Comment la comète Ison a survécu à son passage près du soleil

En examinant les images transmises par plusieurs satellites d’observation solaire, les premières conclusions des astronomes étaient que la comète Ison n’a pas survécu à son passage près de la surface du soleil. Contrairement à ces premières conclusions, la comète Ison a apparemment survécu jeudi à son périple. Comment alors ?

En examinant les images transmises par plusieurs satellites d’observation solaire, les premières conclusions des astronomes étaient que la comète Ison n’a pas survécu à son passage près de la surface du soleil. Contrairement à ces premières conclusions, la comète Ison a apparemment survécu jeudi à son périple. Comment alors ?

Frôler la surface du soleil au plus près à 1,17 million de kilomètres

« Il semble bien que la comète Ison n’a probablement pas survécu à son périple. Je viens de regarder les dernières images des satellites et ne je vois rien ressortir derrière le disque solaire et cela pourrait être le dernier clou dans le cercueil », avait déjà conclu Karl Battams, un scientifique au Naval Research Laboratory à Washington lors d’une table ronde organisée par la télévision de la NASA.

Ison, un gros bloc de glaces et de roches, devait frôler la surface du soleil au plus près à 1,17 million de kilomètres jeudi, vers 18H30 GMT, subissant des températures de 2 700 degrés et perdant trois millions de tonnes par seconde. Pour une comète pas « très solide, est formée à 50% ou peut-être 30% de glace d’eau, avec la taille du noyau assez petite par rapport à la moyenne des comètes observées jusqu’à présent, (son diamètre était estimé à 1,2 kilomètre maximum) », la majorité des astronomes avaient prédit qu’elle ne survivrait pas ce survol rapproché du soleil.

Signe d’un regain d’activité du noyau de la comète

Alors qu’Ison se rapprochait du soleil, les fluctuations de sa queue ont mis en évidence les mouvements autrement invisibles du vent solaire formé des particules éjectées en permanence par le soleil. Ces derniers jours, Ison montrait des comportements erratiques, brillant plus fortement avant de baisser nettement d’intensité lumineuse, conduisant des astronomes à se demander si la comète ne s’était pas déjà désintégrée.

Mais ce matin, surprise, une tâche brillante a fait sa réapparition sur les images de Soho, exactement à l’endroit où la trajectoire d’Ison était attendue. « Nous ne voyions plus qu’une très faible queue, qui semblait provenir des restes de poussières de la comète, et puis petit à petit une condensation brillante est réapparue sur les images,» raconte Dominique Bockelée-Morvan, astronome et directrice de recherche CNRS à l’Observatoire de Paris. Cette « condensation brillante » est le signe d’un regain d’activité du noyau de la comète, ou de ce qu’il en reste s’il s’est fragmenté, qui recommence à émettre des gaz et de la poussière en étant chauffé par le Soleil.

La température a dû redescendre suffisamment pour que la comète survive

Pour les scientifiques, il est encore trop tôt pour affirmer si la comète est intacte ou fragmentée, et quelle proportion de sa masse de départ a été conservée, mais il reste en tout cas suffisamment de matière pour former un noyau avec une activité visible. En outre, il faudra aussi expliquer pourquoi Ison est restée invisible pendant une période assez longue après son passage au plus près du Soleil. Une des hypothèses est que la température a été tellement élevée que les poussières ont été directement brûlées et vaporisées, ne laissant plus aucun matériel capable de disperser la lumière et de rendre la comète visible. Le noyau lui-même est invisible, puisqu’il est de couleur très sombre et ne fait qu’un peu plus d’un kilomètre de diamètre. En s’éloignant assez, la température a dû redescendre suffisamment pour que les poussières puissent survivre.

Ison a mobilisé la communauté astronomique depuis sa découverte en septembre 2012 par des astronomes russes car elle remonte aux origines du système solaire il y a 4,5 milliards d’années. Elle s’est en effet échappée, il y a quelques millions d’années, du nuage d’Oort, sorte de « parking » de comètes aux confins du système solaire situé à mi-chemin entre le soleil et la prochaine étoile.