Charles Massi, un caillou dans la chaussure de Bozizé


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Les proches de Charles Massi continuent de réclamer de Bangui des preuves de vie du chef rebelle interpellé en décembre dernier. Pour l’épouse de ce dernier, il serait décédé début décembre, suites aux tortures qu’il aurait subies. Le gouvernement centrafricain a platement démenti cette accusation, sans indiquer s’il avait ou non placé le chef rebelle en détention à la fin de l’année dernière. Président de la section France du Fodem, un parti politique créé par Charles Massi, Saturnin Ndoumby évoque les démarches entreprises pour éclaircir cette situation confuse. Il revient aussi sur les liens entre le chef rebelle et les deux mouvements, le Fodem et la CPJP, à travers lesquels il a mené son combat politique.

Interpellé le 18 décembre dernier par l’armée tchadienne et remis aux autorités centrafricaines, le chef rebelle Charles Massi, ancien ministre du président François Bozizé et de son prédécesseur Ange-Félix Patassé (1993-2003), est porté disparu. La semaine dernière, son épouse, Denise Massi, a indiqué qu’il avait probablement été tué lors d’interrogatoires musclées, menées par les forces de sécurité centrafricaines. Bangui a apporté un démenti formel à ces affirmations. «Il s’agit d’une véritable campagne d’intoxication (…)
Hormis les annonces et les revirements spectaculaires de Massi, le gouvernement n’a nullement connaissance des faits et gestes de l’ex-ministre », a écrit le ministre centrafricain de la défense, Jean-Francis Bozizé, dans un communiqué. Insuffisant pour convaincre le Forum Démocratique pour la modernité (Fodem) et la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), deux mouvements auxquels Charles Massi est lié. Les responsables de ces structures demeurent convaincus que le gouvernement centrafricain détient la vérité sur le sort qui lui a été réservé. Ils continuent d’exiger de Bangui des preuves de vie. En vain. De leur côté, l’opposition et l’Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) de Jean-Jacques Demafouth, un des principaux ex-mouvements rebelles engagés dans le processus de paix, ont, dans un communiqué, condamné « l’assassinat » de M. Massi. Responsable de la section France du Fodem, Saturnin Ndomby fait l’état des lieux.

Afrik.com : Votre mouvement, le Forum Démocratique pour la modernité (Fodem) a demandé une preuve de vie au gouvernement centrafricain, au sujet de Charles Massi. Vous a-t-il répondu ?

Saturnin Ndomby :
Après la disparition de Charles Massi, Président fondateur du FODEM et l’un des responsables de la CPJP, nous avons voulu en savoir plus. Des informations ont commencé à indiquer qu’il est détenu en vie par les autorités Centrafricaines. D’autres informations, plus graves, ont indiqué qu’il était torturé et mort des suites des tortures. Ainsi, nous avions demandé simplement à savoir la vérité. A ce jour et après deux semaines de silence, le gouvernement, par la voix du Ministre de la défense nationale, a indiqué qu’il ne sait pas où se trouve Charles Massi. En clair, le gouvernement centrafricain ne sait pas ce qui est arrivé à Charles Massi.

Afrik.com : M. Massi est donné pour mort par son épouse. Confirmez-vous cette information ?

Saturnin Ndomby :
L’épouse de Charles Massi, sans nouvelles de son mari et surtout sans réponse du gouvernement Centrafricain, a pris la décision de se rendre sur place à Bangui en Centrafrique pour tenter de savoir ce qui s’est passé. Aussitôt arrivée en Centrafrique, elle a été expulsée de son pays au motif de la raison d’Etat. Les informations contradictoires sur le sort de son mari avant qu’elle n’arrive à Bangui d’une part, et la décision des autorités centrafricaines de l’expulser aussitôt après son arrivée ne peuvent qu’entretenir la thèse de la mort de Charles Massi. De deux choses l’une, soit il est en vie et dans ce cas, une preuve de vie doit être apportée, soit il est bel et bien mort. Auquel cas, il faut indiquer à la famille et aussi à la Nation qu’il est mort. La famille et le peuple doivent savoir ce qui est arrivé à Charles Massi. Celui-ci est par ailleurs responsable politique de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), mouvement rebelle qui n’a pas arrêté de demander le dialogue pour une Paix large et Véritable. Pour répondre précisément à votre question, je dirai qu’en droit, on ne peut parler que de disparition dès lors qu’aucun corps n’a été retrouvé. Mais, on sait aussi comment on peut faire disparaître des corps pour continuer à entretenir le flou et s’appuyer sur des éléments de droit pour dire qu’il ne s’agit que d’une disparition. Tant que les autorités centrafricaines n’auront pas apporté une preuve quelle qu’elle soit, l’hypothèse de la mort de Charles Massi est la seule qui soit plausible.

