Centrafrique : les défis à relever

Après la chute de François Bozizé, resté dix ans au pouvoir, la Centrafrique est livrée aux mains de la rébellion Séléka. Le pays, ravagé chaque année par des rébellions depuis 2003, est en ce moment en proie à des pillages et violences. Michel Djotodia, le président par intérim, s’affaire à mettre en place un gouvernement or l’Etat n’existe plus. Tour d’horizon des défis à relever. Décryptage.

Comment assurer la transition d’un pays en ruine ? C’est le défi que doit relever Michel Djotodia, le président par intérim de la Centrafrique. A la suite de la chute de François Bozizé, dimanche 24 mars, le pays est en proie à des pillages et violences. La priorité du nouveau chef d’Etat est de se doter d’un gouvernement ainsi que de nouvelles institutions pour administrer un pays qui, depuis 2003, subit chaque année des rébellions.

Respecter les Accords de Libreville

Michel Djotodia, l’homme de la situation ? « C’est le chef des rebelles. Ils lui obéissent tous. On sait que c’est un ancien fonctionnaire et un ex-diplomate. Il a servi au Darfour. Il est originaire de Birao (Nord-Est), une région assez dépeuplée de la Centrafrique », déclare à Afrik.com Lydie Boka, Directrice de l’agence d’analyse de risques StrategiCo. Et d’ajouter : « Pour le moment, c’est l’homme de la situation. Il dit vouloir respecter les accords de Libreville qui prévoient notamment l’organisation des élections dans trois ans ».

A entendre Michel Djotodia, il prévoit d’administrer la Centrafrique pendant trois ans. En clair, il va, selon lui, assurer la transition et ensuite quitter le pouvoir sans se présenter à la présidentielle de 2016. Comme le stipulent les Accords de Libreville, il en va de même pour Nicolas Tiangaye, le Premier ministre reconduit.

Jean-Baptiste Koba, Président du MESAN, Mouvement pour l’Evolution Sociale de l’Afrique Noire, jette son dévolu sur les prochaines élections. Et espère que le président de la transition va tenir sa promesse. « Les déclarations de Michel Djotodia m’aspirent confiance. Elles vont dans la bonne voie. Je leur accorde le bénéfice du doute et une certaine confiance. Il en va de l’intérêt de notre nation, nous ne pouvons pas faire autrement ! », nous confie-t-il.

Le nouveau chef d’Etat de la Centrafrique a, d’ores et déjà, promulgué deux actes constitutionnels en vue de gouverner par ordonnances en Conseil des ministres et de permettre au Premier ministre de rester en fonction jusqu’à l’organisation des élections législatives et présidentielle.

Sécuriser le pays

A la suite de la chute de François Bozizé, Bangui, la capitale centrafricaine, fait face à des pillages et à des scènes de violences. Même si le bilan n’est pas encore connu, cette situation de chaos a causé la mort de plusieurs personnes et fait de nombreux blessés.
Sécuriser le pays, est donc devenu la priorité numéro 1 de l’exécutif de la transition. Michel Djotodia a instauré dès lundi un couvre feu ensuite reconduit. La force multinationale d’Afrique centrale (Fomac) et les rebelles du Séléka quadrillent la ville de Bangui en chasse aux fauteurs de troubles.

« Une tolérance zéro ». C’est le mot d’ordre donné par Eric Massi, un des porte-paroles du Séléka. « Les rebelles sont en train de (se) déployer dans l’ensemble de la capitale pour lancer les opérations de sécurisation et éviter les pillages », a-t-il affirmé. Et de promettre « une tolérance zéro du Séléka contre toute exaction, pillage ou règlement de comptes ».

Unifier la nation

François Bozizé est lui-même arrivé au pouvoir par la force, en 2003. Il a été aidé par plusieurs groupes rebelles. Il leur avait fait des promesses qu’il n’a pas tenues. « Son renversement n’est pas surprenant, puisque en dix ans d’exercice, il a verrouillé l’appareil de l’Etat, en nommant ses proches dans l’administration », fait savoir à Afrik.com Lydie Boka, manager du site strategico.fr.

Les Centrafricains attendent, ainsi, du nouveau pouvoir d’instaurer des institutions démocratiques. Pour qu’ils puissent, enfin, faire entendre leur voix. Une étape nécessaire à l’apaisement de la tension qui règne en Centrafrique. Nicolas Tiangaye, le Premier ministre reconduit, s’est empressé, hier, mercredi 27 mars, de signaler qu’il formera un gouvernement qui représentera toutes les sensibilités politiques de son pays.

Il faudra, par ailleurs, en finir avec les règlements de compte entre ethnies. Car, « Bozizé a, par ailleurs, continué les exactions contre les Rounga et les Goula, l’ethnie dont fait partie une partie de la rébellion », prévient la spécialiste de la Centrafrique. Rien ne dit que les victimes d’hier ne deviendront pas les nouveaux bourreaux.

Lutter contre la faim

La Centrafrique se trouve dans un contexte économique critique. D’autant plus que la rébellion Séléka, trois mois durant, a aggravé la situation. Les villages, notamment du Sud-Est, occupés par les rebelles sont dépourvus de denrées alimentaires. L’Association des paysans centrafricains (APC) a vu le jour pour leur venir en aide. Quant à Bangui, elle subit de plein fouet l’augmentation des prix dû à l’arrêt d’importation des produits de nécessité en provenance des régions occupées par les mutins.

Après avoir remis sur pied un Etat, digne de ce nom ; sécurisé le pays et unifié le peuple, les nouvelles autorités centrafricaines doivent alors lutter contre la faim. Les défis à relever sont fastidieux. Au nouvel exécutif, Michel Djotodia et Nicolas Tiangaye, de prouver qu’ils valent mieux que Bozié, l’ancien putschiste pris à son propre jeu.