Code de la famille au Mali : ATT cède à la pression des autorités musulmanes

Amadou Toumani Touré, le chef de l’Etat malien, a annoncé mercredi qu’il refusait de promulguer le Code de la famille qui accorde plus de pouvoir aux femmes. Ce texte, très critiqué par le Haut Conseil islamique, est de nouveau soumis aux parlementaires.

Le Code de la famille sera réexaminé par l’Assemblée nationale. Sous la pression des autorités musulmanes, le président malien Amadou Toumani Touré souhaite une relecture du texte. Cette décision intervient après une série de consultations avec la société civile, notamment avec le Haut conseil islamique. « Nous nous sommes compris », a confié à RFI, un responsable de cette institution, à l’issue d’un entretien qui s’est déroulé mercredi avec le chef de l’Etat. Adopté en août par les députés, le Code qui accorde plus de pouvoirs aux femmes, avait été vivement critiqué.

Cinquante mille Maliens avaient ainsi « maudit » cette loi au Stade du 26 mars, à Bamako, samedi dernier. Elle a été qualifiée d’« insulte au Coran ». « La civilisation occidentale est un péché », « Non à ce code qui divise les Maliens », pouvait-on lire sur leurs banderoles. Dans ce pays, 90 % de la population est musulmane. Parmi les articles qui dérangent, celui dans lequel l’expression « puissance paternelle » est remplacée par « autorité parentale ». Par ailleurs, le Code de la famille reconnaît le droit au divorce aux maris et épouses qui ne vivent plus ensemble depuis trois ans.
Le nouveau texte relève aussi l’âge légal du mariage à 18 ans quand l’ancien se faisait muet sur cette question. Au Mali, les jeunes filles sont parfois mariées dès 13 ou 14 ans, surtout en zone rurale. En application de la loi, seules les unions célébrées devant l’officier d’état civil seront désormais reconnues.

Le Haut conseil islamique recourt au chantage

Cette dernière mesure contrarie particulièrement les imams. « Nous demandons dans toutes les mosquées la relance du mariage religieux, comme si de rien n’était », réclament-ils. En représailles, les dignitaires musulmans ont promis de « boycotter les députés » ayant voté pour la réforme. « Nous ne ferons plus pour eux ou leur famille de cérémonies de baptême ni de prières en cas de décès. Ils ont trahi Allah! », ont-ils prévenu.

Face aux protestations, la Fédération nationale des collectifs d’organisations féminines du Mali (Fenacof), qui avait approuvé ce texte, a souhaité lundi que de « larges consultations » soient organisées. Objectif : mettre l’unité nationale au-dessus de tout ». « Dans notre pays, tout le monde est pour la promotion de la femme. Mais quand il y a incompréhension, il faut s’asseoir pour discuter », estime la présidente de la Fenacof, Dembélé Oulématou Sow. « Il faut expliquer davantage le contenu du code pour éviter toute interprétation tendancieuse », conclut-elle. Pour l’heure, la nouvelle loi qui a dormis dans les tiroirs du Palais de Koulouba depuis 10 ans, n’est pas près d’être promulguée.