« Changer l’image des banlieues »

L’ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances, Azouz Begag, et plusieurs associations ont dénoncé mercredi le vocabulaire belliciste de Nicolas Sarkozy à l’égard des jeunes de banlieues. Pour eux, il ne fait aucun doute que les propos du chef de l’Etat ont déclenché les révoltes de 2005 et ont entretenu un climat de tensions dans les banlieues. Le nouveau Collectif sans gains entend lui mener des actions concrètes pour que « voyoucratie » disparaisse du lexique « sarkozien ».

Azouz Begag et des militants associatifs ont décrypté mercredi les causes des violences urbaines, notamment celles de Villiers-le-Bel (banlieue parisienne) lors d’une conférence de presse au Centre d’accueil de la presse étrangère à Paris. Ils sont revenus sur les propos du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy pendant les évènements. Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances a fustigé la « rhétorique guerrière » du président.

Une « rhétorique guerrière »

« Racailles », « membres de la voyoucratie » tels sont les termes martelés par Nicolas Sarkozy pour décrire les jeunes des cités. « Le vocabulaire de l’ancien ministre de l’Intérieur, devenu chef de l’Etat, n’a pas changé », note Azouz Begag. « Après avoir décrit les habitants des cités comme des racailles dont il faut se débarrasser au kärcher, M. Sarkozy récidive, poursuit-il. L’ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances avait déjà attaqué ouvertement l’ancien ministre de l’Intérieur qui avait déclaré lors d’une visite dans une cité de la Courneuve en juin 2005 suite à la mort d’un enfant, qu’ « il allait nettoyer la cité au kärcher ». Les mots « nettoyer » et « kärcher » avait fait l’objet d’une vive polémique, à l’origine de la rupture entre Azouz Begag et Nicolas Sarkozy.

« Ces propos ont attisé les tensions dans les banlieues et ont participé au déclenchement des émeutes en 2005 » explique M. Begag. Pour lui, comme pour les militants associatifs, ces émeutes qu’ils qualifient de « révoltes sociales » sont dues « aux conditions sociales des jeunes » et traduisent « le malaise social de la société ». Présent à la conférence, Mohammed Mechmech, le porte-parole d’AC le Feu (association, collectif, liberté, égalité, fraternité, ensemble et unis), a pointé du doigt l’attitude du gouvernement qui « s’attache », selon lui, « plus aux actes qu’aux causes des révoltes sociales ».

Des actions concrètes pour changer l’image des banlieues

La loi sur l’immigration choisie, la baisse du pouvoir d’achat, le renforcement des inégalités sont autant d’éléments qui ont conduit à cette crise sociale. C’est pour rendre compte de ce malaise que le Collectif des sans gains s’est formé. Ce regroupement d’associations présenté à la presse ce jeudi, dont fait parti AC le feu, souhaite représenter tous les citoyens qui n’ont pas la parole : les banlieusards, les sans papiers, les sans abri… Ce collectif vise à « redonner une voix à ceux à qui la société à tourné le dos, à ces oubliés des politiques publiques ». Face à l’inaction du gouvernement, les associations ont appelé « les citoyens à protéger leurs semblables, à travers des actions fortes, communes et pacifiques ». Le Collectif sans gains envisage, par exemple, de collecter des témoignages de personnes vivant en banlieue afin que le grand public ait un autre regard sur les cités.