Commerce de nouveaux-nés : arrestations au Bénin

Cinq personnes suspectées d’avoir pris part à un trafic de bébés avec le Nigeria ont été arrêtées au Bénin, a annoncé samedi la police béninoise. Cette affaire pourrait entrer dans le cadre d’un vaste réseau de commerce de nouveaux-nés qui concernerait notamment le Nigeria et le Niger.

Les forces de sécurité béninoises ont arrêté cinq personnes suspectées d’avoir participé à un trafic de bébés via le Nigeria, a déclaré samedi le porte-parole de la police, Adrien Tchomakou. Le lien entre cette affaire et celle démantelée récemment au Niger ne semble pas encore avoir été établi officiellement malgré les fortes suspicions.

« Cinq personnes ont été arrêtées mardi et ont été présentées au procureur mercredi puis écrouées à la prison civile de Cotonou », a indiqué Adrien Tchomakou, selon l’AFP. Ils sont accusés de « faux et usage de faux, trafic et complicité de trafic d’enfants dans la sous-région », a expliqué la même source qui a ajouté que « la police béninoise a été au Nigeria pour la reconstitution des faits ». Le porte-parole de la police n’a pas précisé si cette affaire était liée à celle démantelée au Niger.

« Supposition d’enfants »

Au Niger, une affaire du même type a concerné des personnalités politiques de premier plan. La seconde épouse du président du Parlement, Hama Amadou, le principal opposant au Président nigérien Mahamadou Issoufou, a été arrêtée ainsi que son secrétaire particulier. Le parti au pouvoir qui veut remplacer Hama Amadou à son poste par un de leur membre tente de le destituer depuis plusieurs semaines. La femme du ministre de l’Agriculture, Abdou Labo, est également en prison dans cette affaire qui concerne au total cinq hommes et leurs douze épouses. 

Ces femmes sont accusées de « supposition d’enfants » au Nigeria. Elles auraient cherché à s’attribuer la maternité d’un enfant qu’elles n’ont pas donné naissance au Nigeria. Les « fausses mères » seraient allées dans ce pays pour acheter un enfant, dissimulant cet acte derrière une simulation d’accouchement. Le nouveau-né monnayé est ensuite emmené clandestinement dans une clinique privée de la capitale du Bénin, Cotonou, où un carnet de naissance est fournit à l’enfant. Il est enfin amené au Niger, en évitant les contrôles d’identité, pour déclarer la naissance de l’enfant, selon des éléments de l’enquête rapportés par RFI.

Un trafic régional ?

Les enquêteurs nigériens ne disposent pas encore de l’ensemble des preuves pour condamner toutes les personnes impliquées, mais ils disposent d’un ensemble d’indices : des femmes sont devenues mères alors qu’elles étaient trop âgées pour enfanter, certaines ont subi des examens gynécologiques qui démontrent qu’elles n’ont pas accouché. Un intermédiaire nigérien interpellé a notamment fourni de nombreux éléments comme des carnets de naissance illégaux provenant d’une clinique béninoise.

Les personnes fortunées suspectées d’être impliquées dans ce trafic cherchent à échapper à la stigmatisation que peuvent subir les femmes qui n’ont pas d’enfants biologiques. Au Niger, cette situation rend aussi difficile la transmission de l’héritage au sein de la famille. Une veuve sans enfant n’empoche ainsi qu’un huitième de l’héritage dans ce pays.

Le Burkina Faso pourrait bientôt être impliqué dans cette affaire alors qu’un suspect burkinabé a été arrêté à Cotonou et que le juge nigérien a demandé à ses homologues nigérian, béninois et burkinabé d’enquêter sur ce trafic dans leurs pays respectifs.