Comment mieux communiquer avec la PNL

Si le mot PNL ne vous dit rien, la signification de cet acronyme, Programmation Neuro Linguistique, ne vous en dira guère davantage. Il s’agit pourtant d’un puissant outil de connaissance de soi et des autres, utilisé notamment dans le domaine de l’entreprise ou du sport pour améliorer les performances. Un domaine extrêmement vaste sur le lequel Hervé d’Almeida, enseignant certifié en PNL, lève un coin du voile. Interview.

« Entre 70 et 80% du langage est non-verbal ». Compte tenu de ce paramètre méconnu, il devient clair qu’on peut apprendre à mieux communiquer en explorant cette réalité. Comment ? Grâce à la PNL ou Programmation Neuro linguistique. Un rebutant jargon de spécialistes qui masque un immense domaine, mêlant linguistique, psychologie, neurosciences, cybernétique, informatique, mais aussi médecine et physique quantique. Le fait que les deux grands secteurs d’activité où elle est le plus utilisée restent le monde de l’entreprise et celui du sport prouve, en soi, toute la pertinence de la PNL. Une discipline utile à tous, facteur de performance, de progrès et d’efficacité, jusque dans la sphère personnelle et privée. Hervé d’Almeida[[<***>|Hervé d’Almeida, 44 ans, est le fondateur de la société de coaching, de formation et de conseils Business Challenge. Diplômé du Centre de Perfectionnement aux Affaires (CPA, groupe HEC), il est enseignant certifié en PNL, 3e cycle en Management et Gestion des Ressources Humaines, et ingénieur en informatique scientifique (INPG).|]], enseignant certifié de PNL, éclaire notre lanterne sur un sujet auquel des milliers d’ouvrages ont déjà été consacrés.

Afrik.com : Quelle serait votre définition de la PNL ?

Hervé d’Almeida :
P pour programmation mentale, le N pour tout ce qui est neurologique et le L pour le langage sensoriel. La PNL explique le fonctionnement de l’être humain. Les fondateurs de la PNL (Jonh Grinder et Richard Bandler) voulaient mettre en évidence comment fonctionnent les gens qui réussissent , à travers le fonctionnement de leurs stratégies mentales (le cerveau), leurs comportements et leurs états internes. La PNL a pour objectif de comprendre comment on communique mieux avec soi avec les autres.

Afrik.com : Vous dites que le L de linguistique renvoie au « langage sensoriel ». Il y a donc un autre langage que verbal ?

Hervé d’Almeida :
Quand on parle de linguistique, certains seraient tentés de croire qu’il ne s’agit que du langage verbal, mais ça va beaucoup plus loin que ça. Ce sont les mots qui sont dits, la manière dont ils sont dits. Il faut également prendre en compte tout ce qui n’est pas dit : le non-verbal, qui est primordial. Entre 70% et 80% du langage, ça varie selon les auteurs, est non-verbal. Ce dont on tient énormément compte en PNL. Cela donne des schémas très précis et reproductibles de comportements. Comportements dont les gens n’ont pas forcément conscience. On dit plus sans parler. Prenons l’exemple d’un contexte de négociation : il est primordial de tenir compte du langage non-verbal. Quelqu’un peut vous dire qu’il est tout à fait d’accord avec vous mais son corps peut dire autre chose. Il est important de se focaliser sur cette autre chose et d’essayer de creuser avant de signer le contrat. Il m’est arrivé, à plusieurs reprises pour des sociétés de grands groupes européens de travailler sur ce non-verbal avant d’établir des protocoles d’accord.

Afrik.com : Existe-t-il un catalogue de gestes pour définir le profil d’une personne ?

Hervé d’Almeida :
Il ne faut pas systématiser les approches qui définissent des profils à partir des gestes. Les modèles existent, mais ne sont pas forcément valables pour tous. Ce qui nous intéresse en PNL, c’est regarder la personne et cerner son propre modèle. Ce n’est pas parce qu’une personne est en retrait dans une phase de négociation qu’on peut forcément dire qu’elle n’est pas présente ou qu’elle n’est pas d’accord avec ce qui est dit. Il faut contextualiser. Cette notion de contexte est fondamentale.

Afrik.com : Que faut-il exactement observer ?

Hervé d’Almeida :
Il y a les macro comportements, comme la posture, et les micro comportements, comme la dilatation des pupilles, la coloration de la peau… Nous captons toutes ses informations sans nous en rendre compte. Et ce qu’on apprend en PNL, c’est passer de cette observation inconsciente à une observation consciente. Il y a un exercice, très facile, que je fais souvent en formation : l’exercice du Fantôme. Il s’agit d’essayer de deviner l’état émotionnel d’une personne, sans qu’elle dise le moindre mot.

