Centrafrique : la société civile récuse le projet « pétrole contre bois »

Le porte-parole du président de la transition centrafricaine, Prosper Ndouba, a annoncé lors d’une conférence de presse sur le bilan de la première tournée sous-régionale de Michel Djotodia, que le bois centrafricain fera l’objet de troc contre le pétrole tchadien dans le cadre de relèvement économique du pays. Un projet économique mort-né selon la société civile qui y voit une absence totale de cadre juridique pouvant entraîner des graves conséquences sur la RCA.

Si la situation sécuritaire se stabilise peu à peu en République centrafricaine, en dépit de quelques exactions sporadiques des ex-combattants de la séléka, la situation économique est loin de s’améliorer. Le pays est à plat économiquement, puisque jadis, fonctionnant sur un régime fiscaliste et que jusque-là, les principaux points de perception soient encore sous contrôle des hauts gradés de la séléka. Rien n’entre dans la caisse de l’Etat. C’est dire qu’en plus des réformes administratives mises en chantier par le président de la transition en redéployant l’administration douanière, tous les leviers forts de l’économie nationale doivent être levés.

Le projet pétrole tchadien contre le bois centrafricain

Entre autres leviers économiques à lever, il y a un gigantesque projet d’échange du bois centrafricain contre du pétrole tchadien qui a été annoncé depuis mai dernier par le porte-parole du président de la transition. Ce projet fait partie des acquis de la première tournée sous-régionale de Michel Djotodia, qui l’a conduit respectivement à Ndjamena au Tchad, à Libreville au Gabon et à Malabo en Guinée équatoriale. Il s’agit à travers cet échange qualifié de « troc » par M. Prosper Ndouba, que la RCA puisse avoir du pétrole en provenance du Tchad et en contrepartie, de par son potentiel forestier, la RCA fournira du bois au Tchad.
Seulement, le téléscripteur de la société civile a détecté des conséquences plus graves que pourra engendre ce gigantesque projet économique sur la RCA. La position de la société civile a été rendue publique lors de la célébration du troisième anniversaire de l’Ong CIEDD (Centre d’information environnementale et du Développement durable), organisation de proue de défense du droit forestier et des communautés locales pour la bonne gouvernance forestière.
A l’occasion, plusieurs leaders d’organisations civiles impliquées dans l’observation indépendante des activités forestières en RCA ont exprimé leur profonde indignation contre ce projet économique. Ils ont également fait part de leurs inquiétudes quant aux conséquences, si jamais le président de la transition tenait à ce projet.

L’éveil de la société civile

Pour Urbain Mathamalé, coordonnateur de l’Ong CIEDD, « Sur le plan national, nous fonctionnons à base d’accords, de conventions et de traités, etc. Et la législation nationale ainsi qu’autres normes en matière de forêt. Nous pensons que toute initiative sur la plan intérieur ne doit pas aller à l’encontre de la législation nationale, moins encore contre les traités et conventions que nous avons ratifiés ». Allusion a été faite entre autres à la convergence du Plan de la Commission des forêts de l’Afrique centrale (COMIFAC). La RCA est également membre de l’Organisation internationale du bois tropical (OIBT). Cela va sans compter que la Convention-cadre des Nations-unies sur le changement climatique, la Convention sur le Commerce international des espèces sauvages, de faune et de la flore, menacées d’extinction (CITES). En dehors de ces cadres juridiques, il faut noter qu’avec l’Union européenne, le principal bailleur de fonds de la RCA, l’Accord de partenariat volontaire (APV/FLEGT) a été signé en décembre 2010. Cette panoplie de cadres astreint la RCA dans ses initiatives en matière de bois. A en croire ces leaders de la société civile, si Djotodia tient au projet pétrole contre bois avec la Tchad, « c’est que nous nous (Centrafricains : ndlr) sommes inscrits en faux contre nos propres engagements vis-à-vis de ces instances régionales et internationales ».
Les inquiétudes sont grandes de même, lorsqu’on sait que dans de pareils cas, c’est le politique qui prend le dessus. M. Elie Nembi, un des leaders de la société civile s’est interrogé sur la superficie de forêt qui sera affectée à ce projet, en mettant en évidence qu’au nombre des pays forestiers de l’Afrique, la RCA ne dispose que de la plus faible couverture forestière, soit 10%. Est-ce qu’un projet de reboisement est prévu pour évier le pire en terme d’écosystèmes et la désertification qui avance à vitesse exponentielle en RCA ? La carte n’est pas totalement jouée, puisque ce projet n’a pas encore existé juridiquement.