DSK national, même si, pour l’instant, il se camoufle aux yeux des autres. » ? Et Benoît Moundélé-Ngolo de donner des indices sur le DSK congolais : « Votre DSK national, votre champion/Qui est, de surcroît, plus qu’un Héros/ est un Super Expert, un Spécialiste hors pair. »

Remontons le temps. En 2008, dans A bâtons rompus, le Général s’était déjà livré à son exercice favori. A qui y fait-il allusion dans les chapitres Ambitions-Pouvoir-Sexe-Argent, La Veuve joyeuse, Ma Meilleure amie ? (Ma meilleure est une chanson qui ressemble à Mamou de Luambo Makiadi)

Oui, à lire Benoît Moundélé-Ngolo si on a un peu de temps, on a envie de citer Georges Raby: « Ecrire n’est pas une vocation, mais un désir ferme de provocation. »

Un manichéisme constant

Car ses écrits donnent le sentiment qu’il règle en permanence des comptes, comme s’il ne vivait que, partout, au milieu d’invisibles ennemis. Il se dégage de ses livres le même thème du combat entre la lumière et les ténèbres – le sens du prologue de l’évangile de Jean. L’œuvre du Général constitue, en effet, une symphonie caustique, une Flûte enchantée de Mozart, un Pavé mosaïque…, même si le combat de la lumière contre les ténèbres n’est pas si simple, la réalité n’étant toujours pas un affrontement manichéen.

Au Congo, ce militaire doublé d’un philosophe, dérange. « Moundélé-Ngolo se prend pour un moralisateur, il parle en notre nom. De quel droit?  » peste un député du PCT, et pas des moindres. Et de poursuivre : « Le Général profite du système, il est Préfet et jouit de tous les avantages liés à sa fonction, Mercedes, 4×4, protocole, huissiers, etc. » Une attaque à laquelle le Général réplique par une ogive : « Puisque les antivaleurs refusent de se dénoncer, je le fais à leur place. » Quitte à se faire de plus en plus d’ennemis. D’ailleurs, Jésus-Christ, auquel le Général se réfère souvent dans ses livres, ne récuse pas l’inimitié. Il recommande seulement d’aimer ses ennemis. Pour mieux les broyer ? Ceux qui se reconnaissent dans les livres de Benoît Moundélé-Ngolo savent qu’il ne leur laisse pas de répit dans ses attaques. Sa façon à lui de les dévorer crus. D’autant que ses mots sont mordants, saignants. Le tout, pour le succès de la littérature congolaise. Gide ne dit-il pas que « c’est avec de beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature »?

Un orfèvre du style

Et, s’il existait au Congo un prix littéraire uniquement basé sur le style, aucun doute il irait constamment à Benoît Moundélé-Ngolo. Actuellement, au Congo, personne ne fait mieux que le Général. Et dire que Moundélé-Ngolo, c’est le ton, relève du pléonasme. Son œuvre est peuplée de métaphores et catachrèses vibrantes. Sans oublier l’antonomase. Parfois cathartique, incisif, son style est à mi-chemin entre la poésie et la prose. Ou plutôt une prose poétique. Mais Benoît Moundélé-Ngolo irrite parfois le lecteur pour ses dispersions superfétatoires. Trop de digressions tuent ses écrits. Pour preuve, le kilométrique discours inséré dans A lire si vous avez un peu de temps. Un égarement inutile, même s’il tente de se justifier : « Ce discours était destiné à l’inauguration du bâtiment flambant neuf de la Préfecture. Mais, comme le Président n’est pas venu, ses Conseillers le lui ayant déconseillé, j’ai inséré ce discours dans mon livre. » Un discours dans lequel il étrille aussi bien les Sapeurs, les boîtes de nuit – lieux de débauche, selon lui – que la classe politique.
Mais de là à dire que Benoît Moundélé-Ngolo méprise la structure, la construction et l’architecture dans un livre, il y a un pas que ne franchirait pas Liss Kihindou, la critique littéraire congolaise du moment. « Je déplore souvent ses digressions, le manque de suite logique entre les chapitres, mais ses livres sont bien construits », estime Aimé Eyengué. Et de citer en exemple Tolstoï : « Ses écrits prennent souvent une allure discursive mais, au final, on retrouve la cohérence du message. »

Dans quelques semaines, le Général Benoît Moundélé-Ngolo, âgé de « sept ans et plus », comme il l’écrit lui-même, c’est-à-dire 70 ans et 7 livres, nous fera « fantasmer » dans son nouveau livre, sur son style et son univers.

Par Serge Bedel Baouna