Afrik.com : Observer les faits et gestes de son interlocuteur doit demander beaucoup de concentration ?

Hervé d’Almeida :
On fait certes des modèles, mais une fois qu’on les a compris, il est important de les oublier. Quand on communique avec quelqu’un, il faut véritablement s’intéresser à ce que dit la personne et non se concentrer uniquement sur son langage non-verbal. La mise en valeur des modèles n’est qu’une stratégie d’apprentissage pour arriver, au final, à une compétence inconsciente. Quand vous commencez à apprendre à conduire, on vous apprend où se trouve la pédale de frein, l’accélérateur, le frein à main, qu’il faut clignoter et bien regarder dans les rétroviseurs. Au début, il vous faut réfléchir à tout ça quand vous prenez le volant. Ce que vous ne faites plus aujourd’hui. Et c’est à cette étape là où on veut arriver en PNL par rapport à l’observation.

Afrik.com : Existe-t-il différents types de PNL en fonction des différentes cultures ?

Hervé d’Almeida :
La PNL donne des outils de modélisation de ce qu’est une culture. Et ces outils peuvent être utilisés quelle que soit la culture. On peut par exemple utiliser un outil de base, tel que le questionnement, dans n’importe quel pays. Ce qu’on identifie alors dans tel ou tel modèle est propre à la culture. Si l’on prend l’exemple des distances interpersonnelles, on sait aujourd’hui qu’elles varient d’un pays à un autre. Par exemple, il ne serait pas forcément approprié, en France, qu’un Africain prenne la main de son collègue pour lui parler. Alors que ce geste serait très naturel en Afrique. Il est très utile de connaître les codes pour mieux communiquer. Lorsque je travaillais en Côte d’Ivoire et le simple fait de tenir quelqu’un par la main, me permettait de sentir l’intensité et la qualité des informations qu’il me donnait au niveau verbal.

Afrik.com : La PNL fait finalement intervenir les 5 sens…

Hervé d’Almeida :
La manière dont nous enregistrons les informations dans notre cerceau se fait effectivement avec les cinq sens : l’auditif, le visuel, le kinesthésique (le toucher, ndlr), l’olfactif et le gustatif. C’est pour cela que l’on parle d’outil de décodage en PNL. Ils nous aident à savoir comment nous enregistrons une expérience.

Afrik.com : La PNL n’est-elle pas qu’une discipline d’occidental ?

Hervé d’Almeida :
Non, car si je prends la communication inconsciente, telle qu’elle est présentée en PNL, c’est quelque chose qui fait partie intégrante de la culture africaine. L’un des fondateurs de la PNL est justement parti faire beaucoup d’observation en Afrique, que ce soit les sorciers, les prêtres coraniques ou les marabouts pour en tirer des modèles de communication avec l’inconscient. Quand on va voir une personne qui lance les cauris, le simple fait qu’elle voit quelque chose dans ce geste va influer sur l’inconscient de l’autre. Il y a, en Afrique, un important pouvoir de suggestion. J’ai eu la chance de travailler avec un prêtre coranique en Côte d’Ivoire. Quand quelqu’un venait le voir avec un problème, il lui disait, après certaines prières, que tout était réglé. Et on observait que ça changeait complètement l’attitude face au problème. La personne agissait bien souvent comme si le problème était résolu. Et le problème se résolvait. Une fois que vous avez intégré une suggestion, votre comportement et votre manière de penser, par rapport à la situation, vont être cohérents. Vous allez rayonner une certaine énergie, un certain aplomb. Le prêtre coranique avec qui je travaillais me faisait parfois croire que j’avais des rendez-vous avec d’importantes personnalités. Quand je téléphonais pour confirmer, j’étais tellement sûr de moi que je n’ai jamais faibli quand mes interlocuteurs ne voyaient pas de quoi je parlais. J’arrivais à semer le doute chez l’autre et arrivais, finalement inconsciemment, à mes fins.

Afrik.com : Si le mental agit sur le comportement, l’inverse est-il vrai ?

Hervé d’Almeida :
En travaillant sur le comportement, on peut influer sur le mental ou l’état émotionnel et vice-versa. Un exemple tout bête à expérimenter, au départ je n’y croyais pas moi-même, mais demandez juste à un enfant qui pleure, donc qui a un certain état externe et émotionnel, de regarder en l’air, donc de changer de comportement. Vous constaterez que les pleurs cessent automatiquement. C’est donc qu’il y a un lien entre tout cela.

Afrik.com : Quels exemples de modes opératoires PNL pourriez-vous donner pour résoudre un problème particulier ?