Afrik.com : Dans quelles conditions Charles Massi a-t-il été arrêté et remis aux forces centrafricaines ?

Saturnin Ndomby :
Les informations indiquent qu’il a été arrêté au Tchad, dans des conditions qu’il faudra élucider puis remis aux forces centrafricaines sur le territoire centrafricain. Je rappelle qu’aucune plainte n’a été déposée contre lui, à ma connaissance, par les autorités centrafricaine. Aucun accord de coopération judiciaire entre les deux Etats, le Tchad et le Centrafrique ne peut expliquer cet échange humain. Les informations les plus précises indiquent que Charles Massi a été récupéré par des éléments de la garde présidentielle. Et c’est à partir de ce moment que tout est devenu opaque. Lorsqu’un Centrafricain, rebelle ou pas, est remis aux forces de sécurité et qu’il disparait sans qu’on explique comment et pourquoi, il y a quelque chose de puéril qui nous indique que nous avons encore beaucoup de travail à faire sur le plan de l’Etat de droit et du respect de nos règles. Le politique ne peut rester silencieux.

Afrik.com : Quelle est la différence entre le FODEM que vous représentez en France et la CPJP ?

Saturnin Ndomby :
Le FODEM est un parti politique qui est résolument démocratique et qui refuse la prise de pouvoir par les armes. La CPJP est un mouvement rebelle dont la branche politique est dirigée par Charles Massi qui est le Président fondateur du FODEM.
Le FODEM n’est pas la CPJP et il n’a rien à voir avec la CPJP. Sauf que c’est celui qui a fondé le FODEM qui est devenu l’un des responsables de la CPJP. Je rappelle que Charles Massi, en acceptant de devenir l’un des responsables de la CPJP, s’était volontairement mis en dehors du FODEM. Les activités au sein du FODEM n’étant pas compatibles avec celles d’un mouvement rebelle. Cette confusion pose un vrai problème de lisibilité quant aux activités du FODEM. Le FODEM est une création de Charles Massi mais le FODEM appartient aujourd’hui à ceux qui en sont ses membres comme moi-même. Je ne suis pas un rebelle et je suis profondément attaché à la démocratie et la Paix.

Afrik.com : Vous êtes installé à Paris et proche d’une opposition armée. Par ailleurs Paris est proche du gouvernement de Bangui. Votre situation n’est-elle pas en contradiction avec votre combat ?

Saturnin Ndomby :
Si tous les engagements de Charles Massi doivent entrainer des conséquences pour le Parti qu’il a fondé, alors tous les partis politiques ont du souci à se faire.
La vérité, c’est que le FODEM a fait alliance avec Bozizé alors candidat à l’élection présidentielle de 2005. Et le FODEM a appartenu à la majorité présidentielle jusqu’à sa suspension à cause justement des nouvelles convictions de Charles Massi et de son engagement au sein de la CPJP. C’est le pouvoir de Bangui qui n’a plus voulu du FODEM. Certains responsables du FODEM sont proches de son Président fondateur pour l’amitié et les valeurs d’intégrité, de travail, de justice et de Paix qui les lient.

Afrik.com : Comment envisagez-vous la suite de votre combat si la disparition de M. Massi était confirmée ?

Saturnin Ndomby :
Les activités du FODEM sont disjointes des activités de la CPJP. Donc, pour nous, il n’y a pas de rupture à la disparition de Charles Massi. Le FODEM a toujours fonctionné selon ses statuts et son règlement intérieur. Nous poursuivrons nos activités comme avant et toujours selon nos statuts et notre règlement intérieur. Charles Massi, tombé en rébellion, arme à la main sur le champ de bataille, cela se passerait de tout autre commentaire. Il aurait payé le prix de ses convictions et de son engagement. Nous devrons œuvrer farouchement pour que la disparition d’opposants Politiques ne soit ni admise, ni tolérée et encore moins érigée en mécanisme de règlement de conflits politiques.

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