Centrafrique : le procès Bozizé s’ouvre à Bangui, face au grand vide de l’absent


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L'ancien Président centrafricain,, François Bozizé
François Bozizé, ancien Président centrafricain

Attendu depuis des années par les collectifs de victimes, le procès de l’ex-président François Bozizé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité s’est ouvert devant la Cour pénale spéciale (CPS) à Bangui. Mais l’exil de l’ancien chef de l’État en Guinée-Bissau prive cette audience historique de son principal accusé, interrogeant la capacité de la justice internationale à briser concrètement le cycle de l’impunité.

C’est un rendez-vous historique au carrefour de la politique et du droit qui vient de s’engager en République centrafricaine. François Bozizé, qui tint les rênes du pays d’une main de fer de 2003 à 2013, est formellement renvoyé devant la Cour pénale spéciale. Les charges retenues contre lui s’articulent autour de violations massives et systémiques des droits humains : crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis entre février 2009 et mars 2013, point d’orgue d’une fin de règne crépusculaire.

L’instruction cible particulièrement la prison civile et le sinistre centre d’entraînement militaire de Bossembélé. Dans ces huis clos, la Garde présidentielle ainsi que divers services de sécurité intérieure se voient reprocher l’utilisation d’actes de torture systématisée, d’exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires et disparitions forcées. Si le principal prévenu manque à l’appel, trois figures clés de l’appareil sécuritaire, Eugène Ngaikosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy, appréhendés entre 2021 et 2022, comparaissent, eux, depuis le box des accusés.

Porté au pouvoir par un coup de force en 2003, François Bozizé avait été balayé dix ans plus tard par la déferlante rebelle de la Séléka. Un effondrement institutionnel qui avait alors précipité la Centrafrique dans un abîme de violences intercommunautaires et confessionnelles, morcelant le territoire national entre milices d’autodéfense et factions rivales.

L’amertume d’une chaise vide

Pour les organisations de défense des droits humains, à l’instar d’Amnesty International, l’ouverture des débats marque un jalon crucial. Traduire un ancien chef d’État devant une juridiction répressive pour les exactions les plus graves envoie un signal politique fort. C’est la reconnaissance tardive, mais nécessaire, de la souffrance des victimes.

Reste que le symbole souffre d’un sérieux accroc : le procès se tient par contumace. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis le 30 avril 2024, François Bozizé coule des jours paisibles en Guinée-Bissau, hors de portée des magistrats de Bangui. Ce grand vide prive les rescapés de la confrontation directe indispensable au travail de deuil et à la manifestation de la vérité. Il met surtout en lumière les défaillances chroniques dans l’exécution des mandats d’arrêt internationaux, sans laquelle les grands procès risquent de se cantonner à des exercices académiques ou purement formels.

L’arrestation et l’extradition effective des suspects restent les conditions sine qua non pour garantir l’équité des débats, offrir une véritable voix aux survivants et permettre une défense contradictoire, rappelle-t-on avec insistance du côté d’Amnesty.

La Cour pénale spéciale joue sa crédibilité

Au-delà du cas Bozizé, c’est le modèle même de la Cour pénale spéciale qui est questionné. Cette juridiction hybride est composée de magistrats nationaux et internationaux sous l’égide de l’ONU. Elle porte sur ses épaules la responsabilité de juger les crimes les plus graves qui ont ensanglanté la Centrafrique. C’est pourquoi elle représente l’un des rares remparts institutionnels contre l’oubli.

Toutefois, la machine judiciaire ne fonctionne pas correctement. Une trentaine de suspects clés, visés par des mandats d’arrêt, demeurent introuvables ou protégés par des frontières poreuses. Multiplier les condamnations par contumace trahit une impuissance face au manque de coopération ou au cynisme diplomatique des États voisins.

L’urgence est également comptable car la CPS dispose d’un mandat qui court jusqu’en 2028. En outre, des incertitudes budgétaires menacent la pérennité de ses enquêtes. Le procès Bozizé s’apparente à un test de vérité.

Rédaction
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