Hervé d’Almeida :
Prenons le stress, et l’exemple d’un directeur du personnel qui doit aller voir les syndicats. On peut utiliser ce qu’on appelle des techniques d’ancrage. On va lui faire identifier, dans son passé, des situations où il se sentait tout à fait à l’aise. Et il va ancrer en lui cette expérience par une sensation physique. Ça peut être toucher sa montrer, son stylo ou sa cravate. Et il va ensuite reproduire cela afin qu’il puisse consciemment se rendre compte que lorsqu’il fait ledit geste, il se retrouve dans le même état émotionnel positif. Ainsi dans l’avenir, quand il sentira qu’il perd pied devant les syndicats, il n’aura qu’à toucher sa cravate, sa montre ou son stylo pour se sentir mieux.

Afrik.com : Imaginons une personne qui soit tombée de cheval et qui a désormais peur de se remettre en selle…

Hervé d’Almeida :
Premièrement je lui demanderais ce qu’elle veut précisément ressentir dans cette situation. Imaginons que cela soit la joie. Je lui demanderais de me décrire précisément deux ou trois situations où elle a eu un sentiment de joie. Ensuite, je la questionnerais pour savoir comment elle se remémore ces expériences. Est-ce un film, est-ce en couleur, est-ce qu’il y a du son, des odeurs particulières … ? Après je prendrais la scène de l’incident que je demanderais à la personne de me décrire. Il y aura invariablement des différences dans la manière dont elle aura encodé les deux expériences. Si l’on rajoute, dans la seconde représentation, un élément présent dans la première, il n’y aura pas la même séquence dans la nouvelle version de cette deuxième représentation. La perception en sera changée : notamment l’émotion associée sera différente. C’est une technique de base. On travaille ici sur les sous-modalités.

Afrik.com : Ce travail sur les représentations mentales est-il vraiment efficace ?

Hervé d’Almeida :
Il y a une expérience intéressante de traitement mentale qui a été faite dans le domaine du basket. Ils ont pris deux groupes de sportifs, un qui faisait un entraînement en salle pour travailler les tirs, l’autre qui faisait uniquement un entraînement mental. Ils sentaient la balle dans leurs mains, ils prenaient conscience de la position de leur corps et ils se voyaient tirer. Ils devaient corriger leurs tirs mentalement jusqu’à obtenir le bon geste. L’expérience a montré que le second groupe affichait de meilleurs résultats que le premier. Le fait est que le cerveau ne fait pas la différence avec quelque chose qui est imaginé et quelque chose de vécu. D’où la notion de réalité relative.

Afrik.com : Donc on peut se construire une réalité que nous n’avons pas vécu ?

Hervé d’Almeida :
Tout à fait. Mais avec de la répétition. Les choses ne vont pas se faire en une fois. Le fait de jouer sur les représentations mentales va forcément induire des conséquences sur les comportements et sur les émotions.

Afrik.com : Comment la PNL pourrait aider une personne issue d’une minorité visible en France, muselée ou écrasée sous le poids de la discrimination et (ou) des blessures de l’histoire ?

Hervé d’Almeida :
Je lui demanderais comment il se représente la situation quand il se dit discriminé. Il faut décoder le film de sa représentation. Ensuite je lui demanderais comment il aimerait être. On a donc une situation actuelle et un objectif. La première chose qu’on apprend d’ailleurs en PNL c’est de définir un objectif. Ensuite on fait différentes scènes en rajoutant progressivement des éléments pour enrichir la représentation mentale. On peut ainsi mener à bien un travail de désensibilisation qui peut s’avérer très efficace. Ceci dit, le problème peut être beaucoup plus difficile, à cause de traumatismes plus profonds. Auquel cas, il est important de faire un autre travail derrière. Et il existe pour cela des techniques beaucoup plus poussées en PNL qui ont fait leurs preuves.

Afrik.com : Dans une précédente interview, vous expliquiez que nous niiez la discrimination. Comment peut-on travailler sur un concept que l’on nie ?

Hervé d’Almeida :
Je ne nie pas la discrimination : elle est là. Après il faut savoir ce que l’on veut réellement. C’est une question difficile savoir ce que l’on veut. Comme le dit Richard Bach dans son livre Jonathan Livingston le goéland : « Tout est possible à partir du moment où l’on sait ce que l’on fait ». À partir du moment où l’on sait exactement ce que l’on veut et qu’on est cohérent avec soi-même, je ne vois aucune raison pour ne pas y arriver. Il faut être toutefois réaliste et en y allant par étape. Il faut se donner un certain délai et avoir un objectif atteignable.

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