Cheb Mami, sordide !

Cheb Mami, le chanteur réfugié en Algérie, se défend comme il peut… juste assez pour écoeurer notre chroniqueuse.

Par Malika Rededal, de Bakchich info

La première fois que j’ai rencontré Cheb Mami, c’était au milieu des années 80, le raï sortait de la clandestinité au premier festival de rai à Oran. Il était alors encore adolescent et timide, tout petit, il n’était pas bien beau mais sa voix de castrat le rendait séduisant et il chantait, avec Cheb Khaled, Cheb Sahraoui et Chaba Fadéla les frustrations et les désirs d’une jeunesse qui, bientôt, allait exploser la baraque Algérie en 1988. Depuis, le succès l’a ennobli et Cheb Mami a été sacré « Prince du raï ». Un titre qu’il a, semble-t-il, pris à la lettre en considérant que le corps de sa maîtresse lui appartenait comme son compte en banque et ses propriétés qu’il a désormais nombreuses.

D’abord les faits. Cheb Mami sous contrôle judiciaire en France, et aujourd’hui réfugié en Algérie, est accusé par son ancienne compagne, une photographe de presse, Isabelle Simon, d’avoir tenté de la faire avorter contre son gré. C’était au mois d’août 2005, « dans une villa de Cheb Mami » en Algérie. Trois mois plus tard, le 21 novembre 2005, Isabelle Simon porte plainte et entre-temps, accouche d’une petite fille. Cheb Mami est arrêté, emprisonné avec son producteur, Michel Levy, accusé de complicité, puis libéré sous caution. Il est mis sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter la France. Une interdiction qu’il contourne en rejoignant l’Algérie via « l’Espagne en voiture, avec au passage une halte au consulat d’Algérie à Madrid », où « il se fait renouveler un ancien passeport périmé », selon l’avocat de Michel Levy, qui cite lui-même le journal Le Monde dans un entretien accordé au journal algérien El Watan du 18 juin.

Cet avocat, Me Laribi, réagissait à la version de cette sordide affaire telle que Cheb Mami l’a rendue publique pour la première fois en Algérie en accordant un long entretien au Quotidien d’Oran. Une version consternante de racisme et de misogynie. Je suis une victime, dit-il en substance, d’un complot juif et raciste, parce que je suis un Arabe. Et de souligner, de manière nauséeuse, que tout est de la faute de son producteur, Michel Levy, « un juif » dit-il, et d’Isabelle Simon, « d’origine juive », en rajoute Le Quotidien d’Oran, qui n’en voulait qu’à son argent. D’accusé Cheb Mami se transforme en procureur en utilisant la pire des stratégies de défense, pensant s’attirer la sympathie des algériens, en tout cas pas la mienne tant la lecture de cette version est pénible et écoeurante. Ni, du reste, celle de l’avocat de Michel Levy, un Algérien, Me Laribi, qui rafraîchit la mémoire de Cheb Mami et lui rappelle que sa collaboration avec son producteur remonte à 1985, soit à 22 ans. Raciste et misogyne, Cheb Mami n’a pas un seul mot de regret à l’endroit de la mère de son enfant, se contentant de pleurnicher sur sa carrière brisée et la santé de sa mère déclinante suite à cette triste histoire.

Cheb Mami incarne la caricature du petit macho qui, dans son for intérieur, pense que toutes les femmes sont des putes sauf sa mère. Et même s’il appartient à la justice d’établir sa culpabilité ou son innocence – je ne suis ni juge ni procureur -, pour moi Cheb Mami est définitivement déchu.