
La décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, devait entrer dimanche dans une phase décisive de fermeture et de sécurisation. Quelques heures avant l’arrivée des engins, elle s’est effondrée sur les habitations voisines. Au moins 31 personnes ont péri. Neuf ans presque jour pour jour après un premier drame meurtrier, pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps ?
À Dar-es-Salam, les pelleteuses attendues ce jour-là pour entamer les travaux de fermeture ont finalement été mobilisées pour rechercher des victimes. Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 août, vers 2 heures du matin, une partie de l’immense montagne de déchets dominant ce quartier de Conakry a cédé après de fortes pluies. Des maisons et des constructions précaires installées en contrebas ont été ensevelies.
Le gouvernement guinéen avait d’abord annoncé 30 morts, six blessés graves et seize blessés légers. La Protection civile a ensuite porté le bilan provisoire à au moins 31 décès, tandis que les recherches se poursuivaient dans une masse de déchets toujours instable. Plusieurs personnes restaient portées disparues.
Mais, vingt-quatre heures après le drame, la chronologie des derniers jours donne à la catastrophe une dimension particulièrement cruelle.
Les travaux devaient commencer ce dimanche
Vendredi 21 août, soit moins de quarante-huit heures avant l’éboulement, le ministre guinéen de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, se trouvait justement à Dar-es-Salam.
Cette visite devait permettre de vérifier les derniers préparatifs avant le démarrage, fixé au dimanche 23 août, des opérations liées à la fermeture du site. La libération des emprises, la délimitation du périmètre, sa sécurisation et l’intervention des engins avaient été préparées avec les services techniques et l’entreprise chargée du chantier.
Associated Press rapporte également que la décharge avait été désignée pour fermeture ce dimanche. Des habitants vivant à proximité avaient reçu des ordres d’évacuation et une partie d’entre eux avait déjà quitté la zone, limitant la catastrophe lorsque la masse d’ordures a cédé.
Le gouvernement avait publiquement annoncé quelques jours auparavant la fermeture du site, jugé dangereux, notamment pendant la saison des pluies. La ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Djenabou Touré, a désormais promis le relogement des familles restantes.
Ainsi, la catastrophe survient alors que l’État s’apprêtait à traiter un danger identifié depuis des années.
Neuf ans après, presque jour pour jour
Le 22 août 2017, de fortes pluies avaient déjà provoqué un premier éboulement de la décharge sur des habitations. Neuf personnes avaient trouvé la mort et après ce drame, plus de 200 familles vivant à proximité avaient été averties qu’elles devraient quitter les lieux. Des opérations de démolition et d’expulsion avaient ensuite été menées, suscitant elles-mêmes des controverses sur les indemnisations et les conditions de relogement.
Depuis, les alertes n’ont jamais véritablement cessé. La décharge, utilisée depuis les années 1980, est devenue au fil de la croissance de Conakry une véritable montagne artificielle entourée d’habitations.
En juin 2025, la Primature reconnaissait officiellement « l’urgence environnementale et sanitaire » et annonçait un projet de fermeture complète d’un site d’environ 30 hectares, avec l’ambition de le dépolluer puis de le transformer en parc urbain.
En juin dernier encore, le ministre Aboubacar Camara promettait que Dar-es-Salam fermerait dans les six mois. Finalement, le calendrier avait été accéléré et les premières opérations programmées pour ce 23 août.
Les pluies ont déclenché le drame, mais elles n’expliquent pas tout
Les fortes précipitations apparaissent comme le déclencheur immédiat de l’éboulement. Elles n’expliquent cependant pas à elles seules pourquoi des dizaines de personnes dormaient encore au pied d’une masse de déchets connue pour être instable.
Entre les avertissements adressés aux populations, les difficultés de leur évacuation et le temps qu’il aura fallu pour trouver une solution durable à la principale décharge de la capitale, un débat s’impose car c’est bien la lenteur de l’État, plus que la pluie, qui est aujourd’hui questionnée en Guinée.





