Censure de Facebook en Tunisie : un blogueur témoigne

Depuis la censure en Tunisie de Facebook, le réseau social qui monte, la Toile et la blogosphère ne tarissent pas de commentaires, astuces et tentatives de mobilisation en tout genre. Yahyaoui Mokhtar, dont le site Tunisia Watch est, depuis plusieurs mois déjà, censuré en Tunisie, a souhaité nous donner son point de vue sur la question.

Le succès de Facebook auprès des internautes tunisiens ces derniers mois a fait craindre au gouvernement que le réseau social ne devienne le support de la rébellion et de la dissidence. Déjà, un opposant connu y a ouvert une page où il anime des débats de société qui abordent sans tabou les dérives du régime Ben Ali. Dans un pays où l’information est étroitement surveillée, la sanction n’a pas tardé à tomber. Depuis le 24 août, les utilisateurs ne peuvent plus accéder à leur site favori, dont l’adresse a subi la censure de l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI). Yahyaoui Mokhtar, un blogueur déjà censuré depuis plusieurs mois en Tunisie, se mobilise sur la Toile pour mettre en lumière ces événements. Sur son blog Tunisia Watch, il a publié plusieurs messages qui reprennent le communiqué de presse de Reporters Sans Frontières dénonçant la censure de Facebook, et d’autres qui plaident pour la liberté d’expression dans son pays. Interview.

Afrik.com : Quel est le contexte qui a précédé à la censure de Facebook en Tunisie ?

Yahyaoui Mokhtar:
Je n’accède à mes mails que par redirection et parfois ça prend du temps, mon compte principal est bloqué depuis des mois et n’affiche aucun nouveau message depuis… La censure du réseau social Facebook en Tunisie est intervenue après une série de censures de plusieurs blogs et, à cause de la répression, dans une situation de nervosité sur la blogosphère tunisienne. Certains ont abandonné, d’autres sont devenus plus virulents dans leurs critiques. Avec toutes les autres formes de répression que connaît le pays ces derniers temps, on commence à sentir l’apparition d’une sorte de mobilisation autour de la revendication de la liberté d’expression en dehors des canaux d’opposition classiques, et qui a trouvé dans Facebook le meilleur moyen pour s’exprimer et s’élargir cet été. Le pouvoir était au courant de cette tendance et il semble qu’il a choisi la censure pour couper cet élan (de revendication, ndlr).

Afrik.com : Quel est l’enjeu pour les Internautes tunisiens ?

Yahyaoui Mokhtar:
L’important, à mon sens, n’est pas dans la censure de Facebook, des blogs et des mails qui est devenue une banalité en Tunisie, mais dans la quantité d’adresses concernées par la censure cet été et dans la qualité des réactions qu’on peut lire et voir suite à cette affaire, au centre d’une opinion publique en gestation comme elle ne l’a jamais été. Il faut savoir que la Tunisie est un des pays les plus répressifs de la liberté d’expression. Que l’Internet dans ce pays est extrêmement limité et strictement surveillé et qu’au delà de la censure, il y a une véritable répression physique, psychologique et économique qui s’abat sur toute personne qui critique la dictature quand elle est identifiée.

Afrik.com : Vous-même, comment vivez-vous la censure en Tunisie de votre blog Tunisia Watch ?

Yahyaoui Mokhtar:
Personnellement j’ai subi et je continue à subir toutes les formes de censure et de répression qu’on peut imaginer, c’est quotidien et je me suis habitué à lutter dans ces conditions. Vous savez nous avons besoin de la liberté d’expression dans notre société. Non pas pour vaincre Ben Ali, mais pour que plus aucun autre Ben Ali n’arrive à nous mettre sous ses pieds.

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