Centrafrique : Human Rights Watch dénonce une situation humanitaire catastrophique

Ce n’est pas le Darfour. Elle ne fait pas la une au journal de 20h. Mais c’est une situation tout aussi inquiétante que décrit Human Rights Watch dans son rapport sur la crise dans le Nord de la Centrafrique. Ce rapport intitulé « État d’anarchie : Rébellions et exactions contre la population civile », paru ce vendredi, fait état d’une situation humanitaire alarmante. Il n’élude pas les complicités françaises.

Plus de 10 000 habitations rasées, 212 000 personnes déplacées, pillages et violences contre la population.Voici le triste rapport que l’association de défense des Droits de l’Homme, Human Rights Watch (RHW), a publié vendredi sur la situation dans le Nord de la République Centrafricaine. En plus d’une situation humanitaire catastrophique et d’une répression gouvernementale féroce, HRW décrit la passivité de l’armée française déployée sur place.

L’impunité, mot d’ordre dans le nord de la RCA

La République centrafricaine, voisine du Tchad et du Soudan, voit le Nord de son pays évoluer dans une insécurité préoccupante. Deux mouvements rebelles, l’UFDR, dans le Nord Est et l’APRD, dans le Nord Ouest du pays sont en conflit avec le gouvernement du Président Bozizé. « Le gouvernement centrafricain, au lieu de comprendre l’origine de ces mouvements a répondu par une répression bête et féroce (…). Dès qu’il y a un soupçon que certains rebelles sont vus dans certains villages, l’armée centrafricaine envoie des unités spéciales qui développent une violence assez inouïe et tirent sur les civils, terrorisés, qui quittent les villages. Il y a des zones, dans le Nord Ouest surtout, où sur des kilomètres de routes, les villages ont été brûlés », a indiqué à Libération Olivier Bercault, enquêteur sur place et auteur du rapport.

Le rapport révèle que la situation en République Centrafricaine n’est pas « oubliée » par la communauté internationale, mais occultée, voire inconnue. La crise dans le nord du pays n’est pas qu’un simple débordement de la crise voisine du Darfour, mais bien un conflit interne dont la responsabilité des troupes gouvernementales centrafricaine est clairement mis en avant par le rapport de l’ONG. « C’est une dynamique tout à fait locale. C’est vrai que la situation au Darfour et à l’est du Tchad exacerbe les tensions en Centre Afrique mais on n’est pas dans une situation comme à l’Est du Tchad. C’est une situation différente où ce sont deux foyers insurrectionnels qui sont locaux avec des revendications locales. Et l’armée envoie ses troupes pour les réprimer, mais répriment surtout les civils. », a expliqué Olivier Bercault. L’armée agit en toute impunité et est responsable de la majorité des exactions. Ainsi, le rapport fait état « de la vaste majorité des violations graves des droits humains perpétrées dans le nord du pays. » dont la charge impute en grande partie aux soldats des forces armées centres africaines (FACA) et de la garde présidentielle (GP).

L’armée française complice

Le rapport n’est pas tendre avec l’armée française. La France a signé un Accord de Défense avec la Centrafrique, qui signifie que si cette dernière est attaquée elle se doit de la défendre. Cet accord prévoit un type de soutien militaire plus poussé que celui figurant dans l’accord de coopération militaire conclu avec le Tchad. L’armée française n’est pas aveugle mais préfèrerait fermer les yeux sur les violations des droits de l’Homme et autres crimes commis.

Il n’y pas de preuves concrètes que les forces françaises assistent aux exactions mais « on a plusieurs cas qui sont très clairs, qui établissent que l’armée française était là cinq ou dix minutes avant. Elle se retire et ensuite des exactions sont commises, comme des incendies de villages, des destructions systématiques d’habitations civiles qui sont des crimes de guerre », raconte Olivier Bercault. A ce jour, Paris, qui s’impose comme un soutien clair au président Bozizé, jouerait la non-voyante. « C’est très gênant car il y a eu des meurtres commis et des violations du droit international humanitaire » a ajouté M. Bercault.

Une situation embarrassante et surtout urgente. Depuis 2005, tous les crimes perpétrés l’ont été en tout impunité. Aucun soldat ou rebelle n’a eu à se justifier des viols, incendies ou autres violations des droits de l’Homme. L’association HRW préconise un engagement clair et franc de la part des Français et précise qu’il est peu probable que l’armée centrafricaine puisse garder le contrôle du Nord du pays sans leur soutien.

Lire le rapport : « État d’anarchie : Rébellions et exactions contre la population civile »

Source photo : Human Rights Watch