Chasse aux étrangers

Depuis une semaine, les autorités équato-guinéennes font la chasse aux immigrés clandestins. Mais pas seulement. Des centaines de Camerounais en règle ont été expulsés et contraints de retourner dans leur pays. Derrière cette vaste opération de rapatriement, se profile l’ombre de mercenaires impliqués dans une tentative de coup d’Etat contre le Président Obiang.

Quelque 300 Camerounais vivant en Guinée Equatoriale ont regagné leur pays natal. Contraints et forcés. Ils sont arrivés à bord de pirogues de fortune, jeudi dernier, au port de Limbé, à 320 km à l’ouest de Yaoundé. Beaucoup à moitié nus, vêtus d’un seul caleçon, après la perte de leur argent et de leurs biens. Ce retour au pays fait suite à la vaste opération de rapatriement des étrangers camerounais, mais aussi nigérians, ghanéens ou congolais, déclenchée le 6 mars dernier par les autorités équato-guinéennes et qui a touché l’ensemble de l’île de Bioko.

Les personnes visées ? « Il ne s’agit plus simplement de personnes détentrices de drogue ou de fausse monnaie, communément appelés ‘fey men’, mais de l’ensemble des Camerounais trouvés en ‘situation irrégulière’ », explique Mutations, qui affirme également que la plupart des Camerounais expulsés étaient en règle et exerçaient la profession de commerçants à Malabo, la capitale équato-guinéenne. Cameroon Tribune évoque une « chasse à l’homme aveugle qui s’en prend même aux immigrants réguliers ».

Vols, rackets, tortures

Une version corroborée par l’AFP, qui livre différents témoignages de Camerounais expulsés. Comme celui de Moïse Bessongo, commerçant installé depuis plusieurs années, interpellé à minuit alors qu’il rentrait chez lui. Son domicile a été pillé. Son passeport, sa carte de séjour, sa carte d’identité camerounaise et ses diplômes ont été déchirés par les policiers. Il a passé trois jours en cellule avent d’être rapatrié mercredi dans la nuit. De nombreux Camerounais arrêtés les 6 et 7 mars ont passé cinq jours enfermés dans la base militaire de Malabo. En plus des vols et des rackets, de nombreuses personnes font état de tortures, marques et cicatrices à l’appui.

Selon Mutations, à peu près 300 Camerounais expulsés sont arrivés à Douala samedi, portant le nombre de sinistrés à plus de 600. Quelque 250 Camerounais, clandestins ou en situation régulière, étaient encore réfugiés dimanche, et ce depuis plusieurs jours, dans l’ambassade du Cameroun à Malabo où ils attendent d’être rapatriés. Selon des sources diplomatiques, plusieurs centaines de Nigérians ont également trouvé refuge dans leur ambassade et près d’une centaine de Béninois, dans leur consulat. Depuis la fin de mois de février, la vie n’est plus sûre pour les étrangers africains qui ont choisi de travailler en Guinée Equatoriale : patrouilles de policiers, de gendarmes et de militaires, perquisition des domiciles, pillages des magasins, arrestations massives. L’Eldorado de l’Afrique centrale est devenu un « enfer » selon de nombreux témoignages.

Complot de coup d’Etat

« Nous ne sommes pas contre le Cameroun, nous sommes contre les immigrés illégaux », a déclaré le Président équato-guinéen Teodoro Obiang, samedi, lors d’une manifestation du parti au pouvoir. Mais il semblerait que la raison des arrestations trouve son explication dans une histoire plus complexe. Suite à l’arrestation, le 7 mars, à Harare (Zimbabwe) de 64 mercenaires présumés, le journal sud-africain The Star annonçait, dans son édition du 11 mars, que ces hommes étaient sur le point d’aller dans un centre d’entraînement de mercenaires basé au Cameroun. Ils devaient ensuite se rendre à Malabo pour rejoindre un autre groupe de quinze mercenaires présumés, arrêtés en Guinée équatoriale, accusés d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat contre le Président Obiang. Le Cameroun a formellement démenti l’existence d’un tel camp d’entraînement sur son territoire.

Des centaines de personnes ont manifesté, samedi soir à Douala, pour protester contre les expulsions de Camerounais. Ils se sont dirigés vers le Consulat général de Guinée Equatoriale dans l’intention d’y mettre le feu mais ont été stoppés par les forces de l’ordre. Ce n’est pas la première fois que les Camerounais sont considérés comme indésirables en Guinée Equatoriale et la ville frontalière de Kyo Si, à la pointe méridionale du Cameroun, est le théâtre de tensions épisodiques entre ressortissants des deux pays.