Chronique : Libérez Saadia Mosbah


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Saadia_Mosba
Saadia_Mosba

Il est des jours où la forme ne tient plus. Des jours où dire sa part de vérité devient une urgence absolue, et là, aujourd’hui, nous sommes dans ces jours, ces temps où la sidération est à son plus haut niveau : en Tunisie, que fait Saadia Mosbah dans les geôles de Kaïs Saïed ?

Mais qui est Saadia Mosbah, au juste ? C’est une militante des droits humains. Pour faire simple, en Afrique par exemple, au Cameroun, ils ont Alice Nkom. En Tunisie, ils ont Saadia. Voilà, c’est dit !

Saadia Mosbah : Le visage du courage face au recul des libertés en Tunisie

Saadia Mosbah accomplit un travail auquel beaucoup ont renoncé, par manque de courage, par crainte, par fatigue, ou par opportunisme… Il n’y a plus grand monde pour les droits humains en ces temps sombres…

Saadia est là. Elle parle. Fièrement, comme ça, elle se lève. Elle agit. Elle s’exprime et refuse l’injustice. Oui, en 2026, reconnaître pleinement l’autre comme son semblable, comme un être humain titulaire de droits, au premier rang desquels figure le droit fondamental à la vie, peut nous être reproché pénalement.

Oui, en 2026, une femme, une mère, un être humain, est condamnée à huit ans d’emprisonnement pour avoir défendu le respect du droit à la vie de chacun en Tunisie.
Mais que lui reproche-t-on réellement ? Un tas de choses farfelues. Les accusations portées contre elle, nous le savons tous, ne sont que des prétextes fallacieux pour procéder à son arrestation. Le véritable sujet est ailleurs : il s’agit des droits humains, et de rien d’autre. On lui reproche de considérer autrui comme un être humain et de lui apporter une aide humanitaire. Voilà le véritable enjeu : tout le reste n’est que rhétorique politique ; Kaïs Saïed le sait, je le sais, nous le savons tous.

Pour essayer d’amadouer les cœurs de la population pour qu’elle accepte une injustice, on met en avant la patrie, l’ingérence extérieure, et hop, en chœur, à l’unisson, surgissent des personnes pour y croire, dopées par la haine de l’autre, l’instinct primaire ou tout simplement la naïveté. Et certains vont jusqu’à dire : c’est bien fait pour elle.

A ceux-là, sachez que ce genre de discours est facile à déblatérer lorsqu’il s’agit de quelqu’un d’autre. Je vous l’assure ! Jusqu’au jour où l’injustice se braque contre soi-même… et le discours change. Vous vous exprimez avec une certaine aisance, voire une certaine suffisance, comme si vous étiez vous-mêmes à l’abri de toute injustice, alors que ce type de position contribue précisément à fragiliser l’État de droit.

Huit ans de prison pour humanisme : l’instrumentalisation de la justice

Vous invoquez la souveraineté de la Tunisie, mais celle-ci ne saurait être placée au-dessus des droits humains. Au contraire, la souveraineté de la Tunisie doit garantir à chaque Tunisien et à chaque être humain se trouvant sur son territoire le respect du droit à la vie et la protection de ses droits fondamentaux.

Dénoncer l’injustice et réclamer le respect du droit constitue une manière de préserver la souveraineté des États, et non l’inverse. Applaudir l’injustice ou feindre de ne pas la voir est ce qui, à terme, détruit une nation.

L’arrestation, puis la condamnation à huit ans de prison de la militante des droits humains Saadia Mosbah sont un signal inquiétant pour les défenseurs des droits en Tunisie, en Afrique et dans le monde. La libération de Saadia Mosbah s’impose, rapidement, au regard des principes fondamentaux garantissant la protection des droits humains.
Que vive et soit pleinement respecté le droit fondamental à la vie.

Michel Tagne Foko
Michel TAGNE FOKO Écrivain - Journaliste - Éditeur | Fondateur : LA PRESSE DU SOIR, ÉDITIONS DU MÉRITE, LE QUOTIDIEN JULIA, etc
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