Comores : des élections assombries par la crise politique à Anjouan

Le bon déroulement du deuxième tour de l’élection présidentielle dans deux des trois îles de l’Union des Comores a été éclipsé par la poursuite de la crise politique que traverse Anjouan, la troisième île de l’archipel.

Les élections qui ont eu lieu le samedi 24 juin dans les îles de la Grande-Comore et de Mohéli se sont déroulées « dans de très bonnes conditions », a dit à IRIN Opia Mensah Kuma, coordinateur résident des Nations Unies aux Comores.

Le système électoral complexe de cet archipel de l’océan Indien a été mis en place par l’Organisation de l’unité africaine (OUA, devenue l’Union africaine) en 2001, à la suite de la scission de Mohéli et d’Anjouan avec la Grande-Comore, en 1997. Ce système prévoit l’instauration d’un gouvernement semi autonome et d’un président dans chaque île –avec un système de rotation pour la présidence du gouvernement de l’Union.

Dans deux des trois îles – Grande-Comore et Mohéli – le premier tour des élections a eu lieu le 10 juin, mais l’Union africaine (UA) et le gouvernement de l’Union avaient décidé de reporter le scrutin d’Anjouan au 17 juin, après les scènes de violence et d’intimidation qui avaient émaillé le premier tour la campagne.

Défiant à la fois le gouvernement de l’Union et l’UA, Mohamed Bacar, 45 ans, qui avait assumé les fonctions de Président de l’île d’Anjouan durant cinq ans, avait décidé de maintenir les élections le 10 juin.

A l’issue de ce scrutin, il s’est déclaré Président de l’île pour un second mandat, après s’être approprié une victoire écrasante avec 90 pour cent des voix, malgré la déclaration de l’UA et du gouvernement de l’Union définissant cette élection comme nulle et non avenue.

Délégation de l’Union africaine

Le dimanche 24 juin, une délégation ministérielle de l’UA conduite par le ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud, Nkosazana Dlamini-Zuma, et composée de représentants de la Tanzanie, du Mozambique, de l’île Maurice, des Seychelles, du Kenya et de Madagascar, s’est entretenue avec le président de l’Union, Ahmed Abdullah Mohamed Sambi et « les autorités d’Anjouan », a indiqué la délégation dans un communiqué rendu public le lundi 25 juin.

« La mission demande aux autorités d’Anjouan d’organiser une élection présidentielle libre et impartiale, conformément au plan de sécurité de l’Union africaine », a noté le communiqué.

Selon les observateurs, le gouvernement de l’Union, qui a menacé de rétablir l’ordre en dépêchant des troupes sur l’île d’Anjouan, s’attendait à une réponse plus ferme de la part de l’UA.

« Nous sommes déçus par la teneur du communiqué de la mission de l’UA » a indiqué Abdourahim Said Bacar, porte-parole du gouvernement de l’Union, avant d’ajouter que le gouvernement de l’Union s’en tiendrait au communiqué ministériel publié le 19 juin au Cap, en Afrique du Sud, et qui stipulait que si Mohamed Bacar ne renonçait pas à son poste, l’UA prendrait « toutes les mesures nécessaires, y compris la révision du mandat de la MAES [Mission d’assistance électorale et sécuritaire de l’UA aux Comores]. »

Près de 300 soldats et policiers de l’UA on été déployés dans les Comores pour superviser les élections, mais tout usage de la force contre les autorités d’Anjouan nécessiterait au préalable une modification du mandat des troupes africaines. Le gouvernement de l’Union a avoué qu’une action militaire était impossible sans l’aide de forces extérieures, car le rapport de force est inégal.

M. Bacar, ancien chef de la police d’Anjouan qui a participé au coup d’Etat militaire de 2001 avant d’être élu à la présidence de l’île l’année suivante, jouirait d’une « loyauté à 100 pour cent » de la part de la gendarmerie.

En plus de quelques centaines de gendarmes, dotés d’un arsenal d’armes lourdes, l’île dispose également d’une milice armée, estimée à quelque 500 hommes.

Selon les résultats provisoires du deuxième tour des élections dans la Grande-Comore, Mohamed Abdelwahab, un ancien ministre du gouvernement de l’Union, partisan d’une plus grande unité entre les îles, a été élu avec 57 pour cent.

A Mohéli, l’homme d’affaires Mohamed Ali Said, qui était aussi perçu comme favorable au renforcement des liens entre les îles, a gagné avec environ 58 pour cent des votes.

Les Comores ont obtenu leur indépendance de la France en 1975 après plus de 130 ans de colonisation, mais cet archipel a connu 19 coups d’Etat réussis ou avortés au cours de trois décennies d’instabilité politique.

Crédit photo Tomas de Mul/IRIN