Charles Taylor arrêté au Nigeria et extradé au Liberia

L’ancien Président libérien, Charles Taylor, a été arrêté ce mercredi dans le nord-est du Nigeria près de la frontière camerounaise, 24 heures après sa fuite et immédiatement extradé vers le Liberia. Il devrait être déféré dans le Tribunal spécial des Nations Unies pour la Sierra Léone à Freetown. Un scénario idéal pour le Président nigérian Olusegun Obasanjo actuellement en visite officielle à Washington.

Par Vitraulle Mboungou

La cavale de Charles Taylor n’aura duré qu’une journée. L’ex-président libérien a été appréhendé ce mercredi, 24 heures après sa disparition, et immédiatement extradé vers le Liberia avant de rejoindre la Sierra Leone où il devra répondre de 17 chefs d’inculpation de « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » devant le Tribunal spécial de l’ONU pour la Sierra Léone. En exil au Nigeria depuis novembre 2003, « M. Taylor a été arrêté (…) tôt ce matin (mercredi, ndlr) à Gamboringala dans l’Etat de Borno », a expliqué le porte-parole de la police nigérienne, Haz Iwendi. L’ancien chef de guerre tentait de regagner le Cameroun à bord d’un 4×4 quand il a été confondu par des douaniers. Le Président Olusegun Obasanjo, en visite actuellement à Washington, aux Etats-Unis, aurait demandé qu’il soit rapatrié directement remis aux mains des autorités libériennes, ce qui a été fait le jour même.

L’ancien numéro un du Liberia s’était enfui trois jours après que le chef de l’Etat nigérian ait donné son accord, samedi, pour le remettre à la justice internationale, comme l’avait demandé Ellen Johnson-Sirleaf. La Présidente libérienne a effectivement remis plus tôt dans le mois, une demande d’extradition au Président Obasanjo. Elle souhaite cependant qu’il soit directement expulsé vers la Sierra Leone pour qu’il réponde à ses crimes devant la cour onusienne. Le Liberia craint de recevoir Charles Taylor car sa venue pourrait menacer l’équilibre encore fragile du pays.

Une arrestation qui tombe à point nommé

Les autorités nigérianes ont déclaré la disparition de l’ancien Président libérien mardi, une heure avant le départ d’Olusegun Obasanjo pour les Etats-Unis. Cette nouvelle constituait une véritable source d’embarras face à son homologue américain, George W Bush. Alors qu’il s’attendait à devoir s’expliquer sur la cavale de Charles Taylor, ce sont des félicitations pour cette rapide arrestation qu’il a reçues de Washington. La situation aurait pu être d’autant plus embarrassante que Desmond de Silva, le procureur en chef du tribunal spécial sur les crimes de guerre en Sierra Leone, avait demandé dimanche au Nigeria d’appréhender immédiatement Taylor pour justement l’empêcher de s’enfuir. Aujourd’hui Obansanjo peut mieux sereinement nier « toute négligence » dans la gestion de l’affaire.

Le Conseil de l’ONU avait exprimé sa surprise et sa préoccupation après cette disparition. Le secrétaire général des Nations Unies, Koffi Annan, qui projetait de demander des comptes aux autorités nigérianes, avait exhorté tous les pays à refuser d’accueillir Taylor. Un dénouement heureux in extremis pour Olesugun Obsanjo, qui précipite judicieusement l’extradition de Taylor et le débarrasse finalement d’un personnage gênant que le Liberia, comme la Sierra Leone, appréhende d’accueillir chez lui.