BAD Maroc : pourquoi le royaume est le premier client de la Banque africaine de développement


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BAD et Maroc
BAD et Maroc

Avec près de 1,3 milliard d’euros de financements approuvés en 2025, le Maroc est devenu le premier bénéficiaire de la Banque africaine de développement, devant l’Afrique du Sud et le Nigeria. Une position que le royaume doit à l’ampleur de ses projets et à sa solidité financière, et qui sert aussi les intérêts de l’institution panafricaine.

Le Maroc est devenu en 2025 le premier pays bénéficiaire des financements approuvés par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Avec quelque 1,26 milliard d’euros, soit plus de 13 % du total des approbations de l’institution, il devance l’Afrique du Sud, le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Ce montant record, annoncé en mai 2026 par Achraf Tarsim, responsable du bureau de la BAD au Maroc, confirme une relation financière particulièrement étroite entre Rabat et l’institution basée à Abidjan.

En Afrique du Nord, qui a reçu 2,39 milliards d’euros d’approbations en 2025, le royaume concentre à lui seul plus de la moitié des montants. Comment expliquer qu’un pays qui n’est ni le plus peuplé ni la première économie du continent soit devenu le principal bénéficiaire de la banque ?

Un actionnaire historique et un emprunteur fiable

La relation entre le Maroc et la BAD ne date pas d’hier. Membre fondateur et l’un des principaux actionnaires africains de l’institution, le royaume entretient avec elle un partenariat financier ancien. Depuis 1978, la banque y a mobilisé près de 15 milliards d’euros pour plus de 150 projets et programmes.

Le profil d’emprunteur du royaume compte tout autant. Pays à revenu intermédiaire, il emprunte principalement au guichet ordinaire de la BAD, à des conditions proches de celles du marché, les prêts concessionnels du Fonds africain de développement étant réservés aux pays les plus pauvres.

Pour l’institution, dont la notation AAA lui permet de se financer à des conditions avantageuses sur les marchés internationaux, la qualité des emprunteurs constitue un enjeu essentiel. Le Maroc offre à cet égard une relative stabilité macroéconomique et sait présenter de grands projets d’investissement.

La BAD prévoit une croissance marocaine de 4,2 % en 2026, avec une inflation de 2,4 %. Ces perspectives favorables contribuent à expliquer la confiance accordée au royaume, même si elles ne suffisent pas, à elles seules, à justifier le volume des engagements.

Le Mondial 2030 accélère les investissements

La préparation de la Coupe du monde 2030, que le royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, entraîne d’importants investissements dans les transports et les infrastructures.

En décembre 2025, la BAD a approuvé 270 millions d’euros pour moderniser les aéroports de Marrakech, Agadir, Tanger et Fès. En juillet 2026, elle a validé 205 millions supplémentaires pour le corridor ferroviaire Kénitra-Marrakech, avant la signature de l’accord de prêt en septembre.

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Le programme « Cap Compétences 2030 », financé à hauteur de 200 millions d’euros et approuvé au printemps 2026, vise pour sa part à améliorer la formation professionnelle et l’insertion des jeunes et des femmes.

Plus récemment, le 21 octobre 2026, la banque a approuvé 487 millions de dollars pour la troisième phase de son programme d’appui à la gouvernance économique et à la résilience climatique. Ce financement doit notamment accompagner la restructuration du portefeuille des entreprises publiques et l’amélioration du climat des affaires.

Le Maroc, vitrine de l’industrialisation africaine

Le Maroc permet aussi à la BAD de soutenir des projets industriels susceptibles de servir de référence ailleurs sur le continent.

En mai 2026, la banque a signé une garantie partielle de crédit de 450 millions d’euros au bénéfice du groupe OCP, facilitant la mobilisation d’un financement vert de 530 millions auprès de Société Générale et BNP Paribas. En juillet, elle a approuvé un prêt de 100 millions d’euros pour la future usine de batteries lithium-fer-phosphate de Gotion Power Morocco, près de Kénitra.

Cette orientation rejoint les conclusions de son Indice de l’industrialisation en Afrique 2025, publié en mai 2026 et fondé sur des données allant jusqu’en 2024. Pour la première fois, le Maroc y devance l’Afrique du Sud, avec un score de 0,8415 contre 0,8396.

La BAD attribue cette progression à la montée en gamme de l’industrie marocaine et à la diversification de ses exportations.

Une concentration qui pose aussi question

Les montants affichés appellent quelques nuances. Les financements approuvés ne sont décaissés qu’au rythme des projets, et la garantie accordée à l’OCP, comme le prêt à Gotion, n’entre pas dans la dette souveraine.

L’endettement reste toutefois un sujet de vigilance. La BAD anticipe un creusement du déficit courant marocain à 3,5 % du PIB en 2026, notamment en raison du risque de renchérissement de la facture énergétique lié aux tensions au Moyen-Orient. Sur le plan budgétaire, le déficit atteignait 33,3 milliards de dirhams à fin septembre.

Pour la banque panafricaine, cette première place pose la question de l’équilibre entre la recherche d’emprunteurs solides, capables d’absorber rapidement d’importants financements, et sa mission auprès des économies africaines les plus fragiles. En 2025, le Cameroun, premier bénéficiaire d’Afrique centrale, a reçu 161 millions d’euros d’approbations, près de huit fois moins que le Maroc.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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