Centrafrique : l’inconséquence française s’est avérée chaotique

Bangui et ses environs reviennent sous le feu des projecteurs, piètrement comme d’accoutumée, avec cette fois-ci un nouveau mélange d’incompétence et d’inconséquence, et ce dans la pire des laideurs françafricaines.

Cela fait exactement 7 mois que l’ancien Président Bozizé a été à son tour déposé par des rebelles de séléka dont toute la planète ignore la composition et l’origine exacte. Rappelons néanmoins ici que la gestion de la crise centrafricaine a été faite sous la tutelle française et tchadienne. L’organisation sous-régionale, la CEMAC, ayant servi de « parapluie » pour parachever les différents accords politiques, qui se sont avérés aussi stériles que les discussions y ayant abouti. Pour preuve l’accord de Libreville signé par Bozizé et la séléka, serait « un copié-collé » de l’accord de Linas-Marcoussis signé par Gbagbo et ses opposants politiques et militaires.

Incompétence sud-africaine et sous-régionale

Le Président sud-africain Jacob Zuma ayant décidé de d’intervenir dans le conflit centrafricain, en conformité avec les accords de défense entre les deux pays, a permis à Bozizé de gagner 2 mois de fauteuil présidentiel. Simplement, il a omis un détail important : 400 hommes armés sans logistique ni soutien aérien face à une rébellion de 2 000 hommes, cela ressemble à une mauvaise analyse de la situation sécuritaire et des acteurs en présence. Mais si l’on rajoute à cela une base militaire française permanente et des frontières poreuses, alors ça devient de l’incompétence en matière décisionnelle, c’est fournir une chair à canon, et sacrifier ses concitoyens sans objectif précis. D’ailleurs, Zuma a essuyé des critiques importantes de la part du parlement sud-africain après le décès des soldats, mais son incompétence était déjà bien connue de ses concitoyens, et plutôt bien assumée par son parti. Par contre, il est toujours impossible à ce jour d’établir clairement le degré d’implication de La FOMAC, la force militaire sous-régionale mise en place pour sécuriser la capitale. Les chefs d’Etats de la sous-région se sont plutôt empressés de se réunir en sommet extraordinaire et inopiné, pour valider le nouvel accord politique centrafricain qui se résume en une exception politique aussi incongrue que hérésiarque, où le Premier ministre centrafricain et chef de l’opposition, se retrouvait sous l’autorité de son ministre de la Défense, le tout avec la bénédiction des « cousins français » de Bozizé. Les chefs d’Etat de la sous-région ont donc validé sous contrainte l’intronisation de « l’homme fort Michel Djotodja », qui se souviendra de remercier le Tchad et la France par une coopération fructueuse et une dévotion sans limite. En Afrique centrale comme ailleurs en Afrique, on est souverain sans légitimité et sans consensus politique, la dépendance vis-à-vis de la puissance de tutelle est donc renforcée.

Le poids de l’illégitimité dans l’équation complexe de la mondialisation

Pour une république dont les Présidents ont tous été nommés la veille et transporté en avion le lendemain depuis Paris, qui se trouve au milieu d’autres pays dont les Présidents doivent tous leur fauteuil et leur santé physique à Paris ; parler ne serait-ce que d’autonomie ressemble à une plaisanterie. Mais alors oser la diversité de partenaires économiques hors Union Européenne est une sombre folie ! Les chefs d’Etats ayant opté pour une confiscation du pouvoir, donc absence de liberté politique, se prennent quelques fois à rêver de développement économique et de rapports gagnant-gagnant avec ceux-même à qui ils doivent tout. Cela revient à imaginer qu’un préfet nommé par son dirigeant, se prenne à rêver de sécession ou que le directeur d’une filiale décide de ne plus rendre compte à sa maison mère. Le développement économique exige une forte concurrence et la plénitude de moyens politiques pour obtenir de meilleures conditions économiques. La souveraineté est donc d’abord politique, et doit résulter d’une recherche permanente de consensus politique auquel ni Bozizé n’a travaillé, ni son prédécesseur, ni même l’actuel homme fort. Pour s’affranchir de la dépendance de Paris, il faudrait accepter le risque de perdre le pouvoir démocratiquement, et un ensemble de libertés fondamentales. Nos chefs d’Etat s’adonnent donc à un étonnant numéro d’équilibriste, entre l’étouffement de la population et la recherche de meilleurs partenaires économiques. Avec cependant une conception biaisée de la souveraineté, qui consiste en l’agitation désespérée du scénario chaotique face à des adversaires qui possèdent non seulement la force, mais aussi la justice internationale.

L’inconséquence française

Le Président français tire à son tour la sonnette d’alarme et appelle à la constitution d’une force africaine qui désarmera les rebelles séléka qui refuseraient de mourir de faim après avoir porté Djotodia au pouvoir. La situation sécuritaire s’aggrave sérieusement, et le Tchad qui passait pour le gendarme de la sous-région a fort à faire au Mali et sur son propre territoire. Lorsqu’on se souvient que Bozizé lançait le même appel il y a 1 an, voilà que ceux même qui ont refusé d’intervenir appellent à leur tour à une intervention avec une force africaine au premier plan. La FOMAC peut-elle se remettre en selle pour cette sale besogne, l’Afrique du Sud et l’Union Africaine lèveront-elles le petit doigt ? Il est fort probable que non. La France se retrouve donc seule à devoir intervenir au Mali et à devoir réparer ses propres erreurs en RCA -encore si fraîches- au risque d’embraser toute la sous-région, au risque que Djotodia ne se retourne vers une autre puissance protectrice moyennant ressources naturelles. Telle est donc pour Paris le prix de l’inconséquence et de l’incompétence.