Ceuta : Rabat renvoie Madrid à ses responsabilités sur les migrants


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Nasser Bourita
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita

La crise migratoire de Ceuta continue de mettre à l’épreuve le partenariat entre le Maroc et l’Espagne. À New York, Nasser Bourita a réaffirmé la disponibilité de Rabat à coopérer au retour des migrants irréguliers et des mineurs non accompagnés, tout en rejetant les accusations visant le Maroc. De son côté, Pedro Sánchez affirme désormais que le contrôle marocain de la frontière a « failli », alors que Madrid maintient le dialogue avec Rabat.

Le bras de fer autour de Ceuta s’est invité jeudi à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Après une rencontre avec son homologue espagnol José Manuel Albares, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a défendu la position de Rabat sur le retour des migrants présents dans l’enclave espagnole. Selon lui, si les migrants en situation irrégulière et les mineurs non accompagnés ne sont pas reconduits, « cela relève exclusivement de la responsabilité de l’Espagne ».

Bourita rejette les accusations espagnoles

Le chef de la diplomatie marocaine a également dénoncé les déclarations de responsables politiques espagnols mettant en cause le Maroc. Pour Nasser Bourita, le partenariat entre les deux pays ne peut être conduit à travers « les réquisitoires » ou les accusations, mais doit rester fondé sur le dialogue, la coopération et le bon voisinage. Cette mise au point intervient alors que Madrid cherche à accélérer le retour des personnes entrées à Ceuta depuis le 30 juillet et qui ne relèvent pas de la protection internationale.

Après sa rencontre avec Bourita, José Manuel Albares a affirmé avoir obtenu la garantie d’une « pleine collaboration » marocaine sur ce dossier. Le dossier reste néanmoins complexe pour les autorités espagnoles. Les mineurs non accompagnés ne peuvent pas être automatiquement reconduits et doivent faire l’objet d’un examen au regard du droit espagnol et européen.

Plus de 70 000 entrées en deux jours

Les événements des 30 et 31 juillet ont provoqué un afflux migratoire sans précédent dans l’enclave espagnole. Plus de 70 000 personnes seraient entrées à Ceuta depuis le Maroc en l’espace de deux jours, selon les estimations reprises par plusieurs sources internationales. Une grande partie a regagné le Maroc dans les heures suivantes, mais plusieurs milliers de personnes se trouvent encore dans l’enclave. Reuters estimait récemment leur nombre à environ 12 000.

Cette situation exerce une forte pression sur les capacités d’accueil de Ceuta, notamment en raison de la présence de nombreux mineurs. Les autorités espagnoles ont dû renforcer les structures d’hébergement et procéder à l’identification des personnes afin de déterminer leur situation juridique. Dans ce cafouillage, la position de Pedro Sánchez a évolué au fil des semaines.

Sánchez durcit le ton envers Rabat

Le 22 septembre, dans un entretien accordé à CNN depuis New York, le président du gouvernement espagnol a déclaré qu’il était « clair » que le mécanisme de contrôle de la frontière marocaine avait échoué lors de l’afflux massif de juillet. Madrid a, selon lui, demandé au Maroc des « actions » et des « réponses ». Le chef du gouvernement espagnol n’a toutefois pas affirmé que Rabat avait organisé l’opération.

Devant le Parlement, il avait auparavant souligné l’absence de preuve solide permettant d’attribuer au Maroc la conception ou l’exécution de l’afflux. Alors que plusieurs enquêtes espagnoles examinent les circonstances précises des événements. Le gouvernement espagnol a par ailleurs publié début septembre un ensemble de 40 rapports, alertes et communications provenant notamment de la Police nationale, de la Guardia Civil, du renseignement et des services militaires afin de documenter la chronologie de la crise.

Une enquête toujours ouverte

La justice espagnole poursuit ses investigations sur le déroulement des journées des 30 et 31 juillet. Des documents policiers font état d’une présence d’agents marocains autour de la frontière et évoquent une intervention jugée insuffisante pour contenir les arrivées. Ces éléments restent toutefois versés à une procédure en cours et ne constituent pas une décision judiciaire établissant la responsabilité du gouvernement marocain.

Parallèlement, le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, réclame une implication accrue de l’Union européenne, notamment un renforcement des moyens de Frontex et un soutien financier pour les infrastructures frontalières. Malgré cette confrontation sur l’interprétation de la crise, Madrid et Rabat continuent de coopérer sur la migration. Pedro Sánchez a lui-même qualifié le Maroc de partenaire stratégique et insisté sur la nécessité de procéder aux retours « avec dignité ».

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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