Cinamazonia, deuxième !

La deuxième édition de Cinamazonia, Festival de Cinéma des mondes métissés, aura lieu du 4 au 9 novembre prochain, en Guyane. La magnifique comédienne antillaise France Zobda est à l’origine de ce festival interculturel et convivial qui, de l’Amérique Latine à l’Asie, en passant par l’Afrique et les Caraïbes, offre à voir des dizaines de films.

On connaît France Zobda pour ses rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision, notamment dans SOS 18 pour la quatrième saison et dans Léa Parker pour la deuxième saison. On connaît France Zobda pour son regard bleu et sa peau cannelle. La belle Antillaise est aussi à l’origine de Cinamazonia, le Festival de Cinéma des mondes métissés. La première édition a eu lieu en 2002 en Guyane et a accueilli quelque 12 000 personnes en 5 jours et 10 000 scolaires aux séances du matin. Une belle réussite qui devrait se confirmer cette année, du 4 au 9 novembre.

Afrik : Pourquoi avoir choisi la Guyane comme pays d’accueil de Cinamazonia ?

France Zobda :
Nous avons créé ce festival, avec Yasmina Ho-You-Fat, d’origine guyanaise, par désir de rassembler les pays du Sud, des Caraïbes et de la Guyane, cette dernière étant une zone géographique sans grande visibilité au niveau du cinéma. La Guyane est un pays à part qui ne renvoie pas à une évocation immédiate. C’est l’aventure, le mystérieux, l’Amazonie… Je suis moi-même de souche guyanaise et je pense qu’il était important d’offrir ce cadeau à ce département trop souvent oublié.

Afrik : Quel est l’esprit du festival ?

France Zobda :
C’est un festival familial et convivial, et qui doit le rester ! Il n’y a pas de membres du jury car nous souhaitons que les gens viennent décontractés. Nous ne jugeons pas les films, nous les offrons au public guyanais. Notre but est aussi de faire découvrir des cinémas, comme celui d’Inde par exemple. Cette année, nous allons projeter une trentaine de longs métrages, une douzaine de courts, de documentaires et de téléfilms, pour montrer qu’il existe aussi d’excellents scénarios de téléfilms. Les films viennent du Brésil, d’Haïti, du Surinam, d’Afrique et d’Afrique du Nord ou des Caraïbes. Parmi eux, nous compteront une dizaine d’avant-premières. Je m’occupe de la sélection et il me faut bien deux ans pour tout visionner et récupérer des copies éclatées dans le monde entier ! Je mélange films actuels et du passé, des œuvres qui sont dans des circuits trop parallèles, des drames, des comédies, des films politiques… L’essentiel est de passer une bonne semaine !

Afrik : Comment a réagi le public guyanais lors de la première édition ?

France Zobda :
Il y a une vraie demande. L’année dernière, les gens ont assisté à toutes les séances. La Guyane a vécu au rythme du festival, les gens venaient le dimanche, en famille, et se bousculaient pour voir des films dont ils n’avaient jamais entendu parler. Les documentaires ont rencontré un gros succès ainsi que les téléfilms (on a d’ailleurs dû doubler la séance !). Le festival se passe sur les trois villes de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent du Maroni et cette année nous avons prévu deux séances en plein air pour rassembler encore plus de monde ! Comme ce n’est pas un festival pour faire de l’argent, les séances sont à 3 euros au lieu de 8 ou 9. Nous voulons mettre le cinéma à la portée de tous.

Afrik : Il y a aussi des animations annexes, prévues en dehors des projections ?

France Zobda :
Nous aurons des soirées thématiques sur le Brésil, la poésie créole, l’Afrique du Nord et Haïti. Notre invité d’honneur est d’ailleurs le cinéaste haïtien Raoul Peck. Il y aura des séances de dédicaces pour permettre aux gens d’avoir un vrai contact avec les vedettes, une exposition photos et des concerts. Il n’y a pas de cloisonnement entre les artistes. Nous invitons des comédiens de théâtre, acteurs de cinéma et de télévision, des musiciens, des chanteurs, des sculpteurs ou des photographes. Influencée par mon père artiste, j’aime que tous les arts se rencontrent. Toutes les nuits, nous faisons la fête au son de la musique, qui est l’essence même de nos cultures. Et c’est magnifique de voir Richard Bohringer, Jocelyne Beroard et Stomy Bugsy improviser un bœuf ! Il y a de vraies rencontres ! Ces soirées permettent aussi de faire découvrir la culture antillo-guyanaise. Le métissage, ce n’est pas seulement une histoire de peau mais c’est un mélange de voix, de personnalités, de cultures…

Afrik : Des tables rondes sont aussi prévues…

France Zobda :
Les gens des Caraïbes n’existent nulle part. Nous ne sommes jamais invités à Cannes ou aux Césars. Le Festival est donc un tremplin pour parler de choses qui nous dérangent, un lieu de débats et d’idées. Lors de la première édition, nous avions parlé des minorités visibles à la télévision et il en est ressorti que nous avions une frustration, de vraies souffrances de comédiens. Heureusement, depuis trois ans, il s’est passé des choses, notamment sur France Télévision. Des comédiens de couleur émergent à la télé comme Louis-Karim Nébati qui joue Fabien Cosma, Thierry Desroses, Jacques Martial, Alex Descas ou Edouard Montoute. Les plus jeunes ont la chance trouver des rôles dans des séries, contrairement à nos anciens comédiens obligés d’être cantonnés aux doublages de voix. Au cinéma aussi, ça vient doucement. Les gens n’étaient pas prêts à nous faire tourner mais nous, nous avons toujours été prêts.

Afrik : Militez-vous en faveur des quotas ?

France Zobda :
D’emblée, je suis contre car c’est réducteur de demander des droits qui imposent aussi des devoirs. Mais il faut que ça bouge et que ça ne reste pas un balbutiement. Les quotas peuvent alors servir de « pavé dans la mare »… Ce n’est pas normal d’avoir autant de mal à monter un film quand on vient des Caraïbes. C’est une forme de mépris. Pourtant, les Dom-Tom représentent une population importante. Deux millions d’Antillo-guyanais vivent en métropole et cette communauté a envie de se voir à l’écran. Nous sommes français, mais à part… Pour faire des études de cinéma, il nous faut parcourir 7 000 km et venir en métropole.

Afrik : Parmi toutes vos recherches pour la sélection du festival, y-a-t-il un cinéma qui vous a particulièrement marqué ?

France Zobda :
Je prévois un focus sur le cinéma d’Afrique du Sud car c’est un cinéma montant et un exemple pour les Caraïbes. Il allie politique et divertissement, technicité américaine, narration européenne et identité africaine. Un peu comme les cinémas brésilien et cubain. Je ne pense pas qu’il est bon de nous tourner vers l’exemple des grosses productions américaines ni même vers la France qui ne nous donne pas les moyens de développer une vraie production cinématographique. Il faut faire avec ce qu’on a, faire du cinéma, même avec des défauts, raconter des histoires avec de bons scénarios. Le problème en Afrique, ce sont les manques au niveau du scénario et de la technique mais le cinéma africain a le mérite d’exister, il y a des écritures et le désir des jeunes de faire du cinéma. C’est ce qui est important.

Afrik : Vous parliez de métissage tout à l’heure. Vous en êtes un bel exemple !

France Zobda :
Je viens du Lamentin, en Martinique, mais j’ai du sang d’Indien d’Inde et d’Amérique, ma famille est de souche guyanaise, j’ai des ancêtres africains mais une partie de ma famille vient d’Aix-en-Provence, une autre d’Allemagne et on trouve aussi quelques Caraïbéens ! Un vrai mélange !