
Pour prendre la tête de la Commission de la CEDEAO, une première dans l’histoire du Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a choisi un militaire. Le général d’armée aérienne Birame Diop, actuel ministre des Forces armées, a été officiellement désigné le 31 mai pour représenter Dakar au sommet des chefs d’État prévu le 18 juillet 2026. Un choix qui dit quelque chose sur l’état de l’organisation régionale.
Réunis le 13 décembre 2025 à Abuja, les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO avaient désigné le Sénégal pour assurer la présidence de la Commission pour la période 2026-2030, une première pour Dakar. Cette décision avait été présentée comme un succès diplomatique, le choix du Sénégal résultant notamment de sa position jugée neutre lors des tensions internes à l’organisation provoquées par le départ de trois États membres. Depuis le 29 janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel, ont en effet quitté définitivement la CEDEAO. C’est dans ce contexte de fracture que le Sénégal hérite de la présidence de la Commission, et que le choix du candidat prend tout son sens.
Le général Birame Diop pour recoller les morceaux
En désignant Birame Diop, Diomaye Faye montre que la priorité de la prochaine mandature sera sécuritaire et diplomatique, pas technocratique. Le général a occupé plusieurs fonctions stratégiques, dont celles de chef d’état-major des armées, de chef d’état-major particulier du président de la République et de chef d’état-major de l’armée de l’air. Sa formation a été acquise à l’École royale de l’air de Marrakech, à l’Air University des États-Unis et à l’École de guerre de Paris. Surtout, le général Diop connaît personnellement les dossiers sahéliens. En effet, il s’était rendu à Bamako en mai 2025 pour rencontrer le président de la transition malienne, le général Assimi Goïta, dans le cadre des efforts de coopération sécuritaire transfrontalière maintenus malgré la rupture institutionnelle.
La future présidence sénégalaise devra à la fois soutenir la coopération antiterroriste, préserver les acquis économiques régionaux et éviter une régionalisation accrue des tensions entre l’AES et le reste de la CEDEAO. Si sa désignation est confirmée lors du sommet du 18 juillet, Birame Diop succédera au Gambien Omar Alieu Touray. Il héritera d’une organisation amputée de trois membres, mais dont les portes restent officiellement ouvertes aux pays sahéliens. Un retour que Dakar, plus que tout autre capitale de la région, a intérêt à faciliter.



