Cinéma : La ville mangeuse d’hommes

Dans La ville, du réalisateur égyptien Yousry Nasrallah, nous marchons dans les pas tour à tour rageurs et hésitants de son héros, Ali. Une quête de soi entre le Caire et Paris.

 » La ville te suivra. (…) Où que tu ailles, tu débarqueras dans cette même ville. Il n’existe pour toi ni bateau ni route qui puisse te conduire ailleurs. N’espère rien « . Avec en toile de fond ce poème de Constantin Cavafy – le grand poète alexandrin – le film de Yousry Nasrallah ne pouvait pas être mauvais.

La ville, qui est d’abord passé sur le petit écran – sur Arte à l’automne dernier -, se refait une beauté avec un prix spécial du jury et une standing ovation au dernier Festival de Locarno. Le troisième opus de l’ancien assistant du maître Chahine est tourné en vidéo digitale : les contours ne sont pas toujours nets, mais les âmes des personnages non plus, les paysages parfois sont brouillés, mais les sentiments le sont aussi, le rythme est saccadé, mais la vie est ainsi.

Esthétisme et lutte sociale

Entre sensualité refoulée, ambiguïté homosexuelle, et vapeurs de haschich – sujets brûlants et provocateurs -, le réalisateur trimballe Ali, son héros, du vieux marché cairote Rod El Farag aux squats de Ménilmontant à Paris. Ali, qui cherche la gloire comme acteur, va se perdre dans la capitale française, et le réalisateur aussi. Le film connaît alors des pesanteurs, notamment autour de la lutte des sans-papiers. L’amnésie du héros traîne en longueur, les scènes perdent de leur charme pour gagner en clichés – ah, ces immigrés qui aiment rire et chanter même dans la misère !

Heureusement les scènes qui ont pour théâtre la ville du Caire, nous font oublier les lenteurs parisiennes. Et l’on retrouve la vie de quartier, animée et chaleureuse, les femmes qui discutent de terrasse en terrasse, les poules et les enfants qui s’égayent dans les rues éclaboussées de soleil… et le sourire éclatant de Bassem Samra, acteur lumineux, qui vaut tous les soleils du monde.