Centrafrique : les taxis-motos en voie de réglementation

Sous l’impulsion d’une société de transport urbain par taxi-moto, la Cogica (Commerce général et international en Centrafrique), la mairie de Bangui a autorisée l’exploitation provisoire de cette activité jusque-là informelle. Cette initiative inédite en Afrique, n’attend plus que l’aval du ministère des Transports et de l’Equipement pour être officielle. Les taxis-motos, sortant ainsi de l’informel, pourront desservir les banlieues de la capitale centrafricaine.

Par Vitraulle Mboungou

Les taxis-motos seront bientôt reconnus officiellement au Centrafrique. Cette activité largement répondue en Afrique, notamment au Cameroun et au Bénin, a toujours été informelle. Jusqu’à ce qu’une société, la Cogica (Commerce général et international en Centrafrique), à travers son directeur Régis Bayonne, décide de la rendre officielle. Soucieux de faciliter la vie aux habitants de l’arrière pays de la capitale centrafricaine, il se bat pour sortir les taxis-motos de l’informel. Et pour cela, il doit convaincre le ministère des Transports et de l’Equipement qu’il s’agit là d’un service d’utilité public qui faciliterait le déplacement des personnes vivant en dehors de la capitale. Joint par téléphone, Régis Bayonne a bien voulu expliquer en détail son projet.

Afrik : D’où vous est venue l’idée de légaliser les taxis-motos ?

Régis Bayonne :
J’ai commencé à y penser il y a de cela deux ans à la suite de mésaventures personnelles. J’ai vécu dans l’arrière pays, et à chaque fois que je devais me déplacer d’un village à un autre, il fallait louer une moto. Par ailleurs, les taxis ne se déplacent jamais jusqu’au domicile, ils déposent les clients à la périphérie de la ville. Ces derniers doivent marcher un à deux kilomètres à pied pour se rendre jusqu’à leurs domiciles. Me basant sur l’expérience de Cotonou (Bénin) et de Douala (Cameroun), villes où il y avait beaucoup de taxis-motos, j’ai voulu faire la même chose mais de manière moins anarchique, plus réglementée.

Afrik : Quel est votre but ?

Régis Bayonne :
Mon principal objectif avec ce projet est avant tout de participer à l’évolution de la politique de transport urbain de Centrafrique. Il faut savoir que le système d’organisation des transports urbains tels qu’il existe dans notre pays aujourd’hui n’est pas très avantageux pour les habitants des banlieues. Le transport urbain à Bangui est orienté de manière précise, les taxis et les bus ne rentrent jamais dans l’arrière pays, notamment à cause du mauvais état des routes et du système de ramassage : chaque taxi et bus a une direction ou un axe donné à suivre et ne peut circuler en dehors des routes bitumées. Les taxis-motos vont donc servir de relais.

Afrik : Concrètement, qu’avez-vous fait pour que votre projet voit le jour ?

Régis Bayonne :
J’ai commencé par faire une étude de marché avant de mettre en place une stratégie. J’ai ensuite sollicité le concours du maire de Bangui, Jean-Barkesse Gombekétté, qui s’est montré très enthousiaste. Il m’a soutenu et m’a aidé à mettre ce projet sur pied afin de le présenter au ministère des Transports et de l’Equipement car cela relève de leur domaine. En ce moment, j’attends la réponse du ministère qui a apparemment mis en place une commission ad hoc pour l’étudier car c’est la première fois que le cas se présente.

Afrik : Que faites-vous en attendant ?

Régis Bayonne :
J’ai pris les précautions nécessaires : je me suis mis en règle aussi bien du point de vue administratif que juridique. Je me suis équipé en matériel neuf, notamment en motos que j’ai assuré contre le risque d’accident. J’ai aussi recruté une centaine de conducteurs qui ont suivi une véritable formation. Ils ont été formés par la brigade motorisée de la gendarmerie de Bangui, par les sapeurs pompiers de secourisme. Certains ont même eu une formation avec un cadre du ministère des Transports et de l’Equipement qui leur a parlé de la législation en vigueur en matière des transports urbains, etc. En outre, le règlement intérieur de la société a été avalisé par l’Inspection du travail. Nous n’attendons donc plus que l’aval du ministère. Par ailleurs, le maire m’a fait une note de service m’autorisant à mettre mes taxis-motos en circulation dans les banlieues en attendant la mise en place d’une réglementation officielle. Ainsi, j’exploite un réseau de taxis-motos basé sur une dizaine de sites dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour de la ville de Bangui.

Afrik : Que proposez-vous concrètement à vos employés ?

Régis bayonne :
D’abord, je tente de recruter avant tout des nationaux, le but étant d’encourager la baisse du chômage dans le pays. Comme c’est un nouveau métier qui se crée, il y a beaucoup de demandes. En ce moment, j’ai une cinquantaine de demandes en attente. Parmi eux, il y a beaucoup de diplômés. Mes employés disposent d’un véritable contrat de travail qui fixe leur salaire et leurs conditions de travail.

Afrik : En quoi consiste ce contrat ?

Régis Bayonne :
Les nouveaux employés signent au départ ce que j’appelle un contrat d’engagement à l’essai : pendant un mois, le nouveau conducteur est à l’essai pour mettre en pratique sa formation. Une fois son statut confirmé après cette période d’essai, il a un salaire fixe mensuel de 35 000 F CFA, en plus de primes.

Afrik : Quels sont vos tarifs ?

Régis Bayonne :
Dans l’ensemble, c’est moins cher que le taxi ou le bus. Je propose une course à 100 F CFA, alors que le taxi est à 150 F CFA et le bus environ à 125 F CFA.

Afrik : Avez-vous un accord avec la mairie de Bangui ? Est-ce que cela lui apporte quelque chose ?

Régis Bayonne :
La mairie nous a fait une très grande faveur parce qu’elle tient énormément à la mise en place de ce projet. Mais la société doit quant même payer une taxe de stationnement par moto dont j’ai oublié le prix, mais qui n’est pas excessif. Et on doit prendre une carte de conducteur qui revient à 2 000 F CFA pour chaque conducteur.

Afrik : A votre connaissance, y aurait-il d’autres sociétés qui seraient intéressées par ce projet et qui pourraient vous concurrencer ?

Régis Bayonne :
Pour l’instant, il n’existe aucune société concurrente dans la capitale.

Afrik : Que pensent les sociétés de taxis ou de bus de votre projet ?

Régis Bayonne :
Au départ, il y avait un malentendu avec eux et ils n’étaient pas contents. Aujourd’hui, ils nous encouragent car nous leur amenons des clients, ils ont également compris que nous sommes complémentaires.