Complot franco-européen contre l’Afrique

La Secrétaire britannique du département au Développement international accuse la France et l’Europe de mener une conspiration pour maintenir l’Afrique dans la pauvreté. Pas de crise diplomatique pour autant.

 » C’est une conspiration de la part de la France et de l’Europe pour enfermer l’Afrique dans la pauvreté. Et au même moment l’Europe prêche le libre-échange « . La Secrétaire général du département britannique au Développement internationale, Clare Short, ne mâche pas ses mots pour dénoncer le protectionnisme français et européen envers les produits africains. Visé : le refus de donner aux pays africains les plus pauvres libre accès au marché européen.

En jetant un tel pavé dans la mare, Claire Short dit tout haut ce que beaucoup en Grande-Bretagne pensent tout bas. Le Premier ministre lui même, Tony Blair, qui déclare pour tout commentaire  » ne pas vouloir entrer dans une dispute avec la France « , n’en pense pas moins.  » Les accès au marché agricole européen sont toujours restreints par la politique agricole commune. Bien que le marché soit ouvert aux produits tropicaux, des tarifs jusqu’à 300% sont imposés sur certains produits. Les pays développés doivent mettre en pratique ce qu’ils prêchent pour faire tomber ces barrières commerciales « , devait-il dire, début février, au Ghana à l’occasion de sa tournée africaine (Nigeria, Ghana, Sierra Leone et Sénégal).

Hypocrisie du libre échange

En se faisant les chantres du libre-échange mais en restreignant leurs marchés aux pays africains, l’Europe et la France sont ouvertement taxés d’hypocrisie. Un protectionnisme qui s’explique par la volonté de protéger les fermiers européens et les produits agricoles des territoires et départements d’outre-mer. Une divergence d’intérêt qui tend à montrer, comme l’affirme Claire Short, que  » le monde n’est pas disposé à traiter avec l’Afrique pour le moment « .

Le ministère français des Affaires étrangères minimise l’incident diplomatique en déclarant qu’il ne pense pas  » qu’il s’agisse là de la position du gouvernement britannique dans son ensemble. » Et si le clivage libéral/protectionniste reste manifeste entre la Grande-Bretagne et la France, il est aussi vrai que les deux pays sont également les plus fidèles défenseurs du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) dont ils entendent largement plaider la cause au prochain G8.