Centrafrique : la grève des fonctionnaires semble suivie

L’opération  » Centrafrique pays mort  » organisée lundi paraît avoir emporté l’adhésion de la population, malgré les mises en garde menaçantes du pouvoir.

Du fond de leur détresse financière – douze à trente mois de salaires impayés selon les cas -, les fonctionnaires centrafricains ne craignent plus grand-chose. Ils l’ont démontré lundi à Bangui, en maintenant leur opération  » Centrafrique pays mort « , en dépit de la présence musclée de l’ancienne garde présidentielle, de la police et de l’armée dans les rues. Les 17 000 agents de l’Etat réclament désormais le  » paiement immédiat  » de leurs arriérés. Le gouvernement s’avoue incapable de répondre à leur demande.

Comme d’habitude, s’agissant de la République centrafricaine, il était très difficile de recueillir des informations directes quant au déroulement de cet événement. L’AFP a constaté, d’une part, que le mouvement jouissait du soutien de la population banguissoise, et notamment des commerçants qui ont tenu leurs boutiques fermées comme le syndicat majoritaire le leur avait demandé. D’autre part, un journaliste de l’agence de presse française a relevé, en milieu de journée, que les forces de l’ordre avaient dégagé une dizaine de barricades dans la capitale.

Dimanche, la crainte d’un blocage du pays a poussé de nombreux habitants à faire le plein de leurs véhicules, cependant que les marchés étaient également pris d’assaut par des consommateurs pressés de faire des réserves d’alimentation. Dans l’après-midi, le parti au pouvoir du président Ange-Félix Patassé a tenu un grand meeting en ville, où toutes les réunions politiques sont pourtant interdites depuis plus d’un an.

Un pouvoir fragilisé

Le gouvernement avait adressé, samedi soir, une  » sévère mise en garde à ceux qui espèrent tirer un quelconque profit de cette situation en entravant la liberté de travailler, d’aller et de venir des paisibles citoyens « . La présence des forces de l’ordre, ce lundi, confirmait cette volonté de fermeté du pouvoir.

Un an et trois mois après la courte réélection d’Ange-Félix Patassé (par 51,6 % des voix), la réussite de  » Centrafrique pays mort  » atteste cependant d’une grande fragilisation du pouvoir. A tel point que la présidence a dû démentir officiellement, samedi, une rumeur selon laquelle le chef d’Etat avait démissionné.

Très appauvri, l’Etat centrafricain ne ménage plus ses critiques contre la France, qui attend les résultats d’une mission du FMI pour accorder de nouveaux prêts. Le bailleur de fonds traditionnel du pays est désormais accusé par le parti au pouvoir de mener  » une politique de flibustiers